Au Sénat, la droite répond à la crise du logement en attaquant les droits des locataires
Dans une proposition de loi discutée mardi 20 janvier, la droite sénatoriale veut résoudre la crise du logement en dérégulant le secteur social, en donnant plus de pouvoir aux maires et en tapant sur les précaires.
le 18 janvier 2026
Le Sénat se fait fort de mettre un coup d’arrêt à la crise du logement. Ce mardi 20 janvier, la Chambre haute examine en séance une proposition de loi (PPL) portée par « Les Républicains » pour « relancer la construction et la production de logements ». Ce texte aux mesures très larges entend sortir tout un secteur de l’ornière en dérégulant en profondeur les politiques publiques.
2,7 millions de ménages en attente d’un logement social
C’est peu dire que le logement est en grande souffrance en France. D’un côté, le secteur de la construction est en crise : de 413 600 comptabilisés au 1er janvier 2022, le nombre de logements commencés s’est effondré à 282 700 trois ans plus tard, pour se « redresser » sous les 300 000 fin 2025.
À cette pénurie s’ajoute la dégradation du parc locatif existant : 12 millions de personnes sont aujourd’hui concernées par la précarité énergétique ; en 2024, 30 % des ménages déclarent avoir eu froid dans leur logement, contre 14 % en 2020.
Or, le logement social, qui devrait apporter des solutions, traverse lui aussi une grave crise. Près de quatre millions de personnes souffrent de mal-logement et 2,7 millions de ménages étaient en 2024 en attente d’une attribution. Mais le nombre de ces dernières recule : 393 000 ont été proposées en 2023, soit près de 100 000 de moins qu’en 2016.
Si bien qu’aujourd’hui, un peu moins d’un demandeur sur cinq obtient une réponse dans l’année. Et la situation ne devrait pas s’éclaircir. Seuls 84 000 logements sociaux ont été financés en 2024, contre 124 000 huit ans plus tôt.
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Pour le sénateur communiste Ian Brossat, cette évolution traduit un choix politique clair : « Depuis qu’Emmanuel Macron est président de la République, le logement est devenu une variable d’ajustement budgétaire. Il n’y a plus aucune ambition affichée en matière de logement. Dès que le gouvernement a cherché à faire des économies, il a tapé dans le budget du logement, au détriment des plus fragiles. »
La droite vide la loi SRU de sa substance
C’est dans ce contexte qu’intervient la proposition de loi examinée ce mardi 20 janvier. Porté par les sénateurs LR Dominique Estrosi-Sassone et Mathieu Darnaud, ce texte reprend les bonnes vieilles antiennes de droite, pour qui la loi SRU (solidarité et renouvellement urbain) – imposant depuis 2000 aux communes un seuil minimal de logements sociaux – ainsi que les protections des locataires sont les principales responsables d’une crise qui ne pourrait se résoudre que grâce à la dérégulation et au soutien du marché du logement.
« La substitution du logement intermédiaire au logement social constitue une privatisation rampante de la loi SRU. »
La CGT
Pour parvenir à un objectif national de 400 000 logements neufs par an d’ici à 2030, la loi SRU devra donc être vidée de sa portée en autorisant les communes en retard sur leurs obligations légales à se rattraper en y incluant jusqu’à 25 % de logements intermédiaires, aux loyers plus coûteux.
Ce qui « ne répond ni aux besoins des salarié·es précaires, ni à ceux des ménages pauvres. La substitution du logement intermédiaire au logement social constitue en plus une privatisation rampante de la loi SRU », dénonce la CGT. Jean-Baptiste Eyraud, président de l’association Droit au logement (DAL), corrobore : ce texte « va liquider la production de logements sociaux » et « privilégier le logement comme source de profit plutôt que comme besoin essentiel ».
À gauche, le logement remis au cœur du débat politique
Autres mesures problématiques, la PPL prévoit de conférer plus de pouvoir aux maires, pour la construction comme pour l’attribution des logements sociaux, avec un « droit de veto motivé », faisant craindre à certaines associations de solidarité le retour au clientélisme municipal.
Par ailleurs, l’article 8 empirerait les mesures de la « loi antisquat » de 2023 en élargissant les procédures d’expulsion d’occupants de bureaux, commerces et autres locaux vides. En total désaccord, l’ensemble de la gauche souligne que rien n’est en revanche envisagé au sujet des 3 millions de logements laissés vacants par leurs propriétaires.
Pour la droite sénatoriale, cette PPL sert à « poser des jalons qui pourront être repris dans un programme » en vue de la présidentielle de 2027, dixit Dominique Estrosi-Sassone. Le gouvernement Lecornu tente de répliquer. Pour échapper à une motion de censure sur le budget 2026, il vient d’ajouter quelques mesures à son projet de loi de finances amoindrissant la cure d’austérité sur les politiques publiques consacrées au logement : pas d’année blanche pour les allocations APL, petite rallonge de 400 millions d’euros pour les bailleurs sociaux et maintien des 3,5 milliards d’euros alloués au dispositif MaPrimeRénov’. Un prochain « grand plan logement » est par ailleurs envisagé.
À gauche, certaines listes ont déjà fait du logement la clé de voûte de leur programme. C’est le cas à Paris, où la liste conduite par Emmanuel Grégoire compte muscler la taxation des logements vacants et résidences secondaires, l’encadrement des loyers et l’augmentation du nombre de logements sociaux.
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