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Lu sur Le vitalisme de la connaissance - La chronique philo de Cynthia Fleury - 11 septembre 2025 | L'Humanité : lire, agir

Le vitalisme de la connaissance

le 11 septembre 2025

C’est la rentrée. Il est toujours bon de revenir aux fondamentaux : le sens de l’apprentissage, la valorisation de l’esprit scientifique, l’absolue nécessité pour l’homme – d’autant en ces contextes concurrentiels d’intelligence artificielle – de s’exercer à penser, à découvrir les lois de l’esprit humain et les « vérités » du monde vivant dans lequel il siège.

Bernard Lahire, dans son libelle Savoir ou périr (Seuil, 2025), reprend le chemin de Marc Bloch et d’Alexandre Grothendieck pour défendre le « savoir » comme pilier constitutif de l’espèce humaine. Homo sapiens sapiens, entendons-le de la façon la plus littérale possible. Pas d’humanité sans savoir. Le désir insatiable de savoir relève d’une nécessité vitale de base. Dans Mathematica (Seuil, 2022), le mathématicien David Bessis s’était lui aussi fait l’héritier direct de Grothendieck, défenseur irréductible de « la posture du petit enfant ».

On croit à une coquetterie mais c’est mal connaître l’énergumène : « Ce qui fait la qualité de l’inventivité et de l’imagination du chercheur, c’est la qualité de son attention, à l’écoute de la voix des choses. (…) La découverte est le privilège de l’enfant. C’est du petit enfant que je veux parler, l’enfant qui n’a pas peur encore de se tromper. » Ce don de questionner, d’être passionnément curieux, nous l’avons tous reçu en partage « dès le berceau ».

Et Lahire comme Grothendieck ont raison de déplorer et de dénoncer, avec la plus grande gravité, la destruction de cet esprit par les institutions scolaires qui confondent apprentissage et évaluation. La charge n’est nullement nouvelle, mais elle demeure extraordinairement actuelle.

Ce besoin fondamental de savoir inscrit dans la logique du vivant est piétiné par les technocrates de l’éducation. « Parmi les aspects du système scolaire les plus destructeurs de la curiosité de l’enfant, écrit Lahire, l’inversion des priorités entre l’objectif d’apprentissage et l’objectif d’évaluation des connaissances ou des performances des élèves occupe une place de choix. »

 

En 1943, le génial Marc Bloch décrivait le « bachotage » comme une « gangrène », une « sorte de tremblement perpétuel et de hargne », alors qu’il s’agit d’exprimer la joie d’apprendre. Quant au sociologue, il ne dénonce pas uniquement une mise à mal des institutions éducatives, mais une « responsabilité majeure dans l’affaiblissement de l’ensemble des groupes humains ». Par des politiques d’enseignement réductionnistes, les décideurs diminuent nos « capacités collectives de défense et de survie ».

Dans un siècle qui se structure autour de la notion anthropocénique et des vulnérabilités systémiques, c’est là une stratégie mortifère que de dévaluer à ce point le souci vital collectif de connaître.

Cynthia Fleury

Tag(s) : #Education Nationale
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