1,7 million d’élèves en moins d’ici à 2035 : une chance pour les syndicats, un prétexte à plus d'austérité pour l’État
Que faire de la baisse d’effectifs d’ici à 2035 ? Alors que le ministère imagine des économies, les syndicats revendiquent de conserver les effectifs pour résoudre les maux de l’école. Les collectivités craignent de devoir payer la note du désengagement de l’État.
le 8 avril 2026
La publication, mercredi 8 avril, des projections des effectifs scolaires à horizon 2035 a mis tout le monde d’accord sur un point essentiel. L’heure des choix politiques est arrivée pour savoir comment accompagner la baisse attendue de 1,7 million d’élèves (- 14 % par rapport à 2025) dans les établissements scolaires dans les dix prochaines années. Le hic est que, entre l’État, les syndicats et les collectivités, les préconisations risquent d’être symétriquement opposées.
Une vague inégale
L’état des lieux prospectif posé par le service statistique public de l’éducation (Depp) est clair. En dix ans, le nombre d’élèves du premier degré diminuerait de 933 000 (- 15,2 %) et de 743 800 (- 13,2 %) dans le secondaire. Cette « vague sismique », aux dires du ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, dans le Parisien, amplifierait la tendance déjà observée depuis 2015 en se propageant fortement de la maternelle et la primaire (- 373 400 élèves entre 2025 et 2028, puis stabilisation en préélémentaire à partir de 2030), aux collèges (niveau le plus touché avec 513 800 élèves en moins d’ici à 2035) puis aux lycées des filières générales, technologique (- 10,8 %) et professionnelle (- 8,5 %).
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Les territoires ne seraient pas tous logés à la même enseigne. Les académies de Paris (- 29,3 %), Nancy-Metz (- 22,1 %) et Lille (- 20,7 %) paieraient le plus lourd tribut pour le premier degré ; celles dans le Nord et l’Est pour le second degré. Les dynamiques pourraient être différentes d’un département à l’autre au sein d’une même académie (- 19,5 % dans le Rhône mais – 6,8 % dans l’Ain).
« Un moment historique »
Pour absorber le choc, les syndicats ont leur idée. « Nous sommes à un moment historique. Avec 21,3 élèves par classe, la France est bien au-dessus de la moyenne européenne (19,1). Conservons les moyens existants pour améliorer les conditions d’apprentissage des élèves et le travail afin de rendre encore plus attractifs nos métiers. Il faut arrêter de penser qu’un enseignant = une classe. C’est le moment pour enfin avoir des remplacements, des renforts pour l’enseignement spécialisé et pour l’école inclusive », revendique Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire.
Ces moyens humains pourraient répondre à la complexification des métiers dans les collèges et lycées, au « besoin de plus d’adultes auprès de la jeunesse », mais aussi au départ à la retraite de « 300 000 professeurs d’ici à 2030 », fait valoir Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, majoritaire dans le second degré. Les projections d’effectifs « ne doivent pas servir d’alibi » à « une loi de programmation pluriannuelle de suppressions de postes », avertit-elle, comme l’ensemble des syndicats.
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Édouard Geffray exclut bien de supprimer des postes à proportion de la baisse démographique, soit – 100 000 postes en dix ans. Mais le nouveau ministre de l’Éducation, qui s’est si bien lové dans le costume de ses prédécesseurs qu’il prévoit 4 000 suppressions de postes à la rentrée 2026, exclut tout autant de maintenir la totalité des effectifs dans les années à venir, évoquant une révision du « maillage » à la ville et des « regroupements pédagogiques intercommunaux » à la campagne.
Le ministre renvoie ces grands choix à une « réflexion sur la politique territoriale de l’école » menée avec les syndicats d’un côté, les collectivités locales de l’autre, compétentes pour le bâti scolaire comme le périscolaire, les transports, le numérique… Ces dernières, déjà consultées fin janvier lors d’un « comité ministériel des élus locaux », sont prêtes à « anticiper au mieux les défis à relever collectivement », mais voient venir gros comme une maison le désengagement financier de l’État et leur obligation de suppléer.
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