Les éminents socialistes qui dénoncent ainsi le ralliement du PS à la NUPES ne savent rien de l'histoire du parti de la rose au poing.

 

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Depuis que ce parti s’est rallié à la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale (NUPES), des caciques du Parti socialiste (PS) et leurs éditocrates d’accompagnement, pris de frénésie, hurlent à la « trahison ». Cette adhésion à un programme prévoyant notamment un rabaissement de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, une augmentation du salaire minimum, un blocage des prix des produits de première nécessité et une possible désobéissance ponctuelle aux traités européens constitue, selon ces enragés – qui le jugent en outre « communautariste » –, un révoltant « reniement » des « valeurs » du PS.

Problème : c’est absolument faux – et mensonger.

Il suffit, pour le vérifier, de se replonger dans le « programme de gouvernement du Parti socialiste » de 1972, qui a servi de soubassement au « programme commun » autour duquel la gauche s’est alors unie pour propulser François Mitterrand à l’Élysée.

La relecture de ce dense document ne laisse aucune place au doute : le PS était, en ce temps-là, plus radical que la NUPES.

Il promettait ainsi « une augmentation substantielle des salaires et traitements », précisant que « le salaire minimum progressera(it) plus vite » encore. Autres engagements : « L'âge d'ouverture des droits à la retraite sera ramené à soixante ans pour les hommes et à cinquante-cinq ans pour les femmes », et « l'État organisera le contrôle des prix des produits de première nécessité ».

Les socialistes de l’époque ne reconnaissaient aucune valeur contraignante aux traités continentaux : « Le gouvernement de la gauche, assurait encore leur programme, devra obtenir de ses partenaires européens le respect de la marge de manœuvre indispensable aux pays membres pour conserver la maîtrise de leur politique nationale. » Puis de préciser : « Dans cet esprit, la gauche réaffirme sa résolution de ne se priver en rien de la possibilité d'étendre en France le secteur public. »

Laïque, le PS de 1972 promettait aussi que « l'Éducation nationale respectera(it) rigoureusement toutes les croyances, toutes les options philosophiques ». Il s’engageait en outre à en finir avec « les expulsions » – cette « spécialité déshonorante » de « la Cinquième République » –, et à instaurer « l'égalité des salaires entre travailleurs étrangers et français ».

Les éminents socialistes qui, de Bernard Cazeneuve à François Hollande en passant par Jean-Christophe Cambadélis – liste non exhaustive –, soutiennent aujourd'hui que le ralliement du PS à la NUPES constitue une « trahison » ne savent donc rien de l’histoire de ce parti.

Ou peut-être jugent-ils qu’elle commence au mitan des années 1980, quand ce parti a commencé à se renier — avant qu'eux-mêmes, parachevant cet abandon, ne finissent de le droitiser complètement...