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A lire dans le dernier numéro de Regards daté de décembre 2008

Lu sur http://www.regards.fr/article/?id=3643

Les Verts font preuve d’une unité incroyable, en lançant un rassemblement de tous les écolos pour les élections européennes. Autour de Daniel Cohn-Bendit se retrouvent José Bové, Eva Joly ou Yannick Jadot. Un mélange détonnant dont on peut craindre la dérive droitière.

C’est sûr, les Verts ne nous avaient pas habitués à cela. Parti longtemps raillé pour son organisation qui relevait plus de l’AG que d’un comité central, qui a conduit à voir des multitudes de tendances s’affronter et se renverser au fil des congrès, les Verts semblent être passés à autre chose. Lors de leurs assemblées régionales de novembre, préalables au congrès qui se tiendra à Lille les 5 et 6 décembre, les militants ont porté en tête la motion défendue par la secrétaire nationale Cécile Duflot (27 %), devant le courant de Dominique Voynet (25,8 %). Les autres motions arrivent loin derrière (14,5 % pour Yves Cochet et Denis Baupin ; 11,8 % pour Martine Billard). « C’est un grand tournant pour nous, explique Jérôme Gleizes, lui qui a longtemps été dans l’aile gauche des Verts avant de rejoindre la majorité. On a gagné dix points. Cela traduit une certaine reconnaissance de Cécile Duflot. » Reconnaissance qui a de quoi étonner tant la mandature de la secrétaire nationale coïncide avec l’effacement des Verts et avec un contrôle plus fort de l’appareil. Celle qui devrait donc être reconduite à la tête du parti peut d’autant plus savourer sa victoire que la famille écolo se rassemble autour de Daniel Cohn-Bendit.

UNE ALLIANCE IMPROBABLE Daniel Cohn-Bendit, José Bové, Eva Joly, Yannick Jadot de Greenpeace, Jean-Paul Besset, le bras droit de Nicolas Hulot : cet alignement bigarré a de quoi surprendre. Surtout quand on sait qu’Antoine Waechter a rejoint le projet. Le pari de la liste Europe Ecologie est simple : obtenir un score électoral conséquent aux européennes. Le manifeste Changer d’ère (1) a donc pour vocation de créer du commun là où ce n’est pas naturel.

D’une part, Les Verts laissent à Daniel Cohn-Bendit la direction de la campagne, au sein d’une structure ad hoc où le parti n’est pas majoritaire ; d’autre part, le large rassemblement accueille en son sein des militants des associations environnementalistes dont l’ancrage à gauche ne saute pas toujours aux yeux. Et la présence d’un José Bové ne fait pas oublier celle de l’ancienne juge Eva Joly jusque-là proche du Modem. Pour Jérôme Gleizes, « entre 2006 et 2008, trois stratégies ont échoué : celle de Voynet vers le centre, celle de Bové avec les mouvements sociaux et celle des associations environnementalistes avec le Grenelle de l’environnement. D’où la nécessité du rassemblement. » Même constat chez Denis Baupin, adjoint au maire de Paris : « Nous avons besoin de dépasser la structure verte et d’élargir l’espace de l’écologie politique de tous les côtés. Nous devons réussir à faire cohabiter des visions différentes, avec un corps de doctrine cohérent. » Sauf que justement, ce n’est pas Daniel Cohn-Bendit, partisan à plusieurs reprises d’alliances allant jusqu’au Modem, qui peut garantir un maintien à gauche.

Si la députée Martine Billard juge « l’initiative des Verts politiquement floue », son courant ne s’est pas opposé à cette stratégie. « Ce qui est intéressant avec une liste qui va de Bové jusqu’aux proches de Hulot, c’est que ces gens pourront être députés. Ils sont liés au mouvement social. Mais le problème, c’est que nous, les Verts, n’avons pas les moyens de peser dans l’organisation de la campagne. » Martine Billard critique le contenu du manifeste Changer d’ère : « Il fait reposer sur les individus la crise écologique. C’est hallucinant ! C’est comme s’il n’y avait pas de système, pas de rapports de force. Sans compter les nombreux manques, notamment sur l’immigration. » Francine Bavay n’est pas en reste : « Les Verts font un tête-à-queue historique avec un “ni ni”, ni droite ni gauche, venu de Bruxelles en même temps que Cohn-Bendit. Réconcilier les écologistes, ce n’est pas suffisant. Les électeurs, les militants associatifs et même les Verts ont des difficultés à comprendre cette stratégie. L’écologie ne peut être qu’à gauche. On ne répond pas à la question de fond : comment reconstruire un projet de gauche à la hauteur des enjeux ? »

LE SAUT DE JOSÉ BOVÉ Cela n’a pourtant pas arrêté José Bové qui a finalement rejoint les Verts. S’il reconnaît qu’il s’agit d’une « drôle d’alliance », il estime « qu’il faut dépasser cette logique. Il y a une crise d’un système de production qui est en train de détruire la planète. L’alternative, c’est un rassemblement. Car face à l’urgence, tous ceux qui se réclament de l’écologie doivent proposer une réponse globale, collective. Ce qu’on ne veut pas, c’est que la peur l’emporte. » Le pari n’est pas évident. José Bové a dû s’expliquer avec Daniel Cohn-Bendit pour mettre fin aux désaccords, autour de la Palestine, mais aussi du TCE. « S’engager pour une liste politique, ce n’est pas vilain, on ne se salit pas les mains. Si on n’allie pas l’action associative et l’action politique, on ne pourra pas changer la réalité. »

UN LEADER INCONTRÔLABLE Jérôme Gleizes reconnaît que ce rassemblement ne sera pas simple. « Le problème avec Daniel Cohn-Bendit, c’est qu’il parle beaucoup et qu’il ne comprend pas toujours le contexte politique français. Et c’est vrai qu’il manque parfois un peu d’ampleur sur les questions économiques. Mais ce qui me rassure, c’est qu’il écoute et qu’il a su s’y mettre. » Il a fallu néanmoins lui rappeler que les Verts ne voulaient pas d’alliance avec la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet… Pour rassurer ceux qui s’inquiéteraient du flou de la ligne d’Europe Ecologie, Jérôme Gleizes précise que « les Verts auront la maîtrise institutionnelle de la campagne, même si une structure ad hoc a été créée. » Quant au programme, « je ne m’inquiète pas trop de son ancrage à gauche ».

STRATÉGIE DE SURVIE Les élections européennes sont un enjeu de taille pour les Verts. Il s’agit ni plus ni moins que de redevenir un parti audible. L’image d’une famille écolo unie, capable de faire cohabiter les tenant du « oui » et du « non » au TCE, arrivera-t-elle à convaincre ? Cécile Duflot assure que « personne n’est propriétaire de ce rassemblement. Si cet appel remporte un succès, ce sera une très bonne nouvelle pour les Verts. Etre plus nombreux, plus mobilisés et convaincre plus d’électeurs : voilà nos objectifs ». Quant à Denis Baupin, il espère que ce n’est qu’une étape : « Il faut une structure politique capable de se présenter aux élections. Et, en même temps, nous devons pouvoir être influencés par le mouvement associatif, et pas seulement environnementaliste. Sans oublier le monde syndical que nous avons négligé parce que nous avons trop longtemps eu la vision d’un syndicalisme productiviste. Oui, c’est un immense chantier que nous entamons mais c’est la seule solution pour que l’écologie politique pèse. » Mais de quel dépassement s’agit-il ? C’est la question que pose Martine Billard : « De quel côté aller ? Doit-on accepter qu’un rassemblement écologique l’emporte, qu’il soit de gauche ou de droite ? La question, c’est de savoir comment dépasser les Verts pour ouvrir le parti à tous les réseaux et construire une gauche de gauche. Que fait-on de tous ces militants de gauche égarés ? L’appel de Politis pourrait être un cadre de rassemblement mais l’échéance des élections européennes complique la discussion. » Cela dit, vu l’état de déliquescence du PS et le débat en cours au sein de l’autre gauche, les sensibilités écologistes pourraient trouver leur compte dans la stratégie de Daniel Cohn-Bendit. Il faut dire que le lien entre la crise du capitalisme et la question écologique n’irrigue pas encore la gauche de gauche... E.C.

Paru dans Regards n°57, décembre 2008

Tag(s) : #Débats
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