Du côté du camp présidentiel, l’enlisement du pays dans une crise politique sans fin conduit ses membres à s’interroger sur ce qui les lie encore. Une remise en question opérée dans l’espoir de se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible.
le 22 décembre 2024
Emmanuel Macron se noie et ce n’est pas François Bayrou qui le sauvera. Ses troupes, discrètes et silencieuses depuis sa nomination, le savent bien. Son entêtement à ne vouloir rien changer et son attitude de déni face aux multiples sanctions en font un homme perdu. « On a un capitaine qui donne des coups de hache dans la coque et qui nous dit que c’est la bonne façon de se maintenir à flot, se désole un ancien ministre macroniste. Il faut s’en sortir sans lui, c’est notre seul défi aujourd’hui. »
Le 8 décembre, Renaissance – le parti présidentiel – se réunissait à Paris en conseil national pour élire son nouveau secrétaire général. Sans surprise, Gabriel Attal a été désigné. S’il entretient des relations fraîches avec le président depuis l’annonce de la dissolution, celui-ci a malgré tout tenu à avoir un mot pour lui… avant de le jeter aux orties.
« Je sais ce que je lui dois, concède-t-il. Mais personne ne comprendrait que l’on s’autocongratule. Les Français sont fatigués du vacarme. Chacun porte sa part de responsabilité, nous compris. Il y a le gouffre dans lequel nous pouvons tomber si on ne se ressaisit pas. » D’où sa proposition de mobilisation pour répondre à des questions simples : « Que sommes-nous devenus ? Que voulons-nous devenir ? Où est passée la promesse de 2016 ? »
« Une force centrale contre les radicalités »
Même chez les vieilles gloires du macronisme, l’heure est aujourd’hui à la soupe à la grimace. Ex-président de l’Assemblée nationale, puis ministre de la Transition écologique, François de Rugy a accompagné les premières heures de son camp avant de se mettre en retrait en 2022. Ce qui ne l’empêche pas de vouloir reconstruire son camp : « Dans ces temps troublés, il faut une force centrale qui évite au pays de tomber dans une des deux formes de radicalité à disposition : RN et FI. Il nous faut donc être cette force de raison. Mais pas à partir de rien, il nous faut construire un socle d’idées. »
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Selon lui, « l’incarnation forte » qu’a longtemps représentée Emmanuel Macron a longtemps fait croire aux siens que leur identité politique n’était rien d’autre qu’une « évidence » : une force en soutien au cap donné par le président, qu’importe où il mène. Sauf qu’aujourd’hui le contexte est tout autre. « Renaissance n’est plus qu’une composante d’un gouvernement sans majorité, souffle-t-il. Nous ne sommes plus à l’abri de la disparition, il nous faut donc définir ce qui nous unit, le théoriser et le faire fructifier. »
Lors des débats autour du budget, les parlementaires macronistes se sont avant tout signalés par leur refus de l’impôt, en particulier en direction des plus riches. « Toute hausse d’impôt sur le dos des ménages ou des sociétés est une ligne rouge », martelait ainsi Aurore Bergé, députée Ensemble pour la République (EPR), le 1er octobre, jour de la déclaration de politique générale de Michel Barnier. Un refus fiscal couplé à une cure de réduction des dépenses publiques. Faut-il voir en l’austérité (sauf pour les plus riches) le trait d’union des macronistes ?
Le terrain de la justice
« Ce qui fait partie de notre ADN, c’est la certitude que nous sommes le pays qui paie le plus d’impôts, particuliers et entreprises confondus, et cela nuit à notre compétitivité, tranche Violette Spillebout, députée EPR du Nord. Mais il y a beaucoup de débats entre nous sur cette question. » Celle-ci dit toutefois entendre, en circonscription, les cris du cœur de citoyens étouffés par un sentiment d’injustice croissant.
Ce qui, selon elle, doit amener la Macronie à « bouger » : « Nous pourrions peut-être trouver des compromis en travaillant sur une taxe sur les superprofits s’ils ne sont pas redistribués en partie pour la transition écologique ou en participation pour les salariés. » Stéphane Vojetta, autre député EPR, abonde : « Notre problème, c’est cette image d’un camp qui s’arc-boute sur ses principes et sur ce qu’il a fait. Il faut nous montrer plus flexibles. »
D’ailleurs, lors de son discours au conseil national, Gabriel Attal a largement insisté sur ce point : « La justice pour que chacun soit soutenu quand il met un genou à terre, pour que chacun puisse vivre dignement de son effort, de son travail, pour que chacun ait sa chance. »
« Il faut être lucide : nous n’avons pas su répondre au sentiment d’injustice sociale, reprend Violette Spillebout. Même si le chômage a diminué, la pauvreté a augmenté, tout comme l’impression que le travail ne paie pas. La problématique des déserts médicaux ou de mobilité est toujours là. » Les voilà qui découvrent la Lune, sept ans après leur prise de pouvoir.
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Cela mène plusieurs macronistes à demander de mettre en sourdine, au moins pendant un temps, les grands discours sur l’idéal européen, pourtant premier pilier de leur camp. « Nous devons nous montrer du côté des citoyens, des problèmes du quotidien, surenchérit un cadre d’EPR. Nous restons fermement européens et cela doit rester notre ADN. Mais attention à ne pas être identifié définitivement comme le camp de Bruxelles plus que des gens. » Masquer son identité pour mieux continuer à gouverner, en somme.
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