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L’arbre qui cache la forêt des numéros verts fantoches
Mardi 16 Février 2021
Plutôt que de s’attaquer frontalement aux problèmes, l’exécutif empile les numéros d’appel gratuits. Le plus récent concerne les discriminations.
 

«  Q uand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots », disait Jean Jaurès. Une affirmation qu’il convient aujourd’hui d’actualiser à l’aune du « nouveau monde » : « Quand le gouvernement ne sait pas comment changer les choses, il crée un numéro vert. » En son temps, Nicolas Sarkozy faisait de l’injonction « un fait divers, une loi » son mantra ; c’est désormais à la Macronie de s’agiter en lançant une palanquée de numéros d’appel gratuits supposés répondre à tous les maux. Le dernier en date concerne la lutte contre les discriminations (3928) et s’accompagne d’une plateforme numérique (antidiscrimination.fr). Il s’agit là d’une promesse faite par Emmanuel Macron, le 9 décembre 2020, après avoir reconnu que « ce problème , on ne l’a pas réglé », malgré ses « engagements ». Une initiative qui a fait hurler dans les rangs de la police, car elle acte de fait l’existence de contrôles au faciès.

Officiellement lancée le 12 février, cette plateforme a pour mission d’accompagner gratuitement, et parfois juridiquement, les victimes de discriminations liées à l’âge, l’origine, le genre ou le handicap. L’Élysée se targue de lui allouer un budget de « 3,5 millions d’euros » pour sa première année de fonctionnement. Sa gestion est confiée à la ­Défenseure des droits : ce sont donc des « personnes spécifiquement formées » et des « écoutants spécialistes en droit de la non-discrimination » à l’autre bout des cinq lignes ouvertes. Quinze personnes ont été embauchées. Mais si le renforcement des moyens est réel, le dispositif n’est en rien une nouveauté : la plateforme existait déjà mais concernait les cinq missions de la Défenseure des droits. En plus d’être une réponse au rabais à cette problématique, ce numéro permet seulement « d’offrir un accès plus direct et plus visible » au dispositif préexistant.

Surtout, cette plateforme n’est que l’arbre qui cache la forêt des numéros verts conçus à la va-vite. Depuis 2017, l’exécutif en a lancé au moins une quinzaine, mais en confie la gestion à des prestataires privés. Pour les étudiants en situation d’urgence ? 0 806 000 278. Pour les victimes de punaises de lit ? 0 806 706 806. Pour les propriétaires inquiets des mutilations subies par les chevaux ? 0 800 738 908. Peu formés sur des sujets complexes, les écoutants se contentent souvent de lire leurs fiches. Par exemple, le numéro sur le Covid-19 est tombé dans l’escarcelle de Teleperformance, une multinationale française peu respectueuse du droit du travail. Pour cette mission, l’entreprise a recruté, selon la déléguée syndicale centrale CGT Samira Alaoui, des « intérimaires sans la moindre expérience ». Preuve que ces numéros verts relèvent davantage de l’affichage que de l’action concrète.

Tag(s) : #luttes citoyennes
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