le 7 octobre 2025
La décomposition accélérée du cadre politique de la Ve République ouvre la porte au pire. En maintenant sa politique contre la volonté d’une majorité des Français, Emmanuel Macron a poussé à son paroxysme la présidentialisation du pouvoir. Cela a cristallisé sur sa personne la détestation d’une politique qui pressure toujours les mêmes : les classes populaires et moyennes, les travailleurs et les privés d’emploi, les plus fragiles et les plus anciens. Le chef de l’État pourra s’acharner tant qu’il le souhaite, il ne parviendra pas à trouver un gouvernement capable de mettre en œuvre une politique dont les Français ne veulent plus.
Regardons rétrospectivement les choix d’Emmanuel Macron depuis la dissolution. On se rend compte alors que le refus de nommer le Nouveau Front populaire (NFP) à Matignon a comme vertu première de protéger le Rassemblement national (RN). Tant que le RN n’a pas à trancher sur les enjeux économiques et sociaux et peut se concentrer sur l’insécurité et l’immigration, il continue de ratisser large. Et il se place en situation d’accéder au pouvoir. Or le RN reste la meilleure option pour la bourgeoisie afin de garantir un après-macronisme au service exclusif de ses intérêts.
C’est pourquoi les formations de gauche et écologistes doivent prendre leurs responsabilités et ne pas donner le moindre prétexte à Emmanuel Macron pour refuser à nouveau de les nommer. Et, une fois au pouvoir, elles auront pour tâche de ne pas baisser le niveau des exigences et des propositions. Certes, toutes les composantes du NFP ne sont pas sur la même ligne, mais imagine-t-on qu’elles ne voteraient pas ensemble pour la taxe Zucman, pour le conditionnement et le contrôle des 211 milliards d’euros d’aide au patronat ou pour l’abrogation de la réforme des retraites ?
Soumettre à la représentation nationale les mesures économiques et sociales que les Français plébiscitent et faire la démonstration devant le peuple de qui les défend et qui les combat, voilà une clarification qui pourrait bousculer les scénarios du pire. Si le président refuse une fois de plus et se prononce pour une autre option (dissolution, démission, pouvoirs exceptionnels), c’est que la bourgeoisie aura choisi de pousser la France vers un basculement autoritaire. Et la question posée à la gauche sera d’une autre nature.
Stéphane Sahuc
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