Lu sur Marc Bloch, au secours ! - La chronique de Philippe Rio - 17 juin 2026 | L'Humanité : lire, agir
le 17 juin 2026
À Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), lors d’une récente séance du conseil municipal, un élu du Rassemblement national a franchi une ligne rouge. S’en prenant à des élus en raison de leur appartenance religieuse supposée, visant particulièrement la communauté musulmane tout en mettant en cause de fait la communauté chrétienne engagés dans le vivre ensemble, il a cherché à installer la peur et la division au cœur d’une assemblée démocratique.
Face à cette attaque contre les valeurs républicaines les plus élémentaires, le maire Philippe Bouyssou a opposé une réponse claire et ferme : en République, les citoyens ne sont pas définis par leur religion mais par leur égalité de droits ; dans nos communes, personne n’a à être stigmatisé pour ce qu’il est ou ce qu’il croit.
Cet épisode n’est pas un dérapage isolé. Il révèle la nature profonde d’un projet politique qui prospère sur la désignation de boucs émissaires et la fragmentation de la société. Là où les élus locaux travaillent à construire du commun, l’extrême droite cherche méthodiquement à opposer les habitants les uns aux autres, un évènement qui vient à point au moment d’une proposition de loi LR sur l’interdiction des signes religieux dans les assemblées.
Les premières actions des collectivités dirigées par le RN confirment cette réalité : mise au pas du monde associatif, remise en cause du soutien à des structures d’éducation populaire, attaques contre les acteurs culturels jugés trop critiques, instrumentalisation de la mémoire et de l’identité locale à des fins partisanes. À Beaucaire, à Fréjus, à Perpignan et ailleurs, les choix opérés affaiblissent les contre-pouvoirs, réduisent le pluralisme et substituent à l’intérêt général une vision excluante de la citoyenneté.
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Car l’extrême droite utilise les institutions locales comme des laboratoires idéologiques. Elle prétend défendre la proximité tout en fragilisant les espaces de participation citoyenne. Elle invoque la République tout en contestant l’universalité de ses principes. Elle parle du peuple tout en divisant sans cesse la population entre ceux qui auraient leur place et ceux qui devraient être montrés du doigt.
Pour les élus communistes et républicains, la bataille ne relève pas seulement d’un affrontement électoral. Elle se mène chaque jour dans nos communes, dans la défense des services publics, de la vie associative, de la culture, de la solidarité et de la laïcité. C’est une bataille du présent, invoquant les leçons du passé et pour l’avenir.
Ce qui est en jeu, c’est la capacité de notre démocratie à faire vivre ensemble des citoyens différents dans le respect, la justice et l’égalité. Comme nous le rappelait l’historien et résistant Marc Bloch : « L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé. » À nous d’être fidèles à cet héritage. Face aux entrepreneurs de haine et de division, défendons la République sociale.
Philippe Rio
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