le 30 mai 2026
Le président doit-il être élu pour sept ans non renouvelable ou renouvelable ? Ou pour six ans ? Ou cinq ? Ou quatre ? Le 24 septembre 2000, le peuple décidait, par 73 % des voix, cinq ans renouvelable. Et, en 2008, le constituant ajoutait « renouvelable une fois ». Vingt-six ans après, le débat repart avec certains candidats qui proposent un sextennat non renouvelable reprenant ainsi une proposition de François Hollande qui pense peut-être que s’il avait eu un an de plus…
Depuis qu’elle a décapité Louis XVI, la France a un problème avec la tête de l’État. En 1795, cinq directeurs composent le Directoire ; en 1799, trois consuls se partagent le pouvoir exécutif avant que l’un d’entre eux, en 1804, ne se proclame seul empereur ; en 1814, elle revient au Roi avant de le chasser en 1848 et choisit de faire élire au suffrage universel masculin pour quatre ans non renouvelable un président de la République qui fait sauter la clause du non-renouvellement par le coup d’État du 2 décembre 1851 et rétablit l’Empire. En 1870, les monarchistes, bien que majoritaires à l’Assemblée constituante, sont divisés sur la personne du futur Roi, le comte de Chambord, partisan du drapeau blanc symbole d’un retour à l’Ancien Régime, ou le comte d’Orléans, partisan du drapeau bleu blanc rouge symbole de l’acceptation des acquis de la Révolution. Faute d’accord, orléanistes et républicains s’accordent pour élire un président monarchiste, Mac Mahon, pour sept ans, en pensant que Dieu ait la bonté de rappeler à lui le comte de Chambord au cours de ces sept ans (il mourra dix ans après !). Ainsi est née la « règle » du septennat reprise par la IVe République et la Ve République jusqu’en 2000.
Si le mandat présidentiel est de cinq ans depuis 2000, le rythme politique réel de la gouvernance sous les septennats était déjà de cinq ans. Mitterrand a été président pendant quatorze ans mais il n’a gouverné réellement que deux fois cinq ans, de 1981 à 1986 et de 1988 à 1993, la droite gouvernant sous son septennat de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995. Et avant lui, de Gaulle, élu en 1965 ne gouverne que jusqu’en 1969, Pompidou élu en 1969 que jusqu’en 1974. Et sous Giscard, le pouvoir réel est entre les mains de Barre de 1976 à 1981 et sous Chirac élu en 1995, il est entre les mains de Jospin de 1997 à 2002.
Cinq ans serait donc le « bon » rythme même si plane sur le quinquennat une malédiction. Jospin qui, avec la complicité de Giscard, l’a imposé à Chirac en 2000, croyant en profiter pour l’élection de 2002, a été éliminé dès le premier tour. Sarkozy élu en 2007 a été battu en 2012. Hollande élu en 2012 a dû renoncer à se représenter en 2017. Et Emmanuel Macron, réélu en 2022, a perdu la majorité à l’Assemblée nationale et coulé son second mandat.
Pendant ce temps, Angela Merkel élue une première fois en 2005 a été réélue en 2009, 2013 et 2018 et a gouverné l’Allemagne pendant seize ans. La question constitutionnelle n’est donc pas la durée du mandat présidentiel. Il est de cinq ans au Portugal et de six ans en Autriche et dans ces deux pays, où le président est élu par le peuple, ce n’est pas lui qui gouverne mais le premier ministre. La question est de mettre fin au dualisme de l’Exécutif en déplaçant le Conseil des ministres de l’Élysée à Matignon, en enlevant au chef de l’État la présidence du Conseil des ministres pour la confier au premier ministre et en calant la durée du gouvernement sur la durée de la confiance accordée par l’Assemblée nationale. Simple, non ?
Dominique Rousseau
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