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Christian Picquet

17 janvier 2008

Sur http://www.unir.asso.fr/2008/01/17/le-cercle-des-opposants-disparus/#more-180

Un chat est un chat… Plus qu’une simple dérobade, la décision que vient de prendre la direction du Parti socialiste, à propos du traité dit « modifié » ou « simplifié » de Lisbonne, constitue un nouveau reniement de l’engagement pris, un acte d’hostilité envers cette majorité de l’électorat de gauche qui vota «non» à l’ex-traité constitutionnel, une manifestation de mépris pour le principe même de souveraineté du peuple. C’est dire si, en dépit de la confusion où nous pataugeons en ce début d’année, la controverse qui agite présentement la rue de Solferino n’est nullement anecdotique.

Résumons, pour celles et ceux qui auraient un peu perdu le fil des événements des dernières semaines. À l’automne, le bureau national du parti décide d’approuver sur le fond le nouvel accord intergouvernemental de Lisbonne, dont on remarquera au passage que nul ne se hasarde plus à contester qu’il reprend point par point les fondements de feu le TCE. Les efforts déployés par diverses figures « nonistes » pour trouver une solution médiane, à même de préserver l’unité de façade entre socialistes, volent en éclats. La fracture de 2005, dans toutes les nuances qu’elle avait déjà manifestées au sein de la force dominante de la gauche, se rouvre donc, au grand dam de tous ceux qui la considéraient comme purement circonstancielle, pour ne pas dire artificielle. Pour éviter toutefois d’assortir immédiatement sa capitulation renouvelée d’un déni de démocratie - violant la parole donnée, lors de sa campagne, par la candidate à l’élection présidentielle, de favoriser l’organisation d’un référendum au cas où un nouveau texte sortirait des délibérations de l’Union européenne -, l’appareil décide de reporter sa décision sur l’attitude à observer au moment où le Congrès du Parlement se verrait saisir de la révision constitutionnelle sans laquelle il ne peut y avoir de ratification parlementaire du traité « modifié ».

L’échéance décisive du 4 février

La question s’avère presque aussi importante que la position sur le contenu même du texte. Car rien ne garantit à Nicolas Sarkozy, en l’état actuel des choses, qu’il disposera de la majorité indispensable des trois-cinquièmes de l’Assemblée commune des députés et sénateurs. Le calcul est vite fait : pour s’imposer, la modification de la Loi fondamentale doit réunir 545 voix ; or, l’UMP n’en possède que 480 ; avec les centristes de toutes obédiences, elle n’arrive qu’à 539 suffrages ; comme il est peu probable que les 15 souverainistes de droite apportent leur concours à une opération menant à l’approbation du traité, que les élus communistes sont fort logiquement décidés à se prononcer contre la révision afin qu’un référendum devienne inévitable, l’issue du Congrès dépend presque exclusivement de l’attitude des parlementaires du PS ; qu’une partie d’entre eux approuve la révision, et Sarkozy disposera de la majorité qu’il ne détient pas par lui-même ; que d’autres s’abstiennent ou ne prennent pas part au vote, même en se parant d’une stature d’opposants, et le résultat sera identique ; que tous rejettent la proposition gouvernementale, par simple souci démocratique, et quelle que soit par ailleurs la position qu’ils défendront devant les électeurs sur le texte européen, et le président de la République sera contraint de se soumettre à un nouveau verdict des urnes. Et c’est bien ce que ce dernier redoute par-dessus tout. N’a-t-il pas récemment déclaré, à une gazette britannique : « Des référendums sur le nouveau traité européen seraient dangereux et perdants en France, en Angleterre et dans d’autres pays. Il y a un gouffre entre les peuples et les gouvernements ? »

À cette vision cynique de la politique, parfaitement adaptée à l’idéologie néoconservatrice qui se développe à l’ombre d’un nouveau capitalisme arrogant et méfiant pour des règles démocratiques qui pourraient encore conférer au plus grand nombre quelques possibilités de se faire entendre - n’est-ce pas Samuel Hutington qui en appelait à « modérer » la démocratie ? -, François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Vincent Peillon et leurs semblables se sont d’évidence ralliée. En décidant, aux premiers jours de janvier, hors de toute délibération collective des instances, que les parlementaires socialistes ne se rendraient pas à Versailles, ils ont marqué leur piteux abandon de toute velléité de s’opposer à un pouvoir qui prétend pourtant pratiquer par coup de force permanent. Peu importe, à cet égard, que le prétexte officiellement invoqué ait été de pratiquer un « boycott » en guide de protestation contre le refus présidentiel de consulter les citoyens. Hélas pour nos stratèges à courte vue, tout cela ne sera cependant parvenu qu’à porter les tensions internes à leur paroxysme… débouchant la journée des palinodies que fut ce 15 janvier…

Au terme d’un véritable marathon, qui aura vu chacun des groupes parlementaires socialistes, puis le bureau national du parti, se réunir, le « boycott » sera passé à la trappe… remplacé par une consigne entérinant la position majoritaire chez les députés (acquise par 68 voix contre 30) : l’abstention. Une consigne qui laisse toutefois à chacun sa liberté de se prononcer en conscience. Voilà qui ne change rigoureusement rien à l’affaire, et ne fait que traduire, au-delà de l’embarras manifeste et sous de nouvelles modalités pratiques, la position de principe du centre de gravité directionnelle du PS, auparavant résumée par Jean-Marc Ayrault : « Nous ne ferons rien qui empêchera la ratification » du traité de Lisbonne. Ségolène Royal, pour sa part, n’avait pas dit autre chose : « Je suis pour l’adoption du traité simplifié, parce que je pense qu’il faut que les socialistes rejoignent leur famille socialiste au plan européen. » À partir de semblables considérants, nul ne s’étonnera que les plus motivés des « oui-ouistes » aient d’emblée annoncé qu’ils iraient voter « oui », à la révision constitutionnelle autant qu’au texte européen. Ni que les plus déterminés des « nonistes » affirment vouloir prendre leurs responsabilités, en exprimant sans faux-fuyants leur double refus de la proposition de Sarkozy.

Cinq leçons essentielles

Au beau milieu de cette cacophonie, un événement sera venu souligner la gravité de la crise et la profondeur du désaccord. C’est, en effet, ce même 15 janvier qu’intervenait la « niche parlementaire » du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR). Lequel avait, par l’entremise de son président, Jean-Claude Sandrier, déposé une proposition de loi visant à obtenir un référendum. Elle ne fut repoussée qu’à une courte majorité : 176 voix contre 140. Sachant que communistes et Verts ne comptent, à l’Assemblée, que 24 élus, cela signifie que le renfort socialiste fut davantage qu’anecdotique…

Quelles leçons tirer de tout cela ? Un : qu’emporté par une dérive d’adaptation devenue littéralement immaîtrisable, le Parti socialiste est bel et bien devenu une formation de non-opposition à la droite sarkozyenne. Deux : que le séisme de la bataille référendaire de 2005 continue de susciter des répliques qui, en dépit de leur moindre intensité, restent de nature à ébranler la politique traditionnelle. Trois : que le principal atout du régime réside finalement dans notre échec à offrir un prolongement politique et électoral au 29 Mai, ce qui rend encore plus vital de tout faire, d’ici le 4 février, date à laquelle se réunira le Congrès à Versailles, pour remobiliser l’ensemble des énergies qui avaient hier combattu le TCE, sans parler de toutes celles qui entendent demeurer fidèles à une certaine idée de la démocratie, par-delà les convictions de chacun sur les enjeux de la controverse européenne. Quatre : que le maelström qui met présentement Solferino sens dessus dessous ne fait que confirmer la rétraction de l’espace dont bénéficie, au sein de leur formation, les courants socialistes refusant la soumission à la pensée unique libérale. Cinq : que l’alternative à construire de toute urgence ne verra donc pas le jour si ne convergent pas, pour devenir à terme un même acteur politique, des forces, des courants, des militants que leurs histoires différentes n’empêchent pas de partager la commune conviction qu’un autre monde, une autre société sont possibles et nécessaires.

Tag(s) : #Débats
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