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Le Royaume-Uni, premier pays occidental à autoriser l’utilisation en urgence d’un vaccin
Jeudi 3 Décembre 2020
Les Européens critiquent la procédure d’homologation choisie par les Britanniques qui, selon eux, s’appuie sur moins de contrôles et de preuves que la leur.
 

La Perfide Albion a gagné la course des grandes puissances capitalistes, engagées depuis des mois dans une guerre larvée pour mettre la main sur les premiers vaccins disponibles (lire l’Humanité du 18 novembre). Après avoir précommandé, pour ses 66 millions d’habitants, plus de 350 millions de doses (et 150 millions en plus, en option) auprès des différentes multinationales en lice – soit, à raison de deux injections par personne, plus de quatre fois le volume nécessaire pour toute sa population –, le Royaume-Uni est le premier pays occidental à avoir accordé, mercredi matin, une autorisation d’utilisation en urgence d’un premier vaccin contre le Covid-19, celui du laboratoire américain Pfizer et de la start-up des biotechnologies allemande BioNTech.

Triomphalisme nationaliste

Une nouvelle « fantastique », salue le chef du gouvernement conservateur, Boris Johnson. Albert Bourla, le PDG de Pfizer, évoque un « moment historique dans la lutte contre le Covid-19 ». Selon Matt Hancock, le ministre britannique de la Santé, 800 000 doses, sur les 40 millions préachetées par le Royaume-Uni, devraient arriver depuis le site de fabrication en Belgique et être prêtes à l’emploi dès la semaine prochaine. La prudence reste de mise, toutefois : Johnson appelle les Britanniques, en train de sortir du confinement, à ne pas se relâcher et Hancock, interrogé à la Chambre des communes, avoue qu’il n’a aucune idée du nombre de ses concitoyens qui pourront être vaccinés à partir du début de l’année. « Le nombre total de doses produites n’est pas très clair, confie-t-il. La fabrication est compliquée car ce ne sont pas des produits chimiques, mais biologiques… »

Tout cela n’empêche pas les tories d’en rajouter dans le triomphalisme nationaliste en mettant leur homologation accélérée du vaccin sur le compte de leur sortie de l’Union européenne, alors que l’autorité de régulation européenne avait, elle, promis, mardi, de donner sa réponse aux demandes d’autorisation introduites par Pfizer-BioNTech et son concurrent Moderna « au plus tard » entre fin décembre et début janvier 2021. « Nous faisons tous les mêmes contrôles de sécurité et suivons les mêmes procédures, mais nous avons pu accélérer la manière dont ils sont faits grâce au Brexit », fanfaronne Matt Hancock. Alok Sharma, son collègue chargé des Entreprises, en rajoute encore, faisant presque mine de croire que son pays a mis au point la potion magique pour sauver le monde : « Dans les années à venir, nous nous souviendrons de ce moment comme du jour où le Royaume-Uni a mené la charge de l’humanité contre cette maladie. » Ambassadeur d’Allemagne à Londres, Andreas Michaelis soupire devant ces poussées de fièvre : « Pourquoi est-il si difficile de reconnaître ce pas en avant important comme un grand succès international ? Malgré la contribution cruciale de l’entreprise allemande BioNTech, ce n’est pas une histoire nationale, c’en est une européenne et transatlantique… »

Plus ennuyeux pour les Britanniques, alors qu’AstraZeneca, autre producteur très attendu, a été pris en flagrant délit de présentation flatteuse de l’efficacité de son vaccin, la dénonciation, générale désormais dans la communauté scientifique, des effets d’annonce par les multinationales sans publication complète des protocoles et des résultats des essais cliniques, jette le trouble. Mercredi, c’est sur ce fond de critiques contre le manque de transparence que l’Agence européenne du médicament a directement mis en cause la procédure accélérée d’autorisation au Royaume-Uni. « Nous considérons que l’autorisation conditionnelle de mise sur le marché est le mécanisme de régulation le plus approprié face à l’urgence pandémique actuelle, explique-t-elle à Reuters. Elle est basée sur plus de preuves et plus de contrôles que la procédure d’urgence choisie par le Royaume-Uni. »

Tag(s) : #Coronavirus
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