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Lu sur Conférence travail et retraite : « Un changement de régime de retraite est une ligne rouge », prévient Denis Gravouil (CGT) - L'Humanité

Conférence travail et retraite : « Un changement de régime de retraite est une ligne rouge », prévient Denis Gravouil (CGT)

Au sortir du lancement de la conférence sociale travail, emploi, retraite, le secrétaire confédéral CGT Denis Gravouil dénonce « l’un des patronats les plus durs en France », alors que le Medef sèche l’initiative gouvernementale.

le 5 décembre 2025

Naïm Sakhi

Ce vendredi, la conférence sociale travail, emploi et retraite a débuté au Conseil Économique Social et Environnemental (CESE). « Si on veut avancer les retraites, il faut passer par la case travail », a déclaré le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou en ouverture de l’initiative voulue par Sébastien Lecornu, lors de son discours de politique générale. Cette première plénière, sera suivie de deux autres ainsi que d’ateliers mensuels réunissant les organisations syndicale et patronale, jusqu’à l’été prochain.

Pourquoi la CGT a-t-elle choisi de participer à cette conférence sociale ?


La CGT se saisit des espaces pour défendre nos revendications. Nous avons obtenu l’engagement du Premier ministre que cette conférence sociale serve à conforter notre système de retraite par répartition. Dans ce cadre, la CGT est disponible pour débattre des questions de travail, d’emploi, le dossier des retraites. Nous avons réussi à imposer aussi la question des salaires.

Nous voulons aussi y aborder la question des ordonnances travail, sujet primordial quand la France possède l’un des taux d’accidents et de morts au travail les plus hauts, où nous détenons un record en Europe, tout comme les conséquences du management toxique, avec un quart des salariés et un tiers des cadres qui se déclarent en situation de souffrance au travail. Nous ne partageons pas le même point de vue que le patronat en face de nous.

“Le Medef boude. Ce n’est pas tellement étonnant à l’écouter de la plénière d’ouverture : la France possède l’un des patronats les plus durs. “

Le Medef boude. Ce n’est pas tellement étonnant à l’écouter de la plénière d’ouverture : la France possède l’un des patronats les plus durs. Durant les travaux, la CGT défendra l’ensemble des salariés pour obtenir des améliorations de condition de travail, des hausses de salaires et l’égalité entre les femmes et les hommes, l’emploi, l’abrogation de la réforme de 2023 et un retour à un âge de départ à 60 ans avec prise en compte de la pénibilité.

 

Des parties, comme la CFDT avec la retraite à points, poussent pour un changement de régime. N’y-a-t-il pas un risque qu’in fine cette conférence soit un cheval de Troie en ce sens ?

C’est la ligne rouge que nous avons posée, cette conférence ne doit pas se transformer en discussion dangereuse sur un changement de régime. Nous réclamons que cette conférence aboutisse sur un ou des référendums, notamment sur l’abrogation de la réforme des retraites de 2023.

Cela permettrait que les Français s’expriment pour la première fois sur le sujet alors que ce texte a été imposé par un déni de démocratie, à l’aide d’un 49.3. Une proposition de résolution a été votée sur le sujet en juin dernier à l’Assemblée nationale s’opposant à la réforme à 4 ans.

La retraite à point n’est pas plus acceptable que l’intégration d’une part de capitalisation, ce système n’était pas soutenable, plus inégalitaire ou bien plus cher à prestation égale. La CGT ne craint pas le débat. Bien sûr, des parties avanceront sur la retraite par capitalisation. Nous avons les moyens de démontrer la dangerosité de ce système. Pour nous, il n’est pas question de substituer le régime actuel, mais bien l’améliorer en restaurant un système par répartition à prestation définie.

L’exécutif a annoncé l’abandon du doublement par décrets des franchises médicales. Est-ce une victoire à saluer ?

Nous restons en alerte. Le doublement des franchises déjà existantes, à postériori et par décret, n’est jamais à exclure. Et dans le même temps, le gouvernement entend taxer davantage les complémentaires santés, ce qui augmentera le prix cotisations mutuelles. Le gouvernement doit revenir sur cette mesure.

La CGT s’inscrira-t-elle dans les négociations assurance chômage, visant à économiser 400 millions d’euros sur les ruptures conventionnelles ?

Là encore, si la CGT s’interdit de venir aux négociations, alors nous laissons la porte ouverte à des arrangements entre amis. Le patronat veut faire croire que les employés abusent des ruptures conventionnelles pour d’un côté toucher des indemnités de départs et de l’autre profiter pendant 18 mois des droits au chômage. Or les études montrent que ces dispositifs sont imposés aux salariés. Les ruptures conventionnelles sont dévoyées par le patronat qui les transforme en licenciements déguisés. C’est la raison pour laquelle la CGT était contre leurs introductions en 2008.

Le patronat veut aller plus loin que l’exécutif et vise 1 milliard d’euros d’économie sur l’assurance chômage. Qu’est-ce que cela traduit ?

Le patronat est illisible et divisé. Le Medef et l’U2P ont séché une première séance de négociation, malgré ces demandes de coupes drastiques. En réalité, le patronat fait de cette négociation sur l’assurance chômage un moyen chantage, sur le gouvernement, pour ne pas se voir raboter même un petit bout des 80 milliards d’exonérations de cotisations sociales.

Mais si le patronat souhaite mettre un terme aux ruptures conventionnelles, supprimons-les. Ces dispositifs servent majoritairement à contourner les recours aux prud’hommes en cas de licenciement abusif. Et les salariés pourront bénéficier des indemnités dues en cas de licenciement.

 

Tag(s) : #Luttes sociales
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