Le taux de chômage atteint 8 % : un record depuis 2021 et un constat de l’échec d’Emmanuel Macron
Le taux de chômage a progressé à 8,1 % de la population active au premier trimestre 2026, selon l’Insee. Une hausse qui éloigne encore l’objectif de plein-emploi fixé par Emmanuel Macron et inquiète les économistes sur l’état du marché du travail.
le 13 mai 2026
Emmanuel Macron s’était donné comme objectif de ramener le taux de chômage à 5 % à la fin de son deuxième mandat. Un objectif jugé « totalement irréalisable » par l’économiste Eric Berr, alors que l’INSEE a publié ce 13 mai son rapport trimestriel sur le taux de chômage en France. Depuis le début de l’année, celui-ci a augmenté de 0,2 point pour atteindre 8,1 % de la population active au sens du Bureau international du travail (BIT).
Le nombre de chômeurs en France (hors Mayotte) augmente de 68 000 par rapport au trimestre précédent, pour s’établir aujourd’hui à 2,6 millions de personnes. « Et c’est vraiment un minimum, précise Sylvain Billot, économiste. La situation est encore plus alarmante en réalité, car beaucoup de personnes ne sont pas considérées comme chômeuses par l’Insee. »
Le taux de chômage atteint ainsi son plus haut niveau depuis le premier trimestre 2021. Pour Éric Berr, cette hausse s’explique notamment par « les incertitudes internationales » et « la morosité du climat des affaires », qui freinent les investissements et les embauches. Il évoque également les effets de la réforme des retraites de 2023, qui « maintient au chômage un plus grand nombre de personnes qui auraient dû être à la retraite ». Sylvain Billot pointe de son côté « un effet différé de la période Covid », avec la réduction progressive des aides publiques accordées aux entreprises, qui entraînerait désormais des suppressions d’emplois.
Des emplois de plus en plus précaires
À rebours de la tendance générale, le taux de chômage des 15-24 ans recule légèrement, de 0,4 point, à 21,1 %. « Ce petit recul trimestriel ne doit pas être interprété comme un retournement de tendance », explique Eric Berr. Car selon l’INSEE, au premier trimestre 2026, la part des jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études (NEET) augmente de nouveau, de 0,2 point, à 13,1 %. « C’est un signal plus fort et plus inquiétant en matière d’emploi des jeunes », poursuit-il.
La nature des emplois créés est également à considérer. Au-delà d’un taux d’emploi en CDI qui recule légèrement sur un an, le « sous-emploi » reste « trop important » pour l’économiste Sylvain Billot. Ce terme est utilisé par l’Insee lorsque la durée ou la productivité de l’emploi d’une personne sont jugées inadéquates par rapport à un autre emploi qu’elle est disposée à occuper et capable d’exercer.
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Au premier trimestre 2026, 4,4 % des personnes employées se trouvent en situation de sous-emploi. Cette part reste stable sur le trimestre mais progresse légèrement sur un an (+ 0,2 point). « En 2025, il y a eu 25 000 créations nettes d’emplois. Mais la plupart sont des emplois d’autoentrepreneur, avec une rémunération moyenne de 800 euros par mois », rappelle l’économiste, alors que la France compte aujourd’hui près de trois millions de microentrepreneurs.
La crainte d’une nouvelle hausse de la pauvreté
Sylvain Billot et Eric Berr s’accordent sur les conséquences sociales d’une telle dégradation du marché du travail. Le premier redoute notamment une nouvelle hausse de la pauvreté dans un contexte de recul du pouvoir d’achat. « Nous risquons de revivre le scénario de 2022-2023 pendant l’épisode inflationniste, car l’INSEE anticipe déjà au second trimestre une baisse du salaire réel moyen de 0,5 %. Et a priori il y aura moins de prestation compensatrice pour les ménages », alerte Sylvain Billot.
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Selon lui, « la diminution de 10 % en volume de la consommation de biens alimentaires depuis 2020 témoigne d’un changement contraint des habitudes de consommation, avec un recours à des produits moins coûteux et de moindre qualité ». Pour les deux spécialistes, le taux de chômage devrait continuer à augmenter en 2026, dans un contexte de croissance économique atone. Dans cette situation, Sylvain Billot estime que « l’indexation des salaires sur l’inflation doit s’imposer comme une mesure centrale, au même titre que le blocage des prix sur les biens essentiels ».
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