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Zéro pointé pour Macron à la sortie de sa présidence de l’UE

Europe Le chef de l’État français se faisait fort de porter en étendard des avancées pour le Vieux Continent durant les six mois de pilotage tournant où la France présida aux destinées de l’UE. Il est en échec sur tous les dossiers, y compris celui de « l’Europe de la défense », sur lequel il avait pourtant beaucoup misé.

Publié le
Vendredi 1 Juillet 2022
 
Pool/ABACA
 

L a présidence française de l’Union européenne (UE), qui a pris fin ce jeudi 30 juin, s’est achevée sur un bilan exécrable. Aucune des priorités qu’Emmanuel Macron avait avancées pour signaler qu’il saurait marquer de son empreinte la construction européenne ne s’est finalement concrétisée durant cette période de six mois. Un gros imprévu, la guerre en Ukraine, est venu certes bousculer la donne pour l’hôte de l’Élysée, même si cet événement aurait pu constituer une sorte d’aubaine. N’avait-il pas annoncé, en décembre 2021, urbi et orbi, que «  l’Europe de la défense » serait son dossier numéro un ? Il s’agissait, précisait-il alors, d’assurer « une autonomie de l’UE », qu’il prenait bien la précaution de placer « en complémentarité avec l’Otan », comme pour se prémunir de toute objection de Washington.

Emmanuel Macron reprenait en fait à son compte une ambition militaire continentale affirmée par les autorités françaises successives. La classe dirigeante française, affaiblie par une désindustrialisation du pays qu’elle orchestra elle-même, tente en effet depuis des lustres de se replacer aux avant-postes européens en jouant de sa force de frappe nucléaire et de ses industries de pointe dans l’armement.

Seulement, dans la configuration nouvelle de la guerre en Europe, c’est Joe Biden et le lobby états-unien de l’armement qui apparaissent comme les principaux bénéficiaires du tournant annoncé par plusieurs capitales en matière de sécurité. Le « changement d’époque » (Zeitenwende) proclamé par le chancelier allemand Olaf Scholz a douché les espoirs macroniens. Berlin a annoncé une dotation exceptionnelle de 100 milliards d’euros à l’armée fédérale allemande. Mais l’identité des bénéficiaires des premières mégacommandes n’a vite plus laissé aucun doute sur les grands bénéficiaires de l’opération. Les géants états-uniens du secteur sont quasiment les seuls servis.

Lockheed Martin va fournir 35 chasseurs bombardiers furtifs F35, chargés de permettre à l’Allemagne de remplir sa mission dite de participation nucléaire – entendez : transporter sur zone les bombes atomiques états-uniennes sur ordre de Washington et de l’Otan «  en cas de nécessité ». Boeing va livrer quelque 60 hélicoptères de transport géants Chinook à la Bundeswehr. Quant aux Européens, ils ne se voient gratifier, pour l’heure, que des miettes de ce superdeal militaire germano-états-unien. Airbus a récupéré un contrat de… maintenance des F35.

L’Europe de la défense ne se conçoit plus que comme une annexe du Pentagone

Pourtant, le président français s’est beaucoup dépensé pour donner des gages à l’atlantisme. En janvier, avant même le début de la guerre, il avait convoqué à Brest, à deux pas des sous-marins d’attaque tricolores, un sommet informel des ministres de la Défense puis des affaires étrangères de l’UE, avec la participation de Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan. Rien n’y a fait. L’Europe de la défense portée par Berlin et d’autres capitales européennes, si elle est encore très fédéraliste, ne se conçoit plus que comme une annexe du Pentagone.

Sur les suites de la guerre, les déclarations, frappées pourtant d’un élémentaire bon sens stratégique, au sujet de «  la nécessité de ne pas humilier la Russie » ont été impitoyablement recadrées. Devenu d’un seul coup plus discret sur ce thème, Emmanuel Macron a décidé de se rendre à Kiev en compagnie de ses homologues allemand et italien pour y donner le feu vert à l’entrée de l’Ukraine et de la Moldavie dans le processus d’adhésion à l’UE. En dépit de la taille des obstacles objectifs qui s’y opposent encore. Comme le degré élevé de corruption repéré au sein des « élites » de ces pays. Une conception de l’élargissement de l’UE plutôt anglo-saxonne et défendue par des états membres souvent en délicatesse avec le droit européen, comme la Pologne, s’est ainsi imposée. Ce qui, au passage, ne peut que donner toujours davantage de poids aux forces centrifuges qui minent déjà l’UE.

Seule bonne note à ce bilan calamiteux des six mois de présidence française, le dossier d’un Smic européen a pu au moins être posé sur la table. L’Élysée l’a endossé, même si l’initiative en revient au Parlement de Strasbourg, où les eurodéputés macroniens se targuent d’avoir pu entraîner «  les autres forces proeuropéennes ». À y regarder de plus près toutefois, la directive adoptée sur le sujet n’avance rien de concret et surtout de contraignant, se contentant d’affirmer le besoin d’un cadre commun afin de garantir «  un niveau de vie décent » aux citoyens de l’UE. Pas de quoi enlever un zéro pointé au bilan global d’une présidence française de l’Union européenne qu’Emmanuel Macron voulait tant pouvoir brandir en étendard.

Tag(s) : #Union Européenne
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