Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

 Lu sur « Pour Marielle, pour Anderson, pour Emily, pour Rebeca, pour les 22 enfants tués par balles cette année à Rio » - Basta ! (bastamag.net)

« Pour Marielle, pour Anderson, pour Emily, pour Rebeca, pour les 22 enfants tués par balles cette année à Rio »

PAR 

 

Voilà 1000 jours que la femme politique brésilienne, Marielle Franco, issue d’une favela, noire et lesbienne, a été assassinée, le 14 mars 2018. Alors que des liens sont apparus entre les tueurs et le clan Bolsonaro, au pouvoir au Brésil, la famille attend toujours que justice se fasse. Voici une lettre ouverte de la sœur de Marielle Franco.

En accord avec la famille de Marielle Franco, élue de la ville de Rio de Janeiro assassinée le 14 mars 2018 avec son chauffeur Anderson Gomes, l’association Autres Brésils a traduit la lettre de sa sœur Anielle Franco pour les 1000 jours de son assassinat. Dans cette lettre ouverte, la sœur de Marielle Franco raconte le parcours pour la justice porté par sa famille en lien avec d’autres mouvements de familles dont les enfants ont été tués par la police au Brésil.

« Tous ceux qui ont déjà vécu un deuil savent qu’il est fait de phases.

Il y a exactement mille jours, ma sœur Marielle et son chauffeur Anderson ont été assassinés.

Grâce à l’accueil des femmes noires, nous avons traversé les phases du déni, de la colère et de la dépression jusqu’à ce que nous atteignions le stade de la transformation. Où vous pouvez transformer la douleur en force pour continuer.

C’est alors que nous avons créé l’Institut Marielle Franco pour lutter pour la justice, pour défendre la mémoire, pour multiplier l’héritage et pour arroser les graines de Marielle.

Pendant ces 1000 jours, nous avons fait pression pour qu’ils ne fédéralisent pas les enquêtes, nous avons participé à de nombreuses réunions avec les autorités, nous avons occupé les rues, nous n’avons pas cessé d’exiger des réponses.

Relire notre enquête Féminicide politique : les étranges liens du clan Bolsonaro avec le meurtre de Marielle Franco

Dans le contexte de la pandémie, nous avons renforcé les collectifs périphériques, soutenu les leaders noirs dans la lutte contre la faim et écouté les militantes noires dans tout le pays pour tracer les solutions de sortie de crise.

Lors de cette première élection municipale (octobre 2020) sans Mari (surnom de Marielle Franco), nous avons insisté pour que les conditions de candidature des personnes noires soient équitables et avons présenté l’« Agenda Marielle », avec des engagements signés par 769 candidatures de tout le pays.

Nous faisons notre part. Mais que ressentir en sachant que, ces dernières semaines, plusieurs des député·es élu·es engagé·es dans l’Agenda Marielle ont été menacé·es de mort et n’ont jusqu’à présent pas bénéficié de la protection de l’État ? En apprenant qu’Emily et Rebeca, les deux filles de 4 et 7 ans assassinées devant chez elles, étaient issues de familles bénéficiaires de nos partenaires du projet de lutte contre la faim pendant le Covid ?

En voyant que mille jours plus tard, ils n’ont toujours pas les réponses à la question de savoir qui a commandité l’assassinat de ma sœur ?

L’État brésilien suit la stratégie perverse qui consiste à nous maintenir dans un état de deuil permanent. Ils nous asphyxient avec toutes sortes de violence et ne nous laissent pas respirer. Mais, comme l’a écrit Conceição Evaristo : « Ils ont convenu de nous tuer, mais nous avons refusé de mourir ».

Pour Marielle, pour Anderson, pour Emily, pour Rebeca, pour les 22 enfants tués par balles cette année à Rio, notre combat continuera de plus en plus vif jusqu’à ce que nous mettions fin à ce cycle de deuil sans fin. »

Ce texte a été initialement publié le 8 décembre sur le site de l’association Autres Brésils.

Photo de une : © Guy Pichard.

Tag(s) : #luttes citoyennes
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :