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Lu sur 50 ans après, la dramatique actualité des accords d’Helsinki - L'Humanité

50 ans après, la dramatique actualité des accords d’Helsinki

Il y a cinquante ans, la déflagration entre les blocs occidental et soviétique a pu être désamorcée grâce à une politique de détente qui déboucha sur un système commun de sécurité. Soit tout le contraire du pari de la guerre que font aujourd’hui les principaux dirigeants européens.

 le 31 juillet 2025

Bruno Odent

Elle a 50 ans exactement. Et pourtant sa capacité à produire des relations de paix et de sécurité en Europe est redevenue aujourd’hui l’un des enjeux les plus brûlants du moment. La signature de l’acte final de la conférence d’Helsinki, le 1er août 1975, couronnait une politique de détente en dépit de la guerre froide et de ses logiques d’affrontement.

Une capacité d’écoute et d’ouverture réciproque allait permettre d’échapper à la déflagration nucléaire qui menaçait l’humanité. Ratifiée par quelque 35 pays, l’idée s’imposait que le dialogue et la capacité à faire émerger un intérêt réciproque valaient bien mieux qu’une soumission aveugle et dogmatique aux certitudes militaires, politiques, diplomatiques, idéologiques les mieux établies par les deux blocs : capitaliste d’un côté autour des États-Unis avec leurs alliés occidentaux rassemblés dans l’Alliance atlantique ; socialiste d’État, de l’autre, autour de l’Union soviétique et des pays proches d’Europe de l’Est, soudés, eux, au sein du pacte de Varsovie. Une nouvelle structure multilatérale, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), était dévouée à la mise en œuvre de tout le processus.

Militarisation à tout va

Avec l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990, la donne initiale a été bouleversée. La Russie s’est convertie brusquement à un capitalisme oligarchique. Un certain Vladimir Poutine va mettre en musique politique ses ambitions impériales. Il y sera d’autant mieux incité que, de l’autre côté, l’impérialisme états-unien va manifester un gros intérêt pour les territoires de la Russie, lorgnant classiquement sur ses immenses richesses minières mais aussi sur sa situation géostratégique aux confins d’une Chine dont la montée en puissance rend toujours plus fébriles les défenseurs de l’hégémonisme états-unien.

Les tensions ne vont cesser de s’exacerber. Jusqu’à ce que l’Ukraine en fasse les plus grands frais dans la guerre interimpérialiste par procuration qu’elle subit depuis l’agression enclenchée, il y a plus de trois ans et demi, par le président russe. Les combats sanglants dans les tranchées le long des quelque 1 200 kilomètres de front dans l’est du pays ont déjà fauché plusieurs centaines de milliers de jeunes gens russes ou ukrainiens.

L’escalade, celle-là même qu’ont tenté d’enrayer les promoteurs d’Helsinki, serait la seule issue possible à opposer au maître du Kremlin. Paris, Berlin et Varsovie sont passés en mode militarisation à tout va. Tous les pays de l’Alliance atlantique sont sommés de s’aligner sur un seuil de leurs dépenses militaires porté à 5 % de leur PIB d’ici à 2035, en application des directives reçues d’un Donald Trump qui vient lui-même de porter les dépenses de guerre des États-Unis à un nouveau record (1 000 milliards de dollars).

 

Revenir au choix de la détente

Ce délire belliciste est relayé en Europe par l’usage des informations les plus alarmistes et les moins vérifiées. Alors que le budget militaire russe est déjà inférieur à celui cumulé de la France et de l’Allemagne, toute l’Europe cultive l’élément de langage lancé en faveur de son « réarmement » par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, elle qui a débloqué 850 milliards d’euros pour y satisfaire.

Conséquences : pour lâcher la bride au financement militaire, les pires restrictions sont programmées sur tous les budgets. L’Allemagne de Friedrich Merz veut ainsi réduire ses dépenses pour la dotation citoyenne (Bürgergeld), l’équivalent du RMI, et porter à 70 ans l’âge légal de départ à la retraite. En France, l’éducation, la santé, les services publics sont promis aux pires « purges » austéritaires dans le budget 2026 par le couple Macron-Bayrou.

 

Un retour à la raison peut s’imposer. Des résistances ont commencé à se faire jour en Espagne, dont le gouvernement de gauche a refusé l’ordre reçu de l’Otan d’augmenter de 5 % son budget militaire. Il est temps d’en revenir au choix de la détente, de l’ouverture et de l’intelligence porté par l’Ostpolitik (politique d’ouverture à l’Est) du chancelier allemand Willy Brandt, qui a tant contribué aux accords d’Helsinki.

Et ce n’est pas un hasard si un « manifeste » corédigé par des hauts dirigeants du SPD a déjà recueilli près de 15 000 signatures. Ce texte n’hésite pas à prendre l’exact contre-pied de la militarisation à outrance défendue par le parti pourtant associé au pouvoir à Friedrich Merz, rejoignant Die Linke et d’autres personnalités du mouvement pacifiste allemand. L’esprit d’Helsinki contre la course à l’abîme n’a sans doute jamais été aussi actuel.

 

Tag(s) : #Paix progrès
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