Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

logo.gif

Par Patrice Cohen-Séat, dirigeant national du PCF, directeur d’espace Marx

J’ai appelé mon livre Communisme, l’avenir d’une espérance parce que je crois que le communisme, en dévoilant la réalité du capitalisme et en posant la réalité de la lutte des classes, est plus actuel, plus urgent, plus nécessaire que jamais. Il a porté une immense espérance, il faut que cette espérance vive. C’est mon point de départ.

La situation est extrêmement grave. Pour faire le diagnostic, il faut analyser « le mouvement d’ensemble », comme disait Marx. Avec Sarkozy, il y a un saut qualitatif dans l’entreprise de casse et d’alignement sur les normes du capitalisme mondialisé. À gauche, troisième échec consécutif à la présidentielle et, pour la première fois, pas d’alternance, nouvel et grave échec du Parti communiste après celui de 2002 et trente ans de déclin électoral, c’est une crise durable. Il y a aussi les difficultés du syndicalisme, et le fait que les luttes, très importantes depuis 1995, n’ont débouché sur aucun succès, à l’exception notable du CPE. Ces difficultés en France, on les retrouve à peu près partout en Europe et dans le monde. La plupart des Partis communistes ont disparu ou se sont profondément affaiblis. On ne peut donc pas seulement résoudre cela par une autocritique du Parti communiste français. On est devant une crise globale. Les gauches n’arrivent plus à opposer aux forces du capital un projet mobilisateur. Et pour autant y a-t-il une droitisation de la société qui expliquerait cette crise de la gauche ? Il y a des reculs idéologiques évidents : xénophobie, autoritarisme, individualisme… Mais la même société, qui a élu Sarkozy, se réclame de la gauche, marque son attachement aux services publics, dit non à la constitution libérale de l’Europe… Le problème n’est pas dans le peuple mais dans l’incapacité des forces de gauche, en France, PCF compris, à proposer une alternative.

D’où vient cette incapacité ? Il y a la question du projet politique. Dans un monde dominé par le capitalisme financiarisé, militarisé et mondialisé, comment faire vivre des valeurs de gauche ? Comment faire vivre un projet de progrès social et humain ? Il y a là un défi. Et jamais depuis les années trente, la gauche n’a été aussi divisée qu’aujourd’hui. L’idée de rupture avec le capitalisme a été longtemps commune à toute la gauche. Depuis 1983, le Parti socialiste s’est progressivement aligné sur les conceptions libérales et il y a eu un divorce croissant avec le Parti communiste.

Alors quelles pistes ?

La première est de travailler le projet politique. Un processus d’élaboration et une bataille de reconquête idéologique sont devant nous. Nous ne le ferons pas seuls mais à partir de ce que les gens ont dans la tête.

La deuxième est de travailler à combler le fossé entre ce qu’est réellement le PCF et la façon dont les gens le voient. Une des raisons de ce fossé, c’est ce que j’ai appelé « les valises de plomb ». Nous sommes rattachés à ce qui s’est construit au XXe siècle en se réclamant du communisme, parce qu’après avoir condamné le stalinisme, avoir dénoncé les errements du soviétisme, nous avons continué à avoir une attitude ambivalente à l’égard de ces régimes. Par exemple avec la formule du « bilan globalement positif ». Combler ce fossé appelle des actes politiques et symboliques majeurs.

La troisième piste est de travailler au rassemblement politique. Programme commun, rassemblement populaire majoritaire, gauche plurielle, rassemblement antilibéral, toutes ces tentatives ont échoué. Il faut en tirer les leçons mais ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Qui rassembler ? Il y a une attente dans la société qui est inhibée parce qu’il n’y a pas d’initiative politique. Il faut lancer un signal, donner un cap et engager un dialogue, avec la société et avec les forces qui souhaitent y travailler. Le moteur de ce rassemblement doit être le projet permettant une dynamique majoritaire. Il faut, pour réussir, refuser l’idée de table rase et partir des réalités. Dans ces réalités, il y a le collectif communiste. Il ne faut aucune dilution. Enfin, pour parvenir à rassembler des hommes, des femmes, des forces différentes, on ne peut rien décréter unilatéralement.

C’est dans cette construction que peut naître ce que j’appellerais un « acteur politique nouveau » dont les formes émergeront de ce propre mouvement. À nous de prendre nos responsabilités. Si nous ne le faisons pas, nous manquerons à ce qui est l’essence même de la responsabilité d’une force communiste : travailler au rassemblement. Appliquer le mot d’ordre de Marx : « Prolétaires de tous les pays (et pas seulement prolétaires communistes), unissez-vous ! »

(L’Humanité du 10 novembre)

Tag(s) : #Débats
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :