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Lu sur https://www.humanite.fr/pologne-sous-la-foudre-des-manifestantes-ca-va-de-mal-en-pis-au-pouvoir-695830

Pologne. Sous la foudre des manifestantes, ça va de mal en PiS au pouvoir

Jeudi 5 Novembre 2020
L’interdiction quasi générale de l’avortement, décrétée par la Cour constitutionnelle, pourrait n’être qu’une victoire à la Pyrrhus des ultraconservateurs. Car, dans tout le pays, des foules d’une ampleur totalement inédite se soulèvent.
 

A près la décision de la Cour constitutionnelle qui revient à interdire dans quasiment tous les cas l’avortement en Pologne (lire notre article sur l’Humanité.fr), la mobilisation contre le pouvoir nationaliste et catholique intégriste de Droit et Justice (PiS) est historique, et cette fois, le mot n’est pas galvaudé. La preuve dans les Basses-Carpates, un des bastions traditionnels du parti : quand, à l’échelle nationale, il l’avait emporté de justesse avec 50,4 % des voix, Andrzej Duda, le candidat ultraconservateur, engrangeait encore, en juillet 2019, près de 75 % des suffrages dans cette voïvodie reculée, au sud-est de la Pologne.

Mais rien ne va plus pour le PiS dans ces territoires et, à Sanok (lire notre encadré), une petite bourgade de 40 000 habitants, c’est même du jamais-vu, au moins depuis les mobilisations contre le régime du général Jaruzelski, dans les années 1980 : samedi dernier, 3 000 personnes, dont une majorité de jeunes femmes, ont répondu à l’appel national à manifester émis depuis les métropoles plus libérales comme Varsovie, Cracovie ou Gdansk. « Je ne veux pas être un cercueil vivant ! » s’indigne l’une d’elles, en référence à l’interdiction prononcée par le tribunal suprême, contrôlé par le gouvernement, d’avoir accès à l’IVG même en cas de malformation fatale pour le fœtus. « Nous allons enterrer le PiS comme nos parents et nos grands-parents ont enterré le communisme », promet une autre sur sa pancarte.

Colère et explosion sociale

En quinze jours, la stupéfaction et l’écœurement ont vite laissé la place à une colère et à une explosion sociale qui, parties d’un droit à l’avortement déjà largement piétiné en Pologne jusque-là – les organisations féministes estiment à 200 000 le nombre annuel d’avortements clandestins, contre seulement 2 000 environ autorisés, dans les cas de viol ou d’inceste, ou de danger de mort pour la femme enceinte, avant même l’interdiction de la Cour constitutionnelle –, s’étendent désormais au-delà de l’accès à l’IVG : fin des financements publics à l’Église et du catéchisme à l’école, droits des personnes LGBT, mais également amélioration des services publics essentiels comme la santé et l’éducation, et séparation des pouvoirs exécutif ou législatif du judiciaire. C’est sur tous ces mots d’ordre que près de 500 000 manifestants ont, malgré la pandémie de Covid-19, pris les rues en fin de semaine dernière, et les actions se renouvellent chaque jour, plus inventives les unes que les autres.

Face à la fronde, le parti au pouvoir, en chute dans les sondages – perte de 10 points – a d’abord menacé. Président de la formation ultraconservatrice au pouvoir à Varsovie, Jaroslaw Kaczynski a dépeint comme « nihiliste » la protestation, appelant ses partisans à « défendre les églises ». « C’est le pilier moral commun de la Pologne, nous devons gagner la guerre qui a été déclarée », a-t-il cru devoir intimer, aiguillonnant surtout, au passage, les policiers, mais aussi des nervis néonazis qui ont fait des descentes violentes dans certains défilés des derniers jours. Depuis le début de la semaine, le gouvernement manœuvre résolument en marche arrière : la décision de la Cour suprême polonaise n’a pas été publiée dans le délai normal, le président Andrzej Duda se disant prêt à concéder un accès à l’IVG dans les cas où le bébé n’aurait strictement aucune chance de survivre après l’accouchement et, mardi, Michal Dworczyk, un porte-parole du premier ministre, a appelé à « prendre le temps pour le dialogue ».

« C’est une révolution »

« Non merci, pas question ! » rétorquent les féministes polonaise, qui n’ont pas l’intention de négocier avec les obscurantistes des « bouts » d’un droit aussi essentiel. Elles relancent plutôt une initiative citoyenne visant à obtenir une libéralisation complète de l’avortement, mais ne s’arrêtent pas là. « C’est une révolution », estime Marta Lempart, une des organisatrices de la grève des femmes (OSK). Une forme de coordination nationale s’est d’ailleurs mise en place dimanche dernier, et elle compte aller droit au but. « Nous donnons une semaine au gouvernement pour que l’argent donné à l’Éqahaerawglise et à la télévision, totalement aux mains du PiS, soit entièrement transféré au système public de santé », avertit Agnieszka Czerederecka, une des animatrices de cette coordination. Symbole des manifestantes polonaises, la foudre rouge s’abat sur les réactionnaires, et c’est parti pour durer.

Réacs, mais aussi calamiteux

Toujours à Sanok, sur les terres des succès électoraux du PiS, la gestion désastreuse de la pandémie ajoute au scandale. Il y a dix jours, une femme âgée en détresse respiratoire a été transportée en ambulance pendant cinq heures. Ce n’est qu’une fois en arrêt cardiaque qu’elle a pu être admise dans un hôpital. Mais il était trop tard pour la sauver.

Tag(s) : #Droits des femmes

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