Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Lu sur L’accord UE-Mercosur reporté en janvier - L'Humanité

L’accord UE-Mercosur reporté en janvier

 le 19 décembre 2025

 

Tandis que les paysans manifestaient en France et à Bruxelles le 18 décembre, la présidente de la Commission européenne a annoncé dans la soirée le report en janvier 2026 de la signature finale de l’accord de libre-échange entre l’Europe des 27 et les quatre pays du Mercosur. Ce recul appelle une amplification des luttes paysannes pour préserver notre souveraineté alimentaire, ce qui implique aussi de mieux rémunérer le travail de nos paysans et freiner le réchauffement climatique en cours.

Ursula Von der Leyen a donc annoncé qu’elle renonçait à se rendre au Brésil le 20 décembre pour parapher définitivement l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. Selon certaines sources, le président brésilien Lula lui aurait suggéré ce report après un échange avec Giorgia Meloni. La présidente du conseil italien lui aurait avoué avoir besoin d’un peu de temps pour convaincre les paysans italiens. En France, outre la protestation contre l’abattage de tous les bovins d’une exploitation agricole dès qu’apparaît un seul cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), les manifestations de ces derniers jours portaient également d’autres revendications, dont une meilleure rémunération du travail dans toute la profession. S’y ajoutait l’opposition à la ratification de cet accord de libre-échange entre les 27 pays membres de l’Union européenne et l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

Les agriculteurs européens ont doublement raison de s’y opposer. Car la croissance des importations en provenance de ces pays ferait baisser les prix payés à nos paysans. Elles feraient croître parallèlement les émissions de gaz à effet de serre imputables à l’agriculture au niveau planétaire, via une déforestation accrue en Amazonie. Notons aussi que l’acharnement de la présidente de la Commission européenne est surtout motivé pour permettre à l’Allemagne d’exporter plus de produits industriels en Amérique du Sud, ce qui la fait sortir de son rôle.

Le vote unanime des députés français contre l’accord

Les discussions entre l’Europe et les pays du Mercosur en vue de parvenir à cet accord de libre-échange avaient débuté en 1999. Mais il fallut attendre jusqu’en 2019, et l’arrivée d’Ursula Von der Leyen à Bruxelles, pour parvenir à un compromis entre la Commission européenne et les négociateurs de ces quatre pays. Il donnait à ces derniers la possibilité d’exporter chaque année en Europe 99 000 tonnes de viande bovine, prélevées dans les parties nobles de l’animal, qui sont aussi les plus rémunératrices. S’y ajoutaient, 25 000 tonnes de viande porcine, 180 000 tonnes de volailles, 45 000 tonnes de miel, 180 000 tonnes de sucre et 650 000 tonnes d’éthanol.

 

Inversement, le passage d’un droit de douane de 35 % à 0 % sur les importations de 50 000 véhicules européens par an dans les pays du Mercosur est vu en Allemagne comme une mesure favorable à la signature de cet accord. Quant à l’Espagne, qui importe beaucoup de nourriture du bétail d’Amérique du Sud, elle espère ainsi réduire ses coûts de production et être plus compétitive pour vendre de la viande chez ses voisins.

Notre pays pourrait voir ses filières agricoles devenir déficitaires à la fin de cette année ou dans le courant de 2026 contre un excédent de plus de 7 milliards d’euros en 2017, année de l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Le 27 novembre dernier, les 246 députés français présents dans l’hémicycle ont voté un texte contre la ratification de cet accord à l’unanimité. Durant les semaines précédentes, le président de la République s’était montré ouvert à cet accord, moyennant quelques petites modifications sur ce que l’on appelle « les clauses miroir ». Voilà pourquoi, le cabinet du Premier ministre a été conduit à publier un communiqué indiquant que « la France demande que les échéances de décembre soient repoussées pour continuer le travail et obtenir des mesures de protection légitime de notre agriculture ». Matignon dit réclamer « des mesures miroir notamment sur les pesticides et l’alimentation animale, afin que les produits importés entrant sur le marché intérieur respectent impérativement les normes environnementales » de l’Union européenne. Mais dès hier soir, Emmanuel Macron a fait cette déclaration ambiguë : « je ne sais pas quelle sera la position de la France en janvier. C’est trop tôt pour le dire »

Les risques climatiques pointés en 2020

Dans la presse de droite, comme dans le cadre des échanges sur les chaînes de la télévision, on nous explique que les exportations de quelques produits industriels par des firmes européennes, mais aussi de quelques produits agricoles comme les vins et les fromages augmenteront dans les quatre pays du Mercosur comptant 270 millions d’habitants, si cet accord est ratifié. Mais alors que la Cop 30 qui se tenait en novembre à Belém au Brésil vient de s’achever sur un constat d’échec, le fait que cet accord de libre-échange soit de nature à accélérer le réchauffement climatique en cours au niveau planétaire n’est jamais abordé dans ces débats.

En France pourtant, une commission d’experts mise en place par le gouvernement en 2019 avait remis en 2020 un rapport dans lequel elle indiquait que l’application de cet accord se traduirait par une hausse de la déforestation de 5 % par an dans les pays du Mercosur pendant au moins six années de suite, afin de créer plus de pâturages pour les bovins et plus de graines de maïs et de soja pour nourrir le bétail dans ces pays toute en exportant toujours plus de graines dans le reste du monde, y compris en Europe.

Car rien n’empêche les pays du Mercosur de signer des accords de libre-échange avec d’autres groupes de pays, dont certains, pour des raisons liées à l’évolution du climat sont très déficitaires en produits agricoles et le seront de plus en plus. Mais les pays membres de l’Union européenne sont encore en mesure de préserver leur souveraineté alimentaire pour peu qu’ils renoncent au libre-échange et qu’ils orientent les aides européennes destinées à l’agriculture vers l’agroécologie et l’agroforesterie. Cela permettrait de produire notre alimentation en réduisant les émissions de gaz à effet de serre dans le processus de production.

Gérard Le Puill

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :