La formation d'extrême-droite fête son demi-siècle ce 5 octobre. Un anniversaire embarrassant pour Marine Le Pen, dont le parti reste pourtant fidèle à l'héritage paternel.

 

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Cinquante ans, ça se fête. Sauf au Rassemblement national (RN). Cet anniversaire embarrasse Marine Le Pen, qui aimerait bien faire oublier que son parti, le Front national (FN) qu’elle a rebaptisé en 2018, rassemblait à l’origine des collaborateurs de Vichy et des nostalgiques de l’Algérie française.

Lancé officiellement le 5 octobre 1972 à Paris, Salle des horticulteurs, à l’initiative d’Ordre nouveau – un parti de jeunes néofascistes –, pour rassembler les courants éparpillés de l’extrême droite, le FN s’inspire d’emblée du MSI italien, dont il copie la flamme tricolore brûlant sur un catafalque où les lettres MSI rappelaient aux initiés : « Mussolini sempre immortale ».

Un passé gênant que Mme Le Pen, dans son impensable quête de respectabilité, souhaite évacuer avec un petit « colloque » de trois heures, jeudi, dans l’entre-soi des sous-sols de l’Assemblée nationale. Deux faits récents montrent pourtant que son RN partage bel et bien les obsessions héritées de son paternel.

Il rêve d’empêcher les étrangers de participer aux élections des instances représentatives du personnel, une citoyenneté sociale pourtant reconnue depuis… 1946. À l’Assemblée, ses députés ont déposé plusieurs amendements à l’article 3 du «projet de loi sur le fonctionnement du marché du travail», qui définit les conditions requises pour être électeur dans les entreprises.

Les costumes et cravates n’y changent rien, le RN reste tel que le FN l’a fait.

Le premier, présenté par Laure Lavalette, porte-parole du groupe, pour réserver ce droit aux salariés «de nationalité française», ou du moins, à ceux «disposant de la nationalité d’un État membre de l’UE», concède un amendement de repli de Matthieu Marchio, qui demande dans un autre que les salariés électeurs maîtrisent «couramment la langue française». Tous amendements cosignés par dame Le Pen.

Le 22 septembre, Louis Aliot, maire de Perpignan et candidat à la succession d’icelle à la présidence du RN, fait voter en conseil municipal une délibération pour donner le nom de Pierre Sergent à une esplanade de la ville. Opposant à l’indépendance de l’Algérie et à De Gaulle, ce capitaine d’armée est l’un des fondateurs de l’OAS et son « chef d’état-major » en métropole. Il est à l’initiative de nombreux attentats à la bombe et assassinats – y compris contre l’initiateur de la Ve République.

En fuite à l’étranger, Pierre Sergent bénéficie de l’amnistie de 1968 et revient dès lors en France, où il reprend des activités politiques à l’extrême droite. En 1985, ce terroriste non repenti adhère au FN de papa, qui le propulse à la tête de la fédé des Pyrénées-Orientales. Il y est élu député et conseiller régional en mars 1986 sous l’étiquette… « Rassemblement national ».

Les costumes et cravates n’y changent rien, le RN reste tel que le FN l’a fait.