Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Lu sur Tout ce qu’il faut savoir avant le 54e congrès de la CGT à Tours - L'Humanité

 Tout ce qu’il faut savoir avant le 54e congrès de la CGT à Tours

La confédération, en regain de forme depuis 2023, tient son 54e congrès jusqu’au 5 juin à Tours (Indre-et-Loire). La structuration de la centrale et sa dualité avec l’extrême droite nourriront les débats.

le 31 mai 2026

Naïm Sakhi

 En 2023, la CGT avait quitté Clermont-Ferrand dans un contexte volcanique. Sophie Binet avait suppléé Philippe Martinez, alors que les désaccords entre les membres, singulièrement au sujet du rapprochement voulu avec le mouvement climat et des stratégies de lutte, étaient vifs. Le 54e congrès confédéral, qui se déroule à Tours (Indre-et-Loire) jusqu’au vendredi 5 juin, devrait se tenir dans un climat apaisé.

Dépassant ses différences de vues, la confédération a su tirer profit de la mobilisation sociale de 2023 et de l’affaiblissement du pouvoir macroniste. Preuve en est, 140 000 syndiqués ont rejoint la centrale depuis 2023, permettant à la CGT d’augmenter ses effectifs, une première depuis 2010, avec 607 000 membres.

Pour autant, « ce congrès se tient dans un contexte de bascule : la crise s’accroît et l’extrême droite prospère dans le monde. En France, l’exécutif fait le choix de maintenir la rentabilité du capital en sacrifiant les travailleurs », observe Sandrine Mourey, secrétaire confédérale. Les chantiers qui s’ouvrent à la CGT sont cruciaux pour la centrale. Tour d’horizon.

Rapprochement avec la FSU dans une « maison commune »

Dès son élection, Sophie Binet, la secrétaire générale, s’était attelée à « une chirurgie de guerre » pour panser les plaies de la confédération. « Nous avions le mandat de réunir les organisations. Ce chantier doit se poursuivre. La culture du débat est un élément essentiel, nous devons garder comme boussole le progrès social, la lutte contre l’extrême droite et l’utilité quotidienne auprès du salariat », insiste Thomas Vacheron, secrétaire confédéral.

    En pratique, « le bureau confédéral a pris soin d’impliquer le comité confédéral national (CCN, le parlement – NDLR) et la commission exécutive (CEC), pour chaque décision. Des tensions persistent toutefois, notamment dans l’équilibre de la prochaine CEC », décrypte le politologue Jean-Marie Pernot. Les débats pourraient aussi porter sur des questions d’organisation, comme l’inscription en annexe des statuts confédéraux de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ou le rapprochement avec la FSU dans une « maison commune ».

 

Cette possible association illustre « la seconde place représentative de la CGT » derrière la CFDT, note Jean-Marie Pernot, qui rappelle que « l’implantation syndicale est la condition d’une force de frappe, d’une stratégie ambitieuse et indépendante ».

Sur le plan des luttes, la CGT peut se féliciter de nombre de victoires, souvent obtenues en intersyndicale, contre l’exécutif et le patronat depuis 2023 : deux réformes de l’assurance-chômage ont été enterrées (2024 et 2025), une sur le Code du travail (2025), une autre sur l’audiovisuel public, ou encore celle concernant la fonction publique, la proposition de loi autorisant le travail le 1er-Mai…

S’agissant des retraites, dans son rapport d’activité, la confédération souligne que « chaque nouveau Premier ministre a été contraint à une annonce dans l’espoir d’apaiser la situation », sans pour autant obtenir l’abrogation de la réforme Borne. Cependant, la suppression jusqu’en 2027 constitue « une première dans l’histoire sociale » « Deux ans après une réforme imposée en force, nous avons réussi à en décaler son application. »

Le défi de la fidélisation des nouveaux adhérents

En 2025, parmi les 45 000 nouveaux adhérents à la CGT, 42 % ont moins de 35 ans. Un atout, alors que dans cette tranche d’âge, le taux de syndicalisation est de 5 %, contre 11,2 % sur l’ensemble du salariat. « Depuis 2023, il existe un regain d’intérêt pour le syndicalisme en général, et pour la CGT en particulier. Pour autant, un enjeu est de faire rester les nouveaux syndiqués, pour qu’ils deviennent des forces organisées et des militants actifs », confirme Pierre Rouxel, maître de conférences en science politique à Rennes-II et coordinateur d’une note de l’Ires pour la centrale sur ces nouvelles adhésions.

 

 

 

Le document d’orientation mis en débat lors du congrès est d’ailleurs introduit par ces défis de « vie syndicale ». Depuis plusieurs décennies, la CGT est confrontée au syndrome du « panier percé ». C’est-à-dire qu’elle engrange autant – voire moins – d’adhésions qu’elle ne perd de membres sous le poids des départs en retraite ou de la désindustrialisation. La faute aussi à une structuration du syndicat parfois en incapacité de fédérer les travailleurs de la sous-traitance, de l’ubérisation ou les cadres, de plus en plus nombreux.

Renforcer l’implantation syndicale sur le terrain

Conséquence, le nombre des syndiqués isolés, des adhérents dépourvus de syndicat d’entreprise pour la plupart rattachés aux unions locales, augmente. De 10,9 % des effectifs de la CGT en 2010, ils représentaient, en 2023, 15,6 % des membres de la centrale, soit 94 000 cartes.

« Au-delà des hausses d’adhésion, pour gagner, le syndicalisme de masse et de classe doit avoir une continuité dans son implantation, avec des syndicats professionnels de territoire », indique Thomas Vacheron. Ainsi, dans un champ professionnel ou une convention collective, une fédération organisera ses adhérents sur un territoire défini pour favoriser le travail entre donneur d’ordres et sous-traitant, par exemple.

« Dans le commerce ou encore les sociétés d’étude, cette structuration permet de regrouper les forces et diminuer l’émiettement du salariat », assure Pierre Rouxel. Et le politologue d’ajouter : « Là où les taux de syndicalisation sont faibles, les syndicats professionnels de territoire sont une réponse pour dynamiser une activité, même minime. »

D’après ces résolutions de congrès, les fédérations devront définir des périmètres de syndicats professionnels en territoire, en lien avec les unions départementales. La confédération promet la mise en place d’un suivi, avec un état des lieux à mi-mandat.

« Pour la direction confédérale, la vie syndicale semble être un enjeu existentiel. Cette interrogation est née du conflit sur les retraites, observe Jean-Marie Pernot. La CGT se réclame d’un syndicalisme de lutte qui rencontre des difficultés pour élargir le rapport de force, notamment par la grève le 7 mars 2023 (l’appel à mettre à l’arrêt la France – NDLR) et ses suites. »

Une dualité avec l’extrême droite dans le salariat

Entre la suppression de la cérémonie du 1er-Mai à Liévin en hommage aux 42 mineurs morts en 1974, la tentative d’expulsion de la Bourse du travail à Carcassonne et l’interdiction d’une fête de la CGT à Saint-Avold, la confédération est dans le collimateur du RN.

« Ce n’est malheureusement pas une surprise. Le syndicalisme, et singulièrement la CGT, demeurent le dernier rempart à l’extrême droite », déplore Thomas Vacheron. Jean-Marie Pernot observe d’ailleurs que « cette inquiétude cimente les relations avec la CFDT », pour qui « la montée de l’extrême droite repolitise l’intervention syndicale ».

L’enjeu est de taille. Alors que chez les ouvriers et employés, le RN a obtenu deux fois plus de suffrages que le Nouveau Front populaire (NFP) après la dissolution de l’Assemblée nationale, dans son rapport d’activité, la confédération tire la conclusion que « (sa) base sociale constitue le cœur de l’électorat du RN ».

Forger la conscience de classe contre l’extrême droite

En réponse, Thomas Vacheron assure que « la question sociale est fédératrice et le syndicalisme rassemble le salariat, qu’il soit rural ou urbain ». Pour le secrétaire confédéral, « l’extrême droite reculera si la CGT mène la bataille des salaires et des pensions de retraite, en donnant des perspectives de relocalisation industrielle tant pour l’emploi que la transition environnementale et en revitalisant les services publics sur tous les territoires ».

Une réflexion est aussi portée pour sécuriser l’organisation (locaux, statuts, fichiers, politique financière, informatique…) et pour renforcer les collectifs d’animation des luttes et sécurité (service d’ordre). C’est une question de survie pour le syndicalisme. « Bien sûr, en Italie, Meloni n’a pas interdit les syndicats, observe Jean-Marie Pernot. Mais le programme du RN remet en cause des critères de représentativité par la fin du monopole syndical, la réduction des moyens alloués au syndicalisme. »

Après la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, la CGT avait apporté son soutien au programme du NFP. « La centrale avait renoué avec une forme de positionnement politique duquel elle s’était distancée. Cette repolitisation a contribué à ce regain de syndicalisation », observe Pierre Rouxel.

Peser sur les scrutins de 2027

En 2027, la confédération pourra-t-elle s’engager à échelle similaire ? « La division de la gauche peut être un frein dans sa capacité d’intervention, tempère Jean-Marie Pernot. D’ici là, la CGT peut difficilement faire plus que, par exemple, enjoindre les partis à s’accorder, comme l’exprime déjà Sophie Binet. »

Reste que les scrutins présidentiel et législatifs occupent une place singulière dans le document d’orientation. Depuis 2024, « grâce à la conjugaison de ce rapport de force politique avec notre rapport de force, nous avons bloqué une grande partie des réformes d’Emmanuel Macron et du patronat », note le document d’orientation. Qui prévient « ne pas s’interdire de soutenir des éléments programmatiques électoraux ».

Pour Sandrine Mourey, « la CGT se place à hauteur des revendications pour les salaires, les conditions de travail, la sauvegarde de l’industrie et des services publics, et loin des débats politiciens », mais met en garde : « La CGT est indépendante mais pas neutre. »

 

 

 

 

  

Tag(s) : #Syndicalisme
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :