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MarchePourLaVIeRepublique

Mélenchon a traité Cahuzac de salaud, au sens sartrien a-t-il ajouté. Ceci a pu choquer. Il est intéressant de rappeler, via les écrits d’André Comte-Sponville, ce qu’est un « salaud », au sens où Sartre l’entendait.

(Le propos complet de Comte-Sponville peut être trouvé à l’adresse

http://poethique.over-blog.fr/article-qu-est-ce-qu-un-salaud-comte-sponville-53426437.html  )

 

…/…

Le salaud, c’est celui qui est prêt à sacrifier autrui à soi, à son propre intérêt, à ses propres désirs, à ses opinions ou à ses rêves.

Cela rejoint la pensée de Sartre, qui, le premier, fit du salaud une catégorie philosophique. Le salaud, au sens sartrien du terme, c’est celui qui se croit, qui se prend au sérieux, celui qui oublie sa propre contingence, sa propre responsabilité, sa propre liberté, celui qui est persuadé de son bon droit, de sa bonne foi, et c’est la définition même, pour Sartre, de la mauvaise. Le salaud, au fond, c’est celui qui se prend pour Dieu (l’amour en moins), ou qui est persuadé que Dieu (ou l’Histoire, ou la Vérité)  est dans son camp et couvre, comme on dit à l’armée, ou autorise, ou justifie, tout ce qu’il se croit tenu d’accomplir. Saloperie des inquisiteurs. Saloperie des croisés. Saloperie du « socialisme scientifique » ou du « Reich de mille ans ». Saloperie, aussi bien, du bon bourgeois tranquille, qui vit la richesse comme son essence et le capitalisme comme un destin. Saloperie de la droite, disait Sartre (« de droite, pour moi, ça veut dire salaud »), ce qui illustre assez bien une certaine saloperie de gauche. Le salaud, c’est celui qui a bonne conscience. C’est « l’ayant-droit », comme dit François George dans ses Deux études sur Sartre, autrement dit celui qui est convaincu de sa propre nécessité, de sa propre légitimité, de sa propre innocence. C’est pourquoi aucun salaud ne se croit tel : tous les salauds sont de mauvaise foi, qui ne cessent de se trouver des justifications ou des excuses. Aussi le contraire du salaud n’est-il pas d’abord le saint, ni le sage, ni le héros, mais l’homme lucide et authentique, comme dirait Sartre, celui qui assume sa propre liberté, sa propre solitude, sa propre gratuité. Le salaud, dit un jour l’auteur de La Nausée, c’est le « gros plein d’être ». Et le contraire de cette saloperie du moi, c’est  la conscience, qui est néant, qui est impossible coïncidence de moi à moi, qui est exigence, arrachement, liberté, responsabilité, culpabilité… Mauvaise conscience ? C’est la conscience même, dont la bonne n’est que dénégation.

Qu’est-ce qu’un salaud ? C’est un égoïste qui a bonne conscience, qui est persuadé d’être un type bien, et que le salaud, en conséquence, c’est l’autre. C’est pourquoi il s’autorise le pire, au non du meilleur ou du soi – d’autant plus salaud qu’il se croit justifié à l’être, et pense donc ne l’être pas.

Les hommes ne sont pas méchants ; ils sont mauvais et se croient bons. Saloperie : égoïsme de bonne conscience et de mauvaise foi. Les salauds sont innombrables, et convaincus de leur innocence.

Mieux vaudrait un égoïste lucide et se sachant responsable de ce qu’il est ou fait, qu’un égoïste satisfait de soi et convaincu de son bon droit. En langage sartrien : mieux vaut un égoïste authentique qu’un vrai salaud.

Mais le seul égoïste authentique, le seul égoïste insatisfait, c’est celui qui ne se résigne pas à l’être. C’est ce qu’on appelle la conscience morale, et le contraire de la saloperie.

André Comte-Sponville, Le goût de vivre et cent autres propos, ed Albin, Michel, 1ère parution dans L'Evènement du Jeudi, 1994.

 

Tag(s) : #Débats
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