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Front de gauche : premier retour sur les résultats des élections européennes

Est-ce que c’est grave ?

Oui, c’est grave : la montée de l’abstention, quasi-continue depuis 25 ans, et le poids du vote FN au sein d’un électorat rabougri par une sorte de suffrage censitaire de fait est le symptôme d’une crise politique profonde.

Si les citoyens se désintéressent de la vie politique, c’est parce qu’ils n’en attendent plus de résultats. Pour un républicain, pour un citoyen, choisir entre deux barons dont les divergences sont factices ou secondaires n’a aucun intérêt.

Les couches populaires estiment alors n’avoir le choix qu’entre l’abstention et la jacquerie, qui peut se présenter sous la forme très perverse du vote FN. Que ce dernier parvienne au premier rang dans une élection d’ampleur nationale 70 ans après l’écrasement du fascisme n’est pas un évènement anodin.

Est-ce la faute des autres ?

Oui, c’est la faute des autres : nombre de forces politiques, économiques et sociales considèrent que le débat citoyen est un frein à notre adaptation à la mondialisation. Tout est fait pour nous prouver que l’essentiel se passe hors de portée du débat démocratique, ce qui nourrit l’a-quoi-bonisme « éclairé », « populaire » ou tout simplement paresseux du citoyen.

C’est :

-la faute à la politique sociale-libérale incarnée jusqu’à la caricature par M. Valls :

La politique économique et sociale de F. Hollande n’offre pas de différence de substance par rapport à celle de la droite. Austérité à tous les étages, gaspillages de fonds publics qui ne serviront qu’à relever les rémunérations des actionnaires et des grands patrons sans tenir la tête hors de l’eau des PME. Sans résultat direct et rapide sur l’emploi et sur la croissance économique car les gains de compétitivité supposés seront vite annihilés à l’exportation par les efforts dans le même sens de nos voisins européens…Donc sans marge de manoeuvre supplémentaire pour l’innovation, pour l’investissement et notamment pour financer la transition énergétique.

Avec pour seul résultat tangible et certain de détricoter le droit du travail, de démanteler des services publics et de faire reculer la protection sociale collective. Tout ce dont a rêvé le CNPF, puis le MEDEF, depuis au moins 35 ans…

- la faute à un PS qui n’a plus grand-chose à voir avec le socialisme :

En appelant à voter M. Schultz à la présidence de la Commission européenne, les socialistes et leurs alliés appelaient à soutenir un allié gouvernemental d’A. Merckel en Allemagne, ce qui confirme ce qui est rappelé ci-dessus et n’a pu que renforcer la campagne du FN contre l’ « UMPS ». En Allemagne aussi, quand on gouverne ensemble, c’est que l’on est d’accord sur l’essentiel du moment, sauf à pratiquer le pire des opportunismes, autre source de l’abstention.

Quant au discours du PS, que lui reste-t-il de socialiste, au sens de référence à la tradition ouvrière et démocratique venue du 19éme siècle et développée au 20ème ? Même G. Mollet s’efforçait d’avoir un discours de gauche… Aujourd’hui, la dérive managériale, technocratique et économiciste aidant, le discours dominant des porte-paroles de ce parti ressort plutôt d’une ligne « démocrate » à l’américaine ou à l’italienne, consécutive à la répression aux USA et au suicide collectif de la gauche péninsulaire. Les militants, c’est autre chose.

Quant aux hommes, de Cahuzac à Copé en passant par Guérini et par Woerth…sans oublier les innombrables casseroles de Sarkozy et les exploits d’un Tapie poulain de Mitterrand puis obligé de l’ex-président…Le citoyen ne peut que juger sévèrement le comportement de « ses » élus, quitte à être souvent injuste en les mettant tous dans le même sac.

-la faute aux institutions de la 5éme République et d’une Europe qui se construit depuis toujours dans le dos des peuples :

La négation, nonobstant un respect formel des règles (vote en Congrès de la droite et d’une bonne partie du PS), des résultats des référendums de 2005 en France et aux Pays-Bas, est un poison potentiellement mortel pour la citoyenneté européenne (à faible densité) et nationale (inscrite dans notre histoire). Nous en avons le contrecoup aujourd’hui.

La constitution de la 5éme République, dont les tendances plébiscitaires ont été aggravées par le quinquennat et par l’inversion du calendrier (sous Chirac-Jospin), permet de gouverner le pays avec un soutien populaire durablement ridicule. La démonstration en est faite aujourd’hui, nous vivons sous le régime du Coup d’Etat permanent bien décrit il y a assez longtemps par un certain F. Mitterrand.

En 2012, le FN a ainsi obtenu 2 députés après avoir obtenu 6 millions de voix aux présidentielles. Le Front de gauche 11, après avoir recueilli 4 millions de voix. F. Bayrou a été éliminé. EELV n’a de groupe parlementaire qu’en s’enchainant au char socialiste. Les institutions formatent les comportements politiques, mais qui ne voit le caractère totalement inique et donc dangereux de cette situation, propre à nourrir l’abstention et à aggraver diverses dérives politiques sous-jacentes dans la plupart des pays du continent?

L’UMP et la majorité du PS s’accordent pour l’essentiel sur les institutions nationales et européennes, qui les servent, et sur la politique économique et sociale qu’ils estiment incontournable mais sont aujourd’hui contraints de s’opposer sur les estrades, alors que le risque est réel de la présence du FN au 2éme tour de la présidentielle de 2017, et pas par surprise cette fois-ci…The show must go on.

-la faute aux médias qui privilégient ce show au détriment du fond

Soucieux de faire de l’audience, un brin paresseux et un tantinet serviles, de nombreux journalistes parmi ceux qui tiennent le haut du pavé privilégient la personnalisation, les scandales, les histoires d’alcôve, etc. au détriment du fond. La politique est donc devenue un spectacle, une comédie aux règles impitoyables. Accèderont aux grandes émissions les « bons clients » comme M. Le Pen et quelques autres.

Il est vrai que J-L. Mélenchon, comme G. Marchais autrefois, a su se faire une place mais à titre personnel et nettement moins lors des périodes stratégiques comme l’a été la courte campagne des européennes, où le déséquilibre entre la présence du FN, des autres forces politiques, d’un côté, et celle du Front de gauche, de l’autre, a été abyssal, selon les études du CSA.

Est-ce notre faute ?

On notera en préalable que le Front de gauche conserve son score précédent (2009) alors que le PS s’écroule, qu’EELV se divise par 2 et que l’extrême-gauche s’évapore. Toutefois, il ne bénéficie pas de cette faiblesse des autres forces classées à gauche. Donc, son score reste médiocre.

Oui, c’est aussi de notre faute :

-le manque de lisibilité du Front de Gauche a été patent, en raison notamment de l’enchainement rapide des élections municipales et européennes. La diversité des alliances aux municipales a brouillé l’image stratégique, d’autant plus que les polémiques inutiles ont été récurrentes sur le sujet et ont troublé nombre d’électeurs et de militants, certains ne supportant pas les philippiques violentes et souvent injustes de J-L. Mélenchon, d’autres dénonçant l’électoralisme réel ou supposé de certains élus communistes.

Toutefois, il ne semble pas que la question ait été posée fréquemment aux candidats du Front de gauche de leur alliance avec le PS dans la campagne malakoffiotte et il n’y aucun état d’âme à avoir à ce sujet : vu la configuration des forces et de la liste de gauche, il n’y avait localement aucune raison de ne pas poursuivre avec une liste de large rassemblement incluant EELV dans la mesure où le programme municipal est bien partagé par tous ceux qui y participent.

Quoi voter à Paris où dans certaines autres localités voisines ? C’est une autre question.

A diversité des situations, diversité des listes, ceci n’a pas été assez partagé, entre PCF et PG notamment, au sein du Front de gauche. Mais l’union reste un combat et ceci ne vaut que parce qu’il reste de nombreux socialistes au parti socialiste et dans son électorat.

-les limites d’un cartel d’organisations : faute de consensus et de formule d’organisation simple, le Front de gauche est resté un cartel d’organisations, essentiellement électoral puisque la plupart des Assemblées citoyennes sont restées pour l’essentiel des organisatrices de débats. L’action militante de terrain est restée avant tout le fait des organisations et des élus. On peut comprendre et trouver légitime que chaque courant politique du Front de gauche veuille conserver son identité et sa vie propre. On sait aussi par expérience qu’il faut au moins 25 ans pour créer une organisation politique nouvelle sauf évènement structurant particulier (révolution, guerre, etc…). Mais il faudra bien clarifier le rôle des uns et des autres, et faire une place plus formalisée qu’actuellement à ceux qui, agissant au sein du Front de gauche, ne sont pas prêts à adhérer à l’une de ses composantes.

-un manque de travail sur des propositions crédibles : est-ce la brièveté de la campagne électorale ? Le débat européen n’a pas vraiment été mené car les propositions du Front de gauche n’ont pas été assez portées.

Par exemple, sur la question décisive de rester ou pas dans l’euro, il était frappant de constater que quelques heures avant le vote, beaucoup d’électeurs rencontrés ne savaient pas vraiment que le Front de gauche est pour garder l’euro mais en transformer le rôle via une nouvelle politique monétaire européenne…Il est vrai que certains, à gauche et à droite, voulant absolument fourrer tous les prétendus « populismes » dans le même sac, s’ingéniaient à faire croire le contraire en s’appuyant sur la complexité de ces sujets.

Que faire à court terme?

L’objectif est-il aujourd’hui qu’une gauche crédible sur une politique de gauche soit présente au 2éme tour des présidentielles ? Si cela est possible, évidemment oui. Cela passe par le rassemblement le plus large de tous ceux qui le souhaitent et dépasse largement le périmètre actuel des forces politiques qui composent le Front de gauche. Mais cela ne passe pas par la soumission, même relative, aux thèses du social-libéralisme, au contraire car il s'agit du cœur du sujet.

Pour y parvenir, il n’existe pas de baguette magique.

Il convient :

- de débattre collectivement, vite mais sans précipitation inutile, des propositions alternatives possibles : la condition pour que cela serve est que ces débats reposent sur un travail réel et soient organisés nationalement et localement, au sein du Front de gauche mais aussi avec les forces politiques, syndicales et associatives qui acceptent ce dialogue et qu’elles soient organisées ou pas. De ce point de vue les courants du PS qui ne partagent pas les orientations actuelles du gouvernement ont un rôle décisif à jouer. Auront-ils le courage de s’affirmer vraiment ?

-de rassembler et de rendre plus visibles les forces politiques et sociales non austéritaires, en Europe. Ceci est en cours via le Parti de la gauche européenne (http://www.european-left.org/fr ) dont l’existence reste aujourd’hui trop confidentielle alors qu’avec un candidat à la présidence de la commission, Alexis TSIPRAS, il y avait l’occasion lors de la campagne de progresser sur ce plan. Autre exemple, les positions de la Centrale européenne des syndicats ne sont pas assez connues, pas plus que celles des réseaux européens et hors consensus libéral de juristes, d’économistes de professionnels de tel ou tel domaine...Hétérodoxes de gauche de toute l’Europe, unissez-vous.

La campagne française a été trop nationale, finalement peu centrée sur les questions européennes.

-de refonder un courant de la gauche de gauche en France et en Europe : plus facile à écrire qu’à faire, c’est la synthèse de ce qui a été exposé précédemment. S’agissant du plan continental, une des meilleurs antidotes contre les replis identitaires est la connaissance de l’autre : pour ce qui concerne notre sujet, cela passe par la mise en évidence accrue et le développement des réseaux européens de la gauche de gauche. Là encore, une Longue Marche, incompatible avec diverses impatiences.

Tag(s) : #Européennes Front de Gauche
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