[la carte ci-contre vient de l'Atlas 2009 du Monde Diplomatique. Elle montre que la Cisjordanie, rongée par la pression des colonies et autres ouvrages divers construits
par le pouvoir israêlien, est devenue une sorte d'archipel...ndlr]
La résistance populaire non violente : espoir pour une paix juste et durable au Proche-Orient
Nous étions 14 dans la délégation du Mouvement de la paix qui a séjourné en Palestine et Israël en
avril. On ne sort pas indemne d’une telle semaine où l’on est confronté à une réalité souvent douloureuse qui provoque émotion, colère. Mais l’espoir renait lors des rencontres avec des
« acteurs de paix » dans les deux sociétés : responsables d’organisations associatives ou politiques, religieux, élus, simples
citoyens. A Bi’lin, dans l’extrême misère de certaines zones de la Cisjordanie, à Jérusalem, à Bethléem, à l’école de la paix de Neve Shalom, à Tel Aviv, ces hommes et ces femmes qui se battent
courageusement pour qu’enfin la violence cesse dans cette région et qu’une paix juste et durable soit établie dans la région, dans le respect des
droits humains et du droit international.
Nous avons-nous-mêmes du répondre à des interrogatoires de police menés dans l’aéroport de Tel Aviv par des jeunes filles et garçons israéliens
arrogants et méprisants qu’on habitue à faire un sale boulot de contrôle et de répression. Certains ont du ouvrir leur valise et nous n’avons pas pu entrer dans les hauts lieux touristiques,
symboles des grandes religions de ce pays fascinant. Petits désagréments comparés aux heures d’attente et aux humiliations quotidiennes des Palestiniens pour passer les check-points ou aller à
leur travail.
La Conférence de Bil’in, point fort de la semaine s’est déroulée cette année dans un contexte dramatique. Bassem, un jeune homme de 29 ans, personnalité rayonnante du Comité populaire, a été tué lors de la dernière manifestation hebdomadaire. Malgré cela, l’organisation de cette conférence par ce village de 1700 habitants était remarquable. Traduction simultanée en 3 langues, ouverture de la conférence par le Premier Ministre palestinien, présence de militants et de personnalités de nombreux pays et d’israéliens, lettre de soutien de Jimmy Carter, ancien président des USA,
Bil’in devient le symbole et le lieu du rassemblement de la résistance populaire non-violente qui se généralise avec le soutien d’organisations et e militants israéliens et internationaux. Ce
mode d’action suscite un grand espoir pour la population et les responsables de l’Autorité palestinienne dans un contexte où la création de l’état
palestinien apparait plus compromise que jamais après la guerre à Gaza, l’accélération de la colonisation et la mise en place d’un gouvernement israélien de faucons.
Désabusés par l’inertie des grandes puissances et l’enlisement des négociations internationales, peu confiants dans les hommes politiques, la conférence de Bil’in a été l’affirmation de la volonté d’un peuple qui a décidé de protéger sa terre avec l’aide des internationaux. Pour nous faire appréhender la réalité du terrain, des visites étaient organisées dans des zones où la situation est dramatique : la vallée du Jourdain où les Israéliens empêchent les agriculteurs de travailler ; Hébron, où 500 colons appuyés par des milliers de militaires font de la ville un lieu de cauchemar avec des rues vides ; Jérusalem que les Israéliens veulent annexer.
Partout, nous avons vu les Palestiniens à l’œuvre pour vivre et travailler dans leur pays. Avec un courage et une dignité stupéfiante, ils replantent les oliviers arrachés, construisent et reconstruisent inlassablement les maisons, les écoles, les routes.
Même si la situation en Palestine est plutôt sombre, la solution au conflit existe dans les plans de paix internationaux et dans les résolutions de l’ONU[1]. Yasser Arafat et l’Autorité palestinienne ont accepté la création d’un état sur 22% du territoire de la Palestine. Le règlement global du conflit est possible et c’est cela seulement qui pourra garantir la sécurité de la population palestinienne et aussi israélienne, qui a été évoquée dans plusieurs interventions de responsables palestiniens.
Mais pas de paix durable sans justice. Le texte final de la conférence porte comme exigence la fin de l’impunité d’Israël et l’application de la justice internationale, si nécessaire sous la contrainte de sanctions internationales : diplomatiques, économiques et judiciaires.
Un habitant de Bil’in assassiné lors de la manifestation non-violente de Bil’in du 17 avril 2009
Depuis 4 ans avec une persévérance et un courage exemplaires, les habitants de Bil’in manifestent tous les vendredis. Depuis 4 ans, ils réaffirment symboliquement leur droit ; aller travailler sur leur terre de l’autre côté du mur, droit que deux jugements de la Cour de justice israélienne leur a reconnu lors des procédures qu’ils ont engagées et gagnées. Tous les vendredis, ils se heurtent à une riposte violente de l’armée israélienne qui les bombardent de grenades lacrymogènes. C’est une de ces grenades qui a atteint Bassem Abu Ramah qui se trouvait toujours au premier rang des manifestants. Ce jour-là il criait aux soldats « c’est une manifestation non violente, il ya des enfants et des internationaux ». Une femme avait aussi été blessée mais un soldat a tiré intentionnellement sur Bassem, et celui-ci en est mort…
A Bil’in lors de la manifestation nous portions des tee-shirts à l’effigie de Bassem « Good bye Bassem. You were a friend to us
all ! »,
Quelles impressions de ceux qui venaient en Palestine pour la première fois ?
Mes impressions ? Très enrichissant, très émouvant, très choquant. Enorme contraste entre la situation en Israël et beaucoup d’injustice aussi. J’ai discuté avec des jeunes dans des camps. Certains sont très violents. Ils disent « Fuck Israel »
J’ai aussi assisté à la libération d’un prisonnier. Cela a donné lieu à une grande fête populaire.
C’était une semaine magique. Quand on a été en Palestine, on a envie d’y retourner. J’ai un projet et je vais repartir 3 mois.
Hélène
Je m’attendais à trouver une situation pire. Je pensais trouver beaucoup plus de destructions.. mais non, ce sont de gens qui vivent.
Beaucoup d’émotion dans la visite de la vallée du Jourdain. Ils ont des projets extraordinaires...si on pouvait les aider avec des projets de développement, des villes…
Les soldats israéliens n’ont aucun respect des gens. Au départ de Tel Aviv ils ont fouillé ma valise…Comme je suis née en Algérie ils voulaient me faire dire que je parlais arabe.
Malika
La Palestine n’est pas un pays pauvre. Ils ont des maisons, des voitures, une économie qui fonctionne. Des élections sont organisées. Ils ne se laissent pas abattre. En fait il suffit maintenant de peu de choses pour que l’état fonctionne s’il est créé. Ramallah est une grande vile avec des boutiques, des banques. On n’imagine pas cela quand on n’y a pas été.
Gérard
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Vivre dans la vallée du Jourdain,
La vallée du Jourdain est une vallée fertile avec de l’eau en abondance provenant du Jourdain et de nappes souterraines. .
Cette eau, est captée par les Israéliens pour irriguer des cultures intensives de maïs, des vergers, des serres, …alors que l’exploitation locale palestinienne respecte les richesses naturelles et l’environnement. La conséquence de cette surconsommation est la réduction de près d’un tiers de la surface de la mer Morte.
15 000 Palestiniens bédouins, vivent dans cette zones, sur 0,5% du territoire qui en principe est palestinien. Les israéliens s’acharnent sur eux avec détermination pour détruire tout un peuple en les empêchant de travailler. Ils creusent des tranchées de 3 mètres de profondeur, interdisant le passage des troupeaux et des tracteurs dans les champs. Les points de passage sont fermés par des barrières limitant l’accès aux terres selon le bon vouloir des soldats d’occupation.
Malgré cela, les Palestiniens résistent avec calme dignité et détermination pour rester sur leurs terres. Un des villages a décidé de construire une école Il a fallu créer le matériau de construction car l’importation de moellons est interdite. Après plusieurs échecs, l’école sera reconnue et son fonctionnement pris en charge par l’Autorité palestinienne L’inauguration en présence de Tony Blair consacrera la réalisation du projet.
Dans un camp de réfugiés avec 18000 habitants confronté au mal vivre de sa jeunesse, le Conseil du village a le projet de construire un terrain de foot et de former une équipe de haut niveau. Pour créer le terrain, il faut arraser une colline. Les travaux commencent le samedi lors de la fêtes religieuse juive, Bien que l’armée ait interdit de poursuivre le chantier sous peine d’emprisonnement, le but est presque atteint. : le terrain existe !
[1] Un sondage publié dans le quotidien israélien Haaretz commandé par le mouvement OneVoice, indique que 74% de Palestiniens et 78% d’Israéliens sont prêts à accepter une solution à deux États
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