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Christian Picquet

une tribune libre donnée à l’hebdomadaire Marianne

lu sur http://www.unir.asso.fr/2008/04/09/le-nouveau-desastre-qui-menace-a-gauche/#more-206

Ce n’est pas d’abord comme «victime» d’une tentative d’élimination politique dans mon parti que je prends la plume aujourd’hui. Certes, d’une volonté d’éviction, mes camarades du courant Unir et moi-même sommes bien l’objet à la LCR. Ce que l’on nous reproche ? D’avoir considéré que la construction d’un «nouveau parti anticapitaliste», autour de notre seule organisation, n’était pas à la hauteur de la crise française. D’avoir défendu publiquement l’idée qu’un début d’alternative au sarkozysme passait nécessairement par le rassemblement de toutes les sensibilités antilibérales à gauche, dans la perspective d’une nouvelle force réellement large et pluraliste. Dans un réflexe que l’on eût cru tombé à jamais en désuétude, surtout dans une famille politique qui s’honorait jusqu’alors de sa tradition profondément démocratique, nos camarades majoritaires nous ont enjoint d’assumer «notre centre de gravité extérieur à la LCR». Roulement de tambours… Il fallait qu’une tête roule symboliquement dans le panier de cette normalisation d’un autre âge…

Si, toutefois, ce triste épisode ne concernait que les relations internes à la Ligue, il n’aurait guère d’importance. Mais il s’avère des plus symptomatiques du marasme caractérisant une gauche incapable, à travers les projets qui se confrontent en son sein, de répondre à la colère et aux attentes des classes populaires. Les élections municipales et cantonales du mois dernier, en sanctionnant massivement le pouvoir en place et en traduisant une poussée simultanée de l’ensemble des composantes de la gauche, ont pourtant reposé avec force la question de l’alternative politique. Cela n’a pas empêché les dérives responsables de tant de défaites par le passé, comme les ambitions étriquées ou les calculs tacticiens de reprendre le dessus sans tarder, au mépris de ce qu’aura exprimé le verdict des urnes.

La menace du statu quo

Au Parti socialiste, sous prétexte de «modernisation» et de «rénovation», on ne songe manifestement qu’à achever une mue blairiste qui a conduit toutes les sociales-démocraties d’Europe aux pires impasses. On parle de réécrire la déclaration de principe de la «vieille maison», mais c’est pour mieux signifier une rupture définitive avec tout projet de transformation de la société. Alors que les alliances avec le MoDem viennent de révéler leur vacuité, on entend plus que jamais se tourner vers les électeurs centristes, au détriment de ce «peuple de gauche» qui reste la clé, il vient de le démontrer, des victoires futures sur la droite.

À la gauche du social-libéralisme, bien que les scrutins de mars aient attesté qu’il existait bien en France un espace politique similaire à celui qu’a révélé Die Linke en Allemagne, c’est le statu quo qui menace. On en devine d’ores et déjà les conséquences : la poursuite, au PS, d’une coexistence chaque jour moins lisible, entre les tenants d’une alternance molle et l’aile militante qui, ainsi qu’elle l’a prouvé dans la bataille du «non» de gauche au traité constitutionnel européen, n’a pas renoncé au changement social ; le retour de la direction du PCF à l’immobilisme et à une posture identitaire, au nom de l’illusion selon laquelle ce courant demeurerait la «troisième force» d’un pays qui n’en compte plus vraiment que deux ; la réduction de la visée stratégique de la LCR à la proclamation d’un nouveau parti qui, s’il reste confiné au seul espace de l’extrême gauche, ne disposera pas des moyens de bouleverser le rapport des forces à gauche et d’y disputer l’hégémonie dont jouit par défaut la rue de Solferino.

Combattre l’ordre prédateur et inégalitaire

Parlons sans détours. Le bipartisme risque fort d’être le seul gagnant de ce jeu à somme nulle. Le choix des électeurs et électrices se trouvera dès lors réduit à deux variantes de la même adaptation aux exigences du libéral-capitalisme. Le pouvoir sarkozyen, n’ayant rien à redouter d’une opposition qui n’est porteuse d’aucun projet alternatif, poussera les feux de la révolution néoconservatrice qu’il cherche à faire souffler sur ce pays, détruisant pan après pan les conquêtes populaires de ces soixante dernières années et s’en prenant à des principes aussi essentiels que l’égalité ou la laïcité. Comme à l’automne dernier, le mouvement social restera dépourvu de tout répondant sur le champ politique. Et, même si les élections locales futures venaient à approfondir la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés, les conditions pourront en fin de compte se trouver réunies de nouvelles défaites majeures.

Rien n’est encore joué. Une gauche de gauche peut s’affirmer dans les prochains mois. Pour peu que toutes les forces, courants et militants n’ayant pas renoncé à combattre un ordre plus prédateur et inégalitaire que jamais retrouvent le chemin de leur convergence. Qu’elles agissent, par exemple, en front commun, pour répondre aux urgences sociales et démocratiques du moment… Qu’elles défendent ensemble les exigences qui leur sont communes à l’occasion des grands rendez-vous à venir, à commencer par la présidence française de l’Union européenne et, dans la foulée, les élections européennes de l’an prochain… Il n’y a plus un instant à perdre !

Mardi 08 Avril 2008

Tag(s) : #Débats
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