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La séquence électorale de 2007 a ouvert un nouveau cycle politique, avec la victoire d’une droite de " contre-révolution libérale ", unissant dans un projet cohérent un ultralibéralisme assumé et une conception autoritaire de l’ordre social. Ce n’est donc pas une simple victoire de la droite après d’autres, mais une rupture. La gauche dans son ensemble a enregistré à l’élection présidentielle son plus mauvais résultat depuis la fin des années soixante. Hélas, la gauche d’alternative, divisée, n’a pas échappé au désastre, en rassemblant sur le nom de ses candidat-e-s son plus mauvais résultat depuis vingt ans. Le paradoxe est que cette défaite s’est produite à l’issue d’une décennie colorée par une puissante combativité sociale, depuis 1995, et deux ans seulement après la victoire du Non au référendum constitutionnel européen.

Il est nécessaire de comprendre ce qui s’est passé. Sans doute la responsabilité principale de l’échec de la gauche incombe-t-elle à une social-démocratie qui, en glissant de plus en plus vers un recentrage et le choix d’une démarche " sociale-libérale " d’accompagnement du capitalisme, a démoralisé les catégories populaires et brouillé le message de la gauche. Mais il nous faut analyser les raisons pour lesquelles la gauche de gauche n’a pas réussi en 2007, après avoir entraîné en 2005 la majorité de la gauche sur une ligne de refus du libéralisme. Qu’est-ce qui a pesé négativement ? La division, bien sûr, l’effet destructeur des logiques particulières, de " l’esprit de boutique ". Mais il y a davantage encore : l’impossibilité de se hisser du catalogue de mesures à l’énoncé clair d’un projet de transformation qui donne sens aux luttes et aux propositions ; la difficulté à déployer de nouvelles pratiques capables de mobiliser celles et ceux dont l’ordre social et le capitalisme mondialisé contredisent les aspirations et précarisent la vie ; la difficulté à gérer la contradiction entre l’action à l’intérieur des institutions et la contestation nécessaire du mécanisme desdites institutions ; la difficulté à raccorder de façon nouvelle mouvement social et espace politique, sans les subordonner l’un à l’autre et sans les séparer. En l’absence de visée cohérente alternative, c’est la droite et le libéralisme teinté de populisme qui ont mis le mouvement vers du neuf de leur côté.

Nous chercherons donc à comprendre. L’essentiel pourtant est de reconstruire voire de refonder une perspective à gauche, franchement à gauche. Il faut tendre dans les délais les plus courts possibles vers la constitution d’une force politique capable d’exprimer une exigence transformatrice dans le champ politique, pour que cette exigence devienne majoritaire à gauche et par là même dans le pays. Ce travail de recomposition se mène à nos yeux dans trois domaines au moins, qu’il importe de penser conjointement : celui d’un nouveau type d’engagement voire de citoyenneté incluant l’ensemble des dominés et exploités s’appropriant individuellement et collectivement les savoirs et les pouvoirs, à partir des situations et aspirations les plus diverses

Les communistes unitaires sont disposés pour avancer dans ces trois directions. Il ne manque pas de pistes pour avancer, ce qui est à la fois l’indice – négatif – d’un éparpillement persistant et le signe – positif – d’une volonté d’expérimenter sur le terrain du rassemblement.

Des processus et des initiatives sont engagés.

Il y a la poursuite du travail engagé dans les collectifs antilibéraux, notamment dans la perspective de leurs assises d’automne.

Il y a (et il y aura sans doute) d’autres initiatives et d’autres suggestions des différentes forces et des différents lieux participant à l’espace de la gauche antilibérale et de transformation sociale.

Les Communistes unitaires en sont d’ores et déjà partie prenante.

Nous entendons, dans ces processus de travail, être des acteurs engagés et lucides. Nous savons qu’il faudra progresser en se gardant du double écueil de la table rase (comme si nous partions de rien) et du simple prolongement de l’expérience de 2006 (avant la rupture de décembre).

Nous prendrons notre part à l’élaboration du projet alternatif, de pratiques nouvelles et serons donc présents partout où se chercheront aussi un projet, des pratiques, des structures alternatives, dans une convergence sans laquelle toute action politique est un enfermement.

Nous le ferons dans notre diversité, mais en faisant partout prévaloir une triple exigence :

1. Le rassemblement à gauche doit se faire en rupture avec l’orientation libérale et donc en rupture avec l’esprit qui a dominé le Parti socialiste depuis quelque 25 ans. Ce n’est pas en s’accommodant des normes libérales et en lorgnant vers le centre, que l’on construira de la dynamique sociale et démocratique, mais en rompant avec la logique et les choix du capitalisme mondialisé et en mobilisant bien à gauche. Hors de ce choix conséquent de la transformation sociale, d’une alternative au capitalisme, la gauche s’affaiblit et laisse le champ libre à une droite de combat, fière d’elle-même. Nous devrons donc contribuer à écarter tout ce qui, peu ou prou, conduirait à reproduire des logiques de " gauche plurielle " confortant en pratique les choix d’adaptation au capitalisme.

2. Si le rassemblement doit se faire sur une base de transformation sociale et non sur une base sociale-libérale ou avec comme seul objectif de limiter les effets du capitalisme mondialisé, il doit toutefois s’inscrire ouvertement dans une perspective majoritaire, non pas dans un horizon si lointain qu’il se dérobe chaque jour un peu plus, mais dans une perspective la plus proche possible. À un moment où le socialisme français risque de prolonger et d’amplifier son " recentrage ", la question d’une dynamique capable de gagner à la ligne de transformation sociale une majorité de l’espace socialiste actuel est une question fondamentale. Moins que jamais, la gauche d’alternative doit se vouer au rôle d’aiguillon minoritaire de majorités dominées nécessairement par les sociaux-libéraux. Si les forces politiques existantes ont montré leurs limites, toute tentative de constituer une formation à côté d’autres est vouée à l’échec. L’ampleur de la force à construire est tout aussi décisive que la rigueur de la rupture politique qu’elle veut promouvoir.

3. Tout cela suppose d’occuper franchement le terrain de la novation politique, idéologique, culturelle. Alors que la droite a gagné sur ces terrains, la gauche la plus conséquente s’est enfermée dans le balancement meurtrier du renoncement ou de la conservation. Il faut se sortir de cette impasse. Si la gauche transformatrice veut convaincre, rassembler, viser à la majorité, elle doit se transformer elle-même. Pour continuer, il faut savoir innover, travailler les enjeux fondamentaux pour l’avenir de l’humanité (enjeux écologiques, qualité des rapports humains, dépassement de toutes les dominations et alchimie entre émancipation individuelle et émancipation collective). Pour nous, la critique sans complaisance de l’orientation sociale-libérale ne saurait atténuer en rien l’urgence d’une démarche de reconstruction fondamentale de la culture politique, des projets, pratiques et formes d’organisation. Cette nécessité est vitale pour la gauche d’alternative ; en contourner l’exigence, à l’issue d’un XXe siècle perturbant, serait condamner l’alternative à la marginalité.

Les Communistes unitaires ont en commun de porter dans les différents espaces existants la nécessité de la relance d’un processus agrégeant l’arc le plus large possible de forces (citoyens, réseaux, organisations…). Ils seront partie prenante de la préparation et de la tenue d'un processus de type "Etats généraux", comme l'idée en a déjà été lancée. Cela inclura la nécessité de déterminer des modes de travail et de décisions transparents et démocratiques. Les Communistes unitaires seront particulièrement vigilants pour que le processus d’appropriation citoyenne de la politique soit au cœur de la construction politique.

Pour participer à cet effort, qui ne sépare à aucun moment continuité et mouvement, pour que la gauche de transformation devienne une force politique, de façon durable et non ponctuelle ou conjoncturelle, forte à la fois de l’autonomie des espaces qui y contribuent et du travail en commun, les Communistes unitaires confirment qu’ils sont prêts à agir, avec toutes celles et ceux qui le souhaitent. Ils prendront des initiatives politiques en ce sens.

Dans le cadre de cet effort, ils entendent engager un travail de refondation (ou de redéfinition) du communisme, non pas comme s’il s’agit d’un horizon lointain ou d’un travail abstrait, mais pour contribuer de manière immédiatement pertinente et utile à un projet collectif de transformation sociale.

L'association des Communistes unitaires a précisément pour objet de contribuer à l'ensemble du travail sur le communisme et sur la refondation d’une gauche de transformation.

Tag(s) : #Tracts, déclarations et pétitions
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