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90 ans du PCF : la vie devant soi ?

 

 

 

 

Lu sur http://clementineautain.fr/  

Cette nuit même, le Parti communiste français a fêté ses 90 ans. Sans tambour, ni trompette car l’heure n’est pas à l’euphorie place du Colonel Fabien. Né d’une scission de la SFIO en 1920, le PCF a marqué durablement le paysage politique français. Parti de masse s’il en fut, il a représenté une force majeure, et même dominante à gauche de 1945 à 1978. Le PC a longtemps incarné le courant révolutionnaire principal de la gauche française, en réussissant la jonction entre le social et le politique, en captant la modernité et en s’ancrant dans le monde ouvrier et les banlieues. Même s’il compte aujourd’hui encore plus de 100.000 adhérents, qu’il possède un groupe à l’Assemblée nationale, quelques départements et villes de plus de 30.000 habitants, que son journal L’Humanité est toujours là, que sa Fête fait carton plein chaque année, le PC n’est plus ce qu’il était. Son influence s’éteint, ses résultats électoraux fléchissent. 1,9% pour Marie-George Buffet à la présidentielle de 2007 : l’atterrissage est douloureux. Une dirigeante me confiait, il y a quelques années : « j’en ai marre de faire plus d’enterrements que de cartes d’adhésion ». Ainsi va le déclin… Mais la trajectoire du PCF n’avait rien d’inéluctable : elle est le fruit de choix, d’options prises par les directions à chaque tournant, de capacité ou non à intégrer les changements de société. C’est ce que montre fort bien l’historien et refondateur communiste Roger Martelli dans L’empreinte communiste, qui vient de paraître à La Dispute - Les éditions sociales, une analyse passionnante étayée par des études sur l’ancrage électoral et les effectifs du parti. Il montre que le fil conducteur des grands choix stratégiques aura été la peur de perdre l’identité du parti. Avec ce paradoxe : ce qui a fait le cœur de son identité a en réalité progressivement été remis en cause – l’attachement inconditionnel à l’URSS, le parti unique, la dictature du prolétariat, le marxisme léninisme et même le centralisme démocratique, abandonné en 1994. Le PC a donc perdu son identité originelle mais sans parvenir à dégager une cohérence idéologique nouvelle.
C’est ainsi que le PCF atteint ses 90 ans – longue vie tout de même, ce n’est pas rien ! - avec une angoisse : va-t-il survivre ? La question n’est pas neuve, car le déclin n’est pas d’hier. D’ailleurs, dans sa forme actuelle, le PC peut perdurer. Le PRG est là pour nous montrer le champ des possibles. Mais parlons plutôt de dynamique politique et d’ancrage substantiel que de survie. Car l’enjeu véritable, qui intéresse les communistes et bien au-delà, est de savoir comment le courant révolutionnaire de la gauche française va trouver sa forme d’expression au XXIème siècle. Car, me semble-t-il, l’espace de la radicalité à gauche ne saurait disparaître. Un scénario à l’américaine, avec une vie politique totalement bipolarisée entre une droite dure et une gauche d’adaptation, a peu de chances de se produire en France. Parce que la tradition révolutionnaire est ancrée chez nous et qu’elle trouve aujourd’hui encore des formes intellectuelles, sociales et culturelles d’expression. Et parce que la crise du capitalisme ravive la nécessité de la franche rupture.

Plusieurs éditos à l’occasion des 90 ans du Parti communiste décrivaient le scénario inéluctable de sa mort : il ne lui resterait plus qu’à choisir comment. Et l’alternative se jouerait à la présidentielle : partir seul pour affirmer son identité, au risque d’un score calamiteux confirmant sa marginalisation, ou suivre la candidature de Jean-Luc Mélenchon, au risque de disparaître derrière lui. Or, si la question n’est pas celle de la survie du PC mais de la refondation d’un courant transformateur, l’enjeu est plutôt de savoir si le PC veut perdurer dans son être au risque de l’inutilité ou s’il choisit de s’associer à d’autres pour construire la forme politique moderne du courant à gauche de tradition révolutionnaire. Vivre autrement et avec d’autres pour être utile ou mourir : là est plutôt la question.

Tag(s) : #Débats
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