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La princesse à son papa
Publié le
Mercredi 14 Septembre 2022
 

La mort de la reine Elizabeth II est l’occasion de se questionner sur la place occupée dans notre imaginaire collectif par la symbolique des princesses. Que ce soit chez nos marchands de journaux ou dans les magasins de jouets, tout ce qui les concerne est au-rayon-pour-filles. Cela représente une quantité énorme, « structurale », de notre environnement culturel. Malheureusement, la croyance selon laquelle les petites filles auraient un attrait naturel pour les princesses, les poupées, ainsi qu’un don inné pour la douceur, la gentillesse et la soumission persiste. Pourtant, nos goûts ne sont pas fonction de nos chromosomes.

Parents, nous avons parfois du mal à comprendre que nos enfants se mettent soudainement à privilégier la danse classique au foot ou inversement ; alors même que nous ne les poussons pas, ou pensons ne pas les pousser, dans la voie de goûts genrés. Mais nos enfants n’interagissent évidemment pas qu’avec nous. Ils doivent faire face à tout un système encore largement sexiste. Comme l’écrivait Beauvoir, la société traite la fillette « comme une poupée vivante ». Nous sommes conditionnées petites à adopter les traits de la féminité, incarnés notamment par les princesses. Rayons de jouets, sports, médias, vêtements, publicités, magazines, dessins animés : tout est encore affreusement genré.

Pourtant, comme le souligne la Dr Catherine Vidal, neurobiologiste et directrice de recherche à l’Institut Pasteur, il n’y a pas de cerveau qui soit naturellement féminin ou masculin : « Ce sont les expériences de vie propres à chacun qui font les différences .  » Elle pointe qu’à la naissance nos connexions entre neurones sont à peine commencées. Leur développement est ainsi influencé par les normes genrées, qui sont omniprésentes dans notre environnement social. Être conscient de nos biais, et ne pas considérer nos habitudes comme « innées », est déjà un premier pas vers une société moins inégalitaire, pour tout le monde. Car la prison mentale « virilité » n’est pas un cadeau non plus. Non seulement elle génère les violences faites aux femmes et les inégalités professionnelles, mais, d’une façon beaucoup plus insidieuse, elle enferme les petits garçons dans une vision réductrice de leur être : courageux, audacieux, fort, violent.

Alors, finalement, et loin des châteaux, nous pouvons tous œuvrer dans notre quotidien pour une société moins stéréotypée en réfléchissant à des occurrences simples, dont voici une liste non exhaustive : le nom de famille, le choix des jouets, le choix des vêtements, les tâches domestiques, les petits noms affectueux donnés aux enfants ( « la petite princesse à son papa »), les compliments qu’on leur adresse, c’est-à-dire les qualités que l’on choisit de mettre en avant ou non, et bien sûr le miroir qu’on leur tend.

Tag(s) : #luttes citoyennes
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