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Lu sur « L’offensive anticommuniste, une réhabilitation de l’extrême droite au service du capital » - L'Humanité

« L’offensive anticommuniste, une réhabilitation de l’extrême droite au service du capital »

En inaugurant une stèle « aux victimes du communisme », le maire de Saint-Raphaël (Var), soutien de Marine Le Pen, cherche à faire oublier le passé collaborationniste de l’extrême droite française et à faire taire toute contestation du capitalisme. Par Ian Brossat, sénateur de Paris, porte-parole du PCF

 le 19 août 2025

Au moment où la France commémore le 81e anniversaire de la Libération, le Maire de Saint-Raphaël inaugurera une stèle dédiée aux « 100 millions de victimes du communisme dans le monde ». On pourrait être tenté de balayer d’un revers de main cette initiative d’un Maire qui avait surtout fait parler de lui en apportant son parrainage à Mme Le Pen à la dernière élection présidentielle, et dont la gestion a été littéralement étrillée par la Chambre régionale des comptes. On pourrait à bon droit se contenter de lui rappeler que les seules victimes du communisme en France sont les nazis et les collabos.

On pourrait ajouter qu’il se garde bien d’ériger un monument pour rendre hommage aux soldats africains qui, par milliers, ont contribué à la libération du Var. Ce serait vrai. Mais s’en tenir là, ce serait oublier que cette initiative mémorielle, loin d’être isolée, s’inscrit dans une offensive plus large et de longue date de la droite et de son pan extrémiste. J’en veux pour preuve la proposition de loi déposée par des sénateurs LR le 20 avril 2023 visant à décréter une « journée nationale d’hommage dédiée aux victimes du communisme ». Ceux qui ont un peu d’âge et de mémoire se souviennent de la polémique engendrée en 1997 par le « livre noir du communisme ». Coordonné par Stéphane Courtois, c’est lui qui pour la première fois avait avancé ce chiffre de « 100 millions de morts ».

Ses coauteurs eux-mêmes s’en étaient désolidarisés au motif que ce calcul n’avait aucun sens, qu’il additionnait des événements qui n’avaient rien à voir entre eux, des régimes disparates aux idéologies qui avaient peu en commun. Au-delà du cénacle d’historiens, le débat avait alors pris un tour politique. Le Premier Ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait renvoyé dans les cordes un certain François Bayrou, député d’opposition, qui avait brandi l’ouvrage en séance, en disant devant la représentation nationale sa « fierté d’avoir des ministres communistes ».

Pourquoi ce débat resurgit-il donc aujourd’hui ? Cette diabolisation du « communisme » répond en réalité à une double fonction. D’abord, comme l’indiquait Pierre Vidal-Naquet au moment de la sortie du livre de Courtois, il s’agit de « substituer les crimes du communisme, et pas seulement ceux du stalinisme, à ceux du nazisme comme repoussoir universel » [

Ce n’est donc pas un hasard si cette offensive vient bien souvent des pans de la droite les plus favorables à une alliance avec le Rassemblement national, lui-même héritier du FN dont chacun sait qu’il a été fondé par des Waffen SS. C’est le cas du Maire de Saint-Raphaël : ses liens avec l’édile RN de Fréjus ont été abondamment documentés. Quand on ajoute que Frédéric Boccaletti, député RN du même département, qui a tenu une librairie spécialisée dans la vente de livres négationnistes, s’est précipité pour applaudir l’initiative, on peut dire que la boucle est bouclée. C’est aussi la raison pour laquelle ce type d’offensive risque de se multiplier. Au moment où un pan de la bourgeoisie voit son salut dans une alliance de la droite avec sa frange extrême et où son nouveau chef Bruno Retailleau envisage ouvertement des désistements au profit du RN aux municipales, il faut brouiller les repères hérités de la Seconde guerre mondiale qui avait fait du nazisme le mal absolu.

 

En second lieu, il s’agit avec ce geste non pas seulement de condamner des régimes qui se réclamaient du communisme et l’ont dévoyé, mais de disqualifier l’idée elle-même. Cet aspect avait été relevé dès la sortie du livre de Courtois. C’est, dans cette logique, toute tentative de rupture avec le capitalisme qui est ciblée. Et ce au moment où la légitimité de celui-ci est plus que jamais remise en cause. Non seulement ses promesses de prospérité butent sur le mur de l’accumulation de la pauvreté et des inégalités, mais il est désormais clair que la course au profit met en cause la survie de l’humanité elle-même avec la crise climatique. Il faut donc verrouiller le débat à triple tour, faire taire tous ceux, de plus en plus nombreux, qui perçoivent la folie d’un système qui nous conduit à la ruine, cadenasser le débat politique en un affrontement interne aux partisans du système.

Pour tout cela, ne laissons pas faire !

Tag(s) : #Communisme et démocratie
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