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Métropole de Paris: tirer les leçons de l'expérience en matière d'urbanisme.

Avec la Métropole du Grand Paris, il nous est promis une politique d'aménagement plus équilibrée, plus juste, répartissant mieux les différentes fonctions urbaines sur les territoires...c'est en tout cas ce qu'affirment les soutiens de la loi adoptée l'année dernière et en cours d'examen au Conseil Constitutionnel.

Les communes perdent la compétence urbanisme et aménagement, celle-ci étant reprise par la Métropole et le cas échéant rétrocédée au conseil de territoire, une sorte d'intercommunalité new look. En l'état actuel du texte, cette dernière est une coquille plus ou moins vide sans moyens clairement définis, sans ressources propres, dont le budget est soumis au bon vouloir de la Métropole, les élus du territoire n'ayant plus un pouvoir de décision mais d'avis.

Il est intéressant de faire appel à l'histoire récente pour imaginer ce que signifie concrètement ce type de pilotage par le haut de l'urbanisme d'un territoire.

Un exemple existe à Malakoff de ce que pourrait donner cette nouvelle organisation, qui a tout de la re centralisation plutôt que de la décentralisation: la Rénovation Nord.

Ce projet a été conçu dans les années cinquante pour répondre à la crise du logement en région parisienne. 1954-l'abbé Pierre...1962-l'arrivée des Pieds Noirs.

Il avait alors été décidé en haut lieu que la petite couronne devait être fortement densifiée pour y faire face. Ce type de projet, qui concerne notre ville trouvait sa réplique dans nombre de communes limitrophes de Paris. Le but était de solder les difficultés de la capitale à loger les populations, notamment les couches populaires qu'il s'agissait déjà d'installer en banlieue plutôt que dans les "beaux quartiers".

A l'époque, l'Etat faisait quasiment tout en la matière, les communes, rappelons-le, n'ayant pas en charge l'urbanisme.

En fait, la technostructure de Paris et de l’Etat décidait des projets "pertinents", ceux entre lesquels il convenait de choisir, assez loin des élus locaux de terrain, très loin des citoyens.

Ces pratiques ont toutes chances de se reproduire avec une structure bureaucratique aussi massive que la future Métropole (6 millions d'habitants).

L'image ci-dessus est celle du projet initial concocté par l'Etat: on peut observer que sur le périmètre compris entre le Périphérique, la rue P. Larousse, la rue Savier, la rue Gambetta, l'avenue du Maréchal Leclerc, la rue Voltaire et l'avenue P. Brossolette, ce projet prévoyait la construction d'un vaste ensemble continu de logements collectifs, l'ensemble des maisons individuelles et activités préexistantes ayant été au préalable supprimées.

On connait aujourd'hui les conséquences quelques dizaines d'années plus tard de ce type d'urbanisme en matière de qualité de vie dans la ville...Les exemples désastreux de ce genre sont hélas nombreux en région parisienne.

A l'époque les équipes municipales menées par L. Salagnac puis par L. Figuères ont conduit avec la population diverses luttes et interventions sur plusieurs points:

-pour obtenir que l'aménageur soit un office d'HLM, c'est l'OPHLM de la Ville de Paris, ancêtre de Paris Habitat, qui a été retenu;

-pour exiger qu'une partie significative de ces logements soit des logements sociaux, condition importante pour que les Malakoffiots devant déménager puissent se reloger dans leur ville;

-pour obtenir que des activités soient implantées sur le périmètre, ceci étant notamment à l'origine de l'arrivée de l'Insee à Malakoff;

-pour exiger que le montage financier global soit équilibré, la ville risquant dans le cas inverse d'être sollicitée pour solder une opération éventuellement déficitaire. Cette perspective n'était pas absente de l'esprit des initiateurs du projet, le motif étant que la part de "trop nombreux logements sociaux" demandée par la ville pouvait plomber financièrement l'opération.

La mise en oeuvre s'est poursuivie dans les année soixante.

Réservée sur le caractère massif du projet, et grâce à son opiniâtreté, l'équipe municipale conduite par L. Figuères a obtenu autour de 1970 que le périmètre soit réduit, ce qui explique l'écart entre l'objectif initial (ci-dessus) et la réalité beaucoup plus raisonnable que nous connaissons aujourd'hui. C’est ce qui a permis de sauvegarder tout un secteur pavillonnaire qu’il était prévu de faire entièrement disparaitre...

Sans ce parti pris de l'humain, nous aurions à Malakoff l'équivalent de certains "quartiers", comme aiment à les qualifier les médias et certains politiques.

Leçon de cette histoire très résumée:

-ce sont les élus locaux qui, sous réserve de pratique démocratique, traduisent le mieux en projets concrets , les dynamiques territoriales;

-c'est au niveau communal que les citoyens se font le plus et le mieux entendre, la proximité étant nécessaire et le vote périodique insuffisant;

-une instance centralisée, ici la Métropole, n'est pas pertinente pour les sujets d'aménagement urbain au niveau du quartier.

L'oublier, comme le font le gouvernement et les auteurs de la loi actuelle, qu'il faudra de toute façon démocratiser, c'est préparer les catastrophes urbaines de demain, alors que nous n'avons pas d'excuse.

En effet, nous savons aujourd'hui ce que cela peut donner, à l'examen de diverses expériences franciliennes, françaises et internationales bien connues, au moins de ceux qui suivent ces sujets.

Tag(s) : #rénovation Métropole Grand Paris

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