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Lu sur Guerre en Iran : comment l’Europe contribue à enterrer le droit international - L'Humanité

Guerre en Iran : comment l’Europe contribue à enterrer le droit international

Mis de côté par les États-Unis sur la question iranienne, les pays de l’Union européenne tiennent à montrer qu’ils accompagnent le mouvement. Parés de postures prétendument humanitaires, ils dépossèdent eux aussi les Iraniens de leur destin en cas de changement de régime.

 le 1 mars 2026

Lina Sankari

 Malgré les coups que lui assène Donald Trump en permanence, l’Union européenne peut-elle encore incarner un acteur global et indépendant ? Dans son intervention devant le Conseil de sécurité, réuni en urgence le 28 février, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, a, dans une belle rhétorique d’inversion, fait porter la responsabilité de la guerre à l’Iran : « Cette région a besoin de paix. Et pour y parvenir, elle a besoin que l’Iran respecte ses obligations internationales. (…) Nous condamnons avec la plus grande fermeté les frappes indiscriminées conduites par l’Iran contre plusieurs pays de la région. »

Dans la foulée, le diplomate attribue directement le déclenchement de la guerre menée par Israël et les États-Unis, sans mandat international, à « la poursuite par l’Iran d’un programme nucléaire déstabilisant, en violation de ses obligations au titre de son Accord de garanties généralisées et des résolutions du Conseil », et, par extension, à son programme balistique, reprenant ainsi les leitmotivs du président états-unien, Donald Trump, et du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou.

D’un côté, la violation du droit international est condamnée ; de l’autre, elle est relativisée « lorsqu’il s’agit d’alliés », comme le note l’eurodéputé Younous Omarjee (La Gauche). Une position conforme à celle des instances européennes, qui contribue à affaiblir le droit international que les pays du continent ont eux-mêmes construit après la Seconde Guerre mondiale.

Vernis humanitaire

La haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, a ainsi écrit sur X : « La mort d’Ali Khamenei est un moment décisif dans l’histoire de l’Iran. Ce qui suivra est incertain. Mais il existe désormais un chemin ouvert vers un Iran différent, que son peuple pourrait avoir davantage de liberté pour façonner. »

Plus tôt, dans une déclaration commune, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne avaient de concert appelé l’Iran « à renoncer à ses activités déstabilisatrices dans la région (en Irak, dans la Syrie de Bachar al-Assad, au Liban ou au Yémen, NDLR) et sur (leurs) territoires, et à cesser la répression et la violence inacceptables contre (son) propre peuple ». Le même communiqué précise que les pays concernés n’ont pas participé aux frappes mais sont en contact avec les États-Unis, Israël et les pays arabes.

 

Une manière de préserver une image de modération quand Donald Trump et Benyamin Netanyahou frappent fort, et de parer la posture d’un vernis humanitaire. Dans un message sur X, le président français, Emmanuel Macron, avait lui-même joué cette partition : « Les massacres perpétrés par le régime islamique le disqualifient et nécessitent que la parole soit rendue au peuple. Le plus tôt sera le mieux. » Sans que l’on sache vraiment comment les bombes permettront aux Iraniens de se libérer. Les guerres contre l’Irak, en 2003, et la Libye, en 2011, parlent d’elles-mêmes.

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne ont été piégés par la stratégie trumpienne. Ces pays, qui avaient été des forces motrices pour la conclusion de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA), en 2015, se sont retrouvés orphelins après le retrait des États-Unis en 2018, lors du premier mandat de Donald Trump.

Paris, Londres et Berlin étaient désormais seuls à défendre un accord qu’ils n’avaient plus les moyens d’actionner du fait d’une économie dépendante du dollar et des mesures extraterritoriales états-uniennes, qui ont contraint les banques et les entreprises européennes à couper leurs liens avec l’Iran sous peine de mesures de rétorsion.

Des sanctions moins coûteuses sur le plan financier et moral

L’affaire est symptomatique de l’impuissance européenne. Les 27 peuvent bien négocier des accords stratégiques, ils ont en réalité peu de moyens pour les faire vivre sans l’aval de Washington. Et, par voie de conséquence, le JCPOA étant devenu une coquille vide, les Iraniens avaient peu de raisons de ne pas reprendre l’enrichissement d’uranium.

Dans une volonté de ne pas rester à la remorque de l’opération menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil, Antonio Costa, ont également publié un communiqué commun dans lequel ils rappellent que les 27 ont eux-mêmes mis en place des sanctions pour étouffer le pouvoir actuel.

Plus douces en apparence que la guerre, ces mesures de rétorsion visent à cibler le cœur du fonctionnement de l’État et à favoriser une déstabilisation intérieure sans que personne ne soit tenu responsable de la dégradation des conditions de vie. Moins coûteuses que la mobilisation de moyens militaires, les sanctions n’entraînent aucune perte humaine côté européen et passe mieux auprès de l’opinion publique.

L’Europe n’en poursuit pas moins en sous-main les mêmes buts de changement de régime à l’insu du peuple. Accueilli le 4 février à Munich, en marge de la conférence de sécurité qui réunit des dirigeants du monde entier, le fils du chah déchu, Reza Pahlavi, s’engageait à être « le leader de la transition ». Lui-même n’a jamais pris ses distances avec la dictature de son père et la torture de masse.

  

Tag(s) : #Moyen- Orient
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