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Une lâcheté de plus…
Jacques Fath Non classé 16 février 2026
Le discours de Marco Rubio, Secrétaire d’État de l’Administration Trump, à la Conférence de Munich… ou le lâche contre-sens des Européens.
Voici, en intégralité et en français, le discours de Marco Rubio à la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC 2026). Rubio est le Secrétaire d’État de l’Administration Trump (l’équivalent d’un Ministre des affaires étrangères). C’est un acteur majeur de cette Administration. On dit d’ailleurs qu’il se verrait bien comme futur candidat à la succession de Trump… Ce discours est important. Il l’est d’autant plus qu’il a été présenté comme le motif d’un « soulagement » visible et des applaudissements des hauts responsables européens présents à cette Conférence. Comme si ces Européens voyaient les États-Unis de Trump revenir à l’Alliance et à des options plus atlantistes conventionnelles. Évidemment, il n’en fut rien.
Dans son contenu et dans son sens politique, ce discours confirme en effet pleinement les orientations essentielles, les critiques, les présupposés idéologiques véhiculés par Donald Trump. Rubio le fait avec la diplomatie de l’éléphant dans la pièce en répétant à quel point l’histoire et l’avenir doivent relier l’Europe et les États-Unis dans une « nouvelle alliance ». Ces rappels historiques sont avant tout de la pure rhétorique. Ils ne masquent rien de la réalité des choix américains actuels. Rubio, contrairement à certains commentaires, et à quelques illusions, ne lâche rien des visées, des imprécations et des arrogances trumpiennes : désindustrialisation, perte de souveraineté, migrations massives, perte de contrôle des frontières, gestion stérile d’un état providence mondial, pouvoir inapproprié des institutions internationales… Tout sera surmonté et résolu par la nouvelle administration. Sa critique des Nations Unies atteint un consternant niveau d’hypocrisie. L’ONU aurait échoué partout : à Gaza, en Ukraine, en Iran, au Venezuela… alors qu’en vérité l’ONU n’a jamais pu connaître des enjeux posés par ces conflits. La cause des échecs est donc avant tout à rechercher dans les logiques de puissance et les politiques de force, sur les seuls critères de l’intérêt national et de la loi des plus forts. Soit le vrai discours réactionnaire d’une extrême droite qui n’ose pas complètement dire son nom. Ceux qui sont trompés acceptent de l’être en espérant sauver… ce qui est déjà perdu.
Rubio utilise quelques formules qui dessinent bien l’intention et la vision néo-impériale qui sous-tend le trumpisme : « nous n’avons – dit-il – aucun intérêt à être les gardiens polis et ordonnés du déclin contrôlé de l’Occident ». Il ajoute que la nouvelle alliance « n’a pas à demander la permission d’agir ». Qu’en termes galants ses choses-là sont dites…
Dans cet ordre d’idées, il termine son discours en affirmant que « l’Amérique trace la voie d’un nouveau siècle de prospérité ». Cette formulation n’est pas seulement une façon de se situer en 2026, avec ce qui suivra le premier quart du 21è siècle… Elle s’inscrit de façon assez évidente en résonance avec cette autre formule historique : « The American Century » (le siècle américain). Ce fut le titre (il fit autorité) d’un article du magazine Life, signé par son Directeur, Henry Luce en février 1941. Cet article avait en particulier pour intention de légitimer l’intervention américaine dans la guerre, en donnant la vision nécessaire de ce que sera l’exceptionnalité et le rôle hégémonique des États-Unis dans le monde de l’après Seconde guerre mondiale.
Il est cependant curieux de devoir constater que c’est précisément l’Administration américaine actuelle, celle de Trump et de Rubio, qui aggrave et accélère brutalement la décomposition finale de l’ordre international libéral, y compris l’ONU et le multilatéralisme, c’est à dire tout ce qui fut installé dans cet ordre après la guerre. On peut dire aujourd’hui sans crainte que l’Administration Trump ne vise en rien à édifier les bases d’un système international futur de démocratie et de prospérité, y compris pour les États-Unis eux-mêmes, dans un monde de sécurité et de paix. Le « soulagement » des Européens est une lâcheté de plus dans un contexte qui n’en manque pas. JF 16 02 2026
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