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Lu sur Les députés approuvent une nouvelle rallonge de budget pour les armées de 36 milliards d’euros - L'Humanité

Les députés approuvent une nouvelle rallonge de budget pour les armées de 36 milliards d’euros

Députés de droite, d’extrême droite, mais aussi socialistes ont approuvé la rectification de la loi de programmation militaire votée en 2023, qui prévoit 36 milliards d’euros supplémentaires pour les armées.

 le 19 mai 2026

Rachel Garrat-Valcarcel

 Quelque 36 milliards d’euros en plus pour les armées ? C’est presque fait. En tout cas, l’Assemblée nationale a approuvé mardi en première lecture le projet de loi de programmation militaire (LPM) voté en 2023 et rectifié, par 440 voix pour et 122 contre. Le « bloc central », LR, Liot et l’extrême droite ont voté pour. La gauche s’est divisée entre le vote contre des groupes communiste (moins trois abstentions, dont celle de Yannick Monnet), insoumis et écologistes (moins les écologistes Delphine Batho, qui a voté pour, et Jérémie Iordanoff, qui s’est abstenu) et le vote pour des socialistes (moins un contre).

Face au satisfecit presque ému de la coalition gouvernementale, voire « l’enthousiasme » selon la députée Modem Josy Poueyto et les discours ultra-militaristes de l’extrême droite, le communiste Édouard Bénard a jugé que, moins qu’une actualisation, le projet gouvernemental était plutôt « la confirmation d’un choix de société. Un basculement assumé vers une économie de guerre, une société de mobilisation permanente tendant à un affaiblissement progressif des libertés publiques ».

Projets liberticides

L’opposition de la gauche n’est néanmoins pas totalement une opposition de principe, dans le sens où chacun a reconnu qu’il n’y avait pas de « diplomatie efficace sans défense dissuasive » et que le contexte international exigeait « lucidité et souveraineté », comme l’a expliqué Édouard Bénard, qui a néanmoins dénoncé l’approfondissement de l’alignement de la France sur l’Otan.

« Voter contre n’a rien de simple », a même concédé en introduction de son explication de vote l’insoumis Aurélien Saintoul, mais il « récuse les termes du débat »« Il est clair que vous utilisez la défense nationale et ses exigences pour organiser l’austérité généralisée, que vous mettez en concurrence ce service public vital avec tous les autres. Avec vous, nous serons peut-être demain en mesure de défendre quelque chose, mais quoi ? Puisque vous aurez détruit l’école, l’hôpital, tout ce qui fait le lien social, qui fait que la vie a du sens et du goût ! »

La gauche a aussi insisté sur le caractère liberticide du projet, qui inclut en effet un nouveau régime exceptionnel dérogatoire au droit commun : l’« état d’alerte de sécurité nationale ». Il doit permettre à l’exécutif, sur décret, et pendant deux mois sans contrôle parlementaire, de déroger aux Codes du travail, de l’urbanisme ou de l’environnement pour faire face aux nouvelles « menaces » de « guerre hybride ».

 

Des critères bien flous pointés du doigt. « Cela nous interroge sur le caractère illibéral qu’est en train de prendre le gouvernement », a déclaré la porte-parole du groupe écologiste, Léa Balage El Mariky. Un sujet carrément absent des explications de vote des groupes de droite.

Procédure d’urgence

Le PS aussi est tout de même mal à l’aise avec la création de cet état d’alerte de sécurité nationale, mais pas au point de le voir comme rédhibitoire. Anna Pic, la députée responsable du texte au sein du groupe rose, rappelle qu’il existe une possibilité « certes longue et compliquée » de contestation devant le juge administratif. Au fond, les socialistes sont d’accord avec l’objectif : « On avait dit dès 2023 (lors du débat original sur la programmation militaire pour 2030 – NDLR) qu’il manquait 36 milliards d’euros et c’est le cas. »

Tout juste le PS joint-il sa voix à celles des autres groupes de gauche sur les conditions du débat « pas à la hauteur des enjeux ». Les élus ont en effet reçu le projet du gouvernement seulement trois heures avant d’auditionner la ministre des Armées en commission et le texte a été examiné sous le régime de la procédure d’urgence.

Le cheminement parlementaire du LPM n’est pas terminé. Il va maintenant être transféré auprès des sénateurs, qui doivent l’examiner à partir du 2 juin. S’il y a peu de chances qu’ils s’opposent au texte, ils pourraient néanmoins le modifier, tant LR – plus important groupe de la Haute Assemblée – a critiqué la copie gouvernementale lors d’un débat préalable le 5 mai.

D’après eux, le texte est à la fois pas assez ambitieux et insoutenable vu l’état des finances publiques. En réalité, le vote est relativement peu engageant. D’abord parce que le vote des crédits prévus est chaque année à refaire au moment du débat budgétaire. Et aussi parce que chacun a bien en tête que le nouveau président élu l’an prochain aura probablement à cœur de faire sa propre programmation militaire. Ce qui a fait dire à la tribune à l’écologiste Catherine Hervieu que le texte voté ce jour était certainement « sans lendemain ».

  

Tag(s) : #Paix progrès
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