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Gouvernement Bayrou : ascenseur pour la censure
Emmanuel Macron a nommé, ce lundi 23 décembre, une équipe quasi inchangée par rapport à celle de Michel Barnier ou des précédentes. Le camp présidentiel est incapable de concéder quoi que ce soit à la gauche, et se condamne à rabougrir son socle et à recycler d’anciens socialistes comme Manuel Valls.
le 23 décembre 2024
Et que dire du retour de Manuel Valls… L’ex-chef de gouvernement est nommé aux Outre-Mer, après avoir tenté (en vain) de devenir maire de Barcelone puis de se faire élire député Renaissance en 2022 (sans plus de succès).
Désavoué dans les urnes en Espagne comme en France, le voilà donc aux manettes de dossiers brûlants, entre la catastrophe à Mayotte, la crise en Kanaky et le mouvement contre la vie chère en Martinique. Une de ses proches, Juliette Méadel, atterrit au ministère de la Ville. Les trois ex-PS sont des détracteurs farouches de l’union de la gauche. « C’est un commando anti-NFP », résume le député Alexis Corbière (groupe écologiste).
Bergé, Darmanin et Borne de retour
S’ajoutent les macronistes en repêchage, à commencer par Gérald Darmanin, qui redevient ministre après quelques semaines seulement à exercer son mandat de député. L’ex-titulaire de l’Intérieur obtient cette fois le ministère de la Justice – un profil plus complémentaire avec les orientations sécuritaires de Bruno Retailleau, qui ne s’entendait pas avec le précédent garde des Sceaux, Didier Migaud, caution de gauche du gouvernement Barnier.
Aurore Bergé revient à l’Égalité. À l’Éducation nationale, exit Anne Genetet, qui ne se sera illustrée que par la polémique sur les domestiques qu’elle formait lorsqu’elle travaillait à Singapour. L’ex-première ministre Élisabeth Borne lui succède, avec un portefeuille élargi à la Formation et à la Recherche, ce qui fait d’elle la numéro deux du gouvernement – un possible lot de consolation après avoir échoué à prendre la tête du parti Renaissance face à Gabriel Attal. Là encore, elle symbolise la poursuite du même cap politique, le changement de casting relevant du décoratif.
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Un gouvernement pour être censuré ? Le casting des ministres qui accompagneront François Bayrou est à peine dévoilé que déjà la question de sa durée de vie se pose. Et pour cause : l’équipe nommée ce lundi 23 décembre, après plusieurs jours de flottement, n’ouvre que peu de marge de manœuvre au camp présidentiel, tant il semble osciller entre bricolage et recyclage.
Le premier ministre évoque « des équilibres nouveaux », dans une lettre envoyée aux ministres sur le départ. En réalité, il devra composer avec un attelage d’éternels lieutenants de la Macronie, associés avec des rescapés de la parenthèse Barnier (18 ministres censurés sont renommés) et des revenants improbables des quinquennats précédents.
Un petit monde incapable d’élargir son horizon comme son socle parlementaire, accroché à ses antiennes idéologiques : politique de l’offre, pas de hausse d’impôts sur les grandes entreprises, coupes dans les dépenses publiques quitte à dégrader la santé, la justice et l’éducation nationale. Rien de nouveau sous le soleil déclinant d’Emmanuel Macron, donc.
Un exécutif qui ressemble furieusement au précédent
François Bayrou rêvait d’un gouvernement pluriel, où pourraient siéger les chefs des différents partis de l’arc républicain (du PCF aux « Républicains », à l’exclusion des insoumis et du RN, selon le jargon macroniste). Peine perdue.
N’y sont représentés que le trio présidentiel (Renaissance, Modem, Horizons) et « Les Républicains », que le premier ministre a convaincus de rester au gouvernement moyennant un engagement écrit assez flou sur « l’autorité de l’État » et « la régulation de l’immigration ».
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Laurent Wauquiez, chef de file des députés LR, a toutefois déclaré avoir refusé un poste de ministre après avoir échoué à obtenir Bercy (à l’Économie, le profil plus technocrate d’Éric Lombard, anciennement président de la Caisse des dépôts, lui a été préféré).
Le nouvel exécutif ressemble donc furieusement au précédent qui a été censuré, d’autant que plusieurs ministres se voient renouveler dans leurs fonctions, comme si de rien n’était.
Retailleau confirmé à l’Intérieur
L’architecture globale des ministères régaliens est conservée. Ainsi, Sébastien Lecornu, qui était pressenti à Matignon avant que François Bayrou ne s’y impose, rempile au ministère des Armées, tout comme Rachida Dati à la Culture et Annie Genevard à l’Agriculture.
Sont également prolongés Agnès Pannier-Runacher (Transition écologique), Jean-Noël Barrot (Affaires étrangères), Marc Ferracci (Industrie), Astrid Panosyan-Bouvet (Travail), quand d’autres ne font que changer d’adresse : Catherine Vautrin quitte la Cohésion territoriale pour revenir à la tête d’un super-ministère de la Santé et du Travail, Laurent Saint-Martin passe du Budget au Commerce extérieur…
Symbole d’un gouvernement qui penche très à droite, Bruno Retailleau est pourtant également reconduit. Le sulfureux ministre de l’Intérieur, accusé par la gauche (et parfois dans les rangs macronistes) de parler le même langage que l’extrême droite sur l’immigration, est confirmé Place Beauvau.
Le RN toujours en position de faiseur de roi
« C’est un motif de censure à lui tout seul », a averti la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier – une position assez unanime au sein des différentes forces du Nouveau Front populaire. Pour le Rassemblement national, au contraire, la reconduction de Bruno Retailleau est « la seule chose intéressante (de ce gouvernement) s’il a les moyens et la volonté d’aller au bout de ce qu’il dit », prévient Sébastien Chenu, député RN.
Une telle déclaration suggère un nouveau soutien tacite du RN au gouvernement. De fait, le parti d’extrême droite se retrouve encore dans la position de faiseur de rois. Son président, Jordan Bardella, a exclu, pour le moment, « toute censure automatique », mais ses députés n’auront aucun scrupule à appuyer sur le bouton du siège éjectable, en mêlant leurs voix aux motions de censure attendues de la gauche, si le moment leur semble propice.
En attendant, le camp lepéniste entend bien marchander cette non-censure contre quelques trophées, comme une instauration rapide du scrutin proportionnel, auquel François Bayrou est favorable, ou une nouvelle loi immigration.
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Le RN a obtenu, par ailleurs, que Xavier Bertrand, cette fois encore, n’entre pas au gouvernement. Le président des Hauts-de-France, ennemi historique de Marine Le Pen dans la région, avait déjà été signalé par l’extrême droite comme une ligne rouge, lorsque son nom avait circulé pour Matignon, après la dissolution et les législatives anticipées.
« Le premier ministre n’était plus en mesure de me confier la direction du ministère de la Justice, en raison de l’opposition du RN », a-t-il déclaré, ce lundi, sur X, en ajoutant qu’il « refuse de participer à un gouvernement qui a l’aval de Marine Le Pen ».
Recyclage de ministres de la Hollandie dans « un commando anti NFP »
La soumission à l’extrême droite à laquelle avait consenti Michel Barnier se répète donc. Le patron des députés PS, Boris Vallaud, accuse, lui, François Bayrou d’avoir « préféré la laisse et le bâton du RN à la responsabilité républicaine, au prix de négociations exigeantes avec la gauche ».
Que reste-t-il en effet de la tentative d’ouverture à gauche de François Bayrou ? Elle se solde, sans surprise, par la piteuse nomination au ministère de l’Aménagement du territoire de François Rebsamen, ancien socialiste converti de longue date au macronisme, que le premier ministre est allé chercher dans les fonds de tiroir de la Hollandie.
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C’est donc avec cette équipe brinquebalante, sans souffle aucun, que François Bayrou s’avance en terrain miné. D’abord, au Parlement : « Comptez sur les insoumis pour censurer ce gouvernement de zombies de la politique française », promet l’insoumis Antoine Léaument, alors que son groupe prévoit le dépôt d’une motion de censure le 16 janvier prochain. « Ce gouvernement, c’est la famille Addams. Des revenants et des perdants », cingle le sénateur communiste Ian Brossat.
« Le nombre de battus du suffrage universel qui figurent dans ce gouvernement prouve que, pour François Bayrou, la démocratie et la confiance des citoyens sont superflues », s’étrangle l’écologiste Benjamin Lucas. Et puis, il y a l’opinion publique.
Le nouveau premier ministre n’a pas encore prononcé son discours de politique générale (prévu le 14 janvier à l’Assemblée nationale, il donnera le ton de sa gouvernance), mais son taux de popularité est déjà historiquement bas. 66 % des Français se disent insatisfaits, selon un baromètre Ifop daté de dimanche. On a connu meilleures conditions pour fêter Noël.
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