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1983-2014 : l’histoire bégaie quelquefois

La chronique mensuelle de Michel Onfray |

N° 103 – Décembre 2013 1983 -

1983 est une date qui ne parle pas forcément à tout le monde. Mort de Louis de Funès, pour les cinéphiles, mort de Tino Rossi pour ceux qui croient au Papa Noël, mais aussi mort d’une certaine gauche, avec ce que cela suppose pour notre début de XXI° siècle.

Rappelons quelques informations utiles : François Mitterrand, jeune provincial catholique monté à Paris pour prendre sa part du gâteau, s’active avant-guerre dans les cercles antisémites et d’extrême-droite ; l’ambitieux devient un politicien vichyste décoré de la francisque par le Maréchal lui-même en avril 1943 ; après Stalingrad, quiconque n’a pas compris que la guerre est gagnée, question de temps, s’avère un indécrottable crétin – dès lors Mitterrand devient Résistant…

Pour parvenir à ses fins, il verbigère à gauche ; il parle en paraissant convaincu ; il convainc donc et devient président de la république le 10 mai 1981. A l’époque, ce socialiste du verbe veut « rompre avec le capitalisme » ! Pendant vingt-deux mois, il gouverne à gauche : abolition de la peine de mort, abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, cinquième semaine de congé payé, semaine de 39 heures… Le 21 mars 1983 il décrète le « tournant de la rigueur ». L’idéologue parvenu au pouvoir laisse la place au dévot des marchés qui a appris à parler la langue du capitalisme libéral : « Moi libéral ou le chaos monétaire ». On eut le chaos libéral d’un moi démonétisé… Delors lui souffle ses répliques ; Mauroy, pas si Gros Quinquin que la légende veut bien le dire, met en musique le texte libéral ; Bérégovoy et Fabius nourrissent la machine.

Bernard Tapie devient le héros de Mitterrand qui le nomme ministre ; le président « socialiste » s’acoquine avec Berlusconi à qui il vend une chaîne de télévision, la Cinq ; la presse dite de gauche fait du chef d’entreprise le héros des temps modernes ; « Libération » et « Le Nouvel Observateur » ressortent Montand, l’ancien des chantiers de jeunesse, l’ex-vieux-stalinien devenu mitterrandien, qui, obscène, catéchise « Vive la crise ! » ; Mitterrand déroule le tapis rouge à DisneyLand ; il donne les pleins pouvoirs à la publicité dans les Radios qui cessent d’être libres pour devenir commerciales ; le Peuple et l’Ouvrier disparaissent, remplacés par les Potes auxquels il ne faut pas toucher ; Séguéla assure le remplacement de la politique par la communication…

Le bilan calamiteux de cette gauche au pouvoir vaudrait éjection du président si celui-ci n’avait l’idée de casser la droite en deux pour interdire l’union sans laquelle elle ne peut revenir au pouvoir. Mitterrand nourrit le Front National qui, de groupuscule qu’il était en 1981, atteint les 11% en 1984. En 1986, la proportionnelle permet à Jean-Marie Le Pen d’entrer au Parlement avec 35 députés FN.

Pendant ce temps, resté au pouvoir grâce à ces combines, le socialiste repenti vend l’Europe libérale comme la panacée : fin du chômage, avènement du plein emploi, amitié entre les peuples, disparition des guerres. Les socialistes récitent en choeur. Trente ans plus tard, l’inverse s’est produit. Mitterrand est mort ; la retraite à soixante ans aussi. Sa création la plus vivace, la plus resplendissante, la plus tonitruante ? Marine Le Pen qui se goinfre de tous les renoncements de la gauche, de tous ses reniements, elle capitalise la déception, nourriture du ressentiment avec lequel elle carbure…

©Michel Onfray, 2013

Tag(s) : #Mitterrand libéralisme gauche
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