Lu sur Marmar Kabir : « Cessez le feu immédiat en Iran, sous les bombes la liberté recule » - L'Humanité
Par Marmar Kabir, journaliste, essayiste, militante associative.
le 2 mars 2026

L’intervention militaire américano-israélienne s’inscrit dans la continuité directe du génocide à Gaza. Elle en est le prolongement stratégique. Les bombardements qui frappent l’Iran n’ont ni pour but ni pour effet de libérer son peuple. Leur objectif est clair, affaiblir et détruire les capacités militaires, industrielles et régionales, mais aussi détruire les acquis du peuple iranien et provoquer l’embrasement régional.
Comme toujours, ce sont les sociétés civiles qui paient le prix immédiat de ces opérations. Sous les bombes, la répression s’intensifie. Les autorités iraniennes resserrent leur emprise et les espaces de contestation conquis au fil des luttes se réduisent brutalement. Les prisonniers politiques, déjà exposés à des conditions arbitraires, se retrouvent en danger accru dans un climat de guerre.
Cette guerre ne favorise pas les dynamiques de changement interne, elle les détruit.
Les avancées obtenues au prix de décennies de mobilisations par les femmes, les étudiants, les travailleurs et les retraités reculent. Chaque frappe extérieure offre au pouvoir un argument supplémentaire pour criminaliser les oppositions, suspendre les droits et présenter toute contestation comme une trahison. Les mouvements sociaux, qui avaient arraché des marges d’autonomie dans la rue et dans la société, voient leurs conquêtes compromises.
Rien ne permet d’affirmer que cette escalade conduira à la chute du régime.
L’histoire récente montre au contraire que la guerre consolide souvent les structures autoritaires qu’elle prétend affaiblir. Elle substitue la logique de survie nationale à celle de transformation sociale.
Dans ce contexte, les solutions imposées de l’extérieur ne constituent pas des alternatives crédibles. Depuis Washington, Reza Pahlavi ne peut incarner un horizon démocratique pour l’Iran. Sa légitimité demeure contestée, et son héritage familial reste associé à des décennies de confiscation des richesses nationales. Avant toute prétention politique, la restitution de l’argent du peuple iranien accumulé par sa dynastie après la révolution est nécessaire.
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Pendant ce temps, des centaines de milliers d’Iraniens, notamment ceux vivant d’activités journalières, « uberisées » et précaires, voient leurs revenus disparaître. La guerre détruit les circuits économiques, bloque les échanges et ferme les entreprises. À la peur quotidienne des bombardements s’ajoutent l’inflation, le chômage et les pénuries. La précarité s’étend alors même que les sanctions continuaient d’asphyxier la population.
Cette intervention constitue une violation flagrante du droit international. Elle contourne les principes fondamentaux de souveraineté et de non-agression qui structurent l’ordre juridique mondial. Face à cette situation, l’Europe devrait adopter une position claire et condamner l’escalade militaire.
Les forces progressistes françaises ont également une responsabilité, soutenir le peuple iranien en exigeant un cessez-le-feu immédiat et en appuyant les luttes internes pour la liberté, la démocratie et la justice sociale.
L’avenir de l’Iran ne peut être décidé ni à Tel-Aviv ni à Washington. Il appartient à celles et ceux qui, malgré la répression, continuent de se battre sur le terrain pour leurs droits. Toute intervention militaire qui prétend parler en leur nom ne fait que retarder leurs combats et compromettre leurs acquis.
La priorité doit être la fin des bombardements et la possibilité pour la société iranienne de poursuivre elle-même son chemin vers le changement.
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