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Lu sur Au mépris du réel, Beauvau classe LFI à l'« extrême gauche » et le place dos à dos avec le RN - L'Humanité

Au mépris du réel, Beauvau classe LFI à l'« extrême gauche » et le place dos à dos avec le RN

Arbitrairement, le ministère de l’Intérieur a sorti le mouvement de Jean-Luc Mélenchon du bloc de gauche pour mieux renvoyer dos à dos insoumis et extrême droite. Une manœuvre politicienne dénoncée par les partis progressistes.

Emilio Meslet

L’entreprise de diabolisation de La France insoumise (LFI) se poursuit à vitesse grand V. Cette fois, le règlement de comptes politique se fait avec l’outil administratif à l’approche des municipales. Via une circulaire relative à l’attribution des nuances aux candidats aux municipales à Lyon, le ministère de l’Intérieur change l’étiquette accolée au mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon. LFI n’est donc, pour Beauvau, plus à gauche, mais à l’« extrême gauche ».

Pour le député insoumis Hadrien Clouet, il s’agit ni plus ni moins de « maccarthysme » de la part d’un ministre – Laurent Nuñez en l’occurrence – qui « désavoue le Conseil d’État, les historiens, les juristes unanimes » sur le placement à gauche de LFI. Une décision « à la Trump » digne d’une « République bananière » qui « trouble l’ordre public électoral », dénonce Jean-Luc Mélenchon.

« Quand on est communiste, on sait ce que c’est d’être ostracisé et traité de “parti de l’étranger”. On l’a été avant LFI et peut-être le sera-t-on après, alerte Stéphane Peu, président PCF du groupe GDR à l’Assemblée. Tout ceci est une manœuvre politique totalement amnésique de ce qui s’est passé pendant le front républicain. Sans l’ensemble des forces du Nouveau Front populaire, dont LFI, beaucoup de députés du “bloc central” n’auraient pas été élus. »

« Ils mettent des partis de droite au centre comme l’UDI, des partis de gauche à l’extrême gauche. C’est un acte avant tout politique que je refuse. Avec LFI, nous appartenons au même camp : la gauche », affirme le député PS Arthur Delaporte, qui regrette tout de même que les insoumis « aient cherché à se rendre infréquentables pour se distinguer en participant à radicaliser le débat public depuis le 7-Octobre ».

Pour Benjamin Lucas, porte-parole du groupe Écologiste et social à l’Assemblée, Laurent Nuñez est de fait « un zélateur de la banalisation de l’extrême droite et un piètre connaisseur de l’histoire républicaine de la gauche, fût-elle radicale ».

Le Conseil d’État saisi

Si le ministère de l’Intérieur n’a pas répondu aux questions de l’Humanité sur ses motivations, ces dernières s’avèrent plutôt limpides tant elles s’inscrivent dans une stratégie de long terme visant à exclure LFI de « l’arc républicain ». Dans nos colonnes, en février 2024, Emmanuel Macron utilisait le terme « extrême gauche » pour qualifier LFI qui, d’après lui, n’adhère pas à « la République et ses valeurs ».

Par ce biais, c’est une façon pour le bloc libéral, autoproclamé « camp de la raison », de renvoyer arbitrairement dos à dos « les extrêmes », une habitude sémantique en Macronie pour qualifier LFI et le Rassemblement national, depuis toujours catégorisé à l’extrême droite. Plusieurs cadres du parti lepéniste, comme le député Julien Odoul, se sont d’ailleurs réjouis de voir LFI changer de nuance politique.

De plus, en séparant LFI du reste de la gauche, le ministère change de fait la façon dont seront comptabilisés les résultats au soir des élections. Le bloc « gauche » verrait son score électoral mécaniquement baisser quand celui du « centre » serait gonflé par l’ajout de l’UDI. « Distinguer les oppositions de gauche en multipliant les catégories pour affaiblir », résume Hadrien Clouet.

Difficile de croire qu’une formation dont le projet réformiste, promoteur d’une économie mixte, n’est pas plus radical que celui de François Mitterrand en 1981, puisse atterrir à l’extrême gauche. Et pourtant… Aux législatives 2024, LFI était bien classée à gauche comme les communistes, les écologistes et les socialistes.

« Notre stratégie et les orientations de notre programme n’ont pas changé, assure Manuel Bompard, coordinateur du mouvement. Nous sommes partisans de la révolution citoyenne, c’est-à-dire de la conquête du pouvoir par les urnes pour mettre en œuvre un programme de rupture. » Soit une différence majeure avec les partis d’extrême gauche qui participent aux élections dans le but de s’en servir comme d’une tribune pour donner de l’audience à leurs idées. Lutte ouvrière ou le NPA n’ont d’ailleurs jamais contesté la nomenclature.

Les insoumis ont saisi le Conseil d’État pour qu’il revienne sur le choix de Beauvau. La plus haute cour administrative restera-t-elle fidèle à ses précédentes décisions ? En 2024, alors que le RN contestait son classement à l’extrême droite, le Conseil d’État a rejeté sa demande, arguant que la circulaire d’alors « ne méconnaît pas le principe de sincérité du scrutin ». Dans ce même avis, il rappelait l’appartenance de LFI à la gauche.

 

 

 

 

Tag(s) : #Gauche unie
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