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Lu sur Jours fériés, reste à charge, congés payés et services publics : quatre mesures symboles de la politique de classe de Bayrou - L'Humanité

Jours fériés, reste à charge, congés payés et services publics : quatre mesures symboles de la politique de classe de Bayrou

Avec près de 44 milliards d’euros de coupes sur le dos des services publics, de la Sécu et des plus modestes, la proposition de budget 2026 de l’exécutif tape fort sur les faibles et faiblement sur les plus forts. Une politique de classe synthétisée par quatre mesures.

le 26 juillet 2025

Naïm SakhiCécile RousseauHayet Kechit

 Pas touche aux 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises ni aux 1 128 milliards d’euros de patrimoine accumulés par les 500 plus grandes fortunes de France. François Bayrou cajole les riches et présente l’addition à tous les autres. La santé, les conquis sociaux et les agents publics font les frais de la saignée budgétaire.

Jours fériés : la triple peine

Pour le gouvernement, le déficit public n’est pas dû à une mauvaise gestion de sa part. Mais c’est bien la faute des Français qui se la couleraient douce, leur faible taux d’activité expliquant le manque de création de richesse et nous condamnant à payer à crédit notre modèle social et nos services publics. Obligeons-les à trimer deux jours de plus en leur ôtant deux jours fériés, le 8 mai et le lundi de Pâques. Et 4,2 milliards supplémentaires tomberont dans les caisses de l’État, dixit Matignon. « C’est une triple peine, dénonce Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. On va travailler plus pour gagner moins et se voir supprimer nos droits sociaux. »

Et l’affirmation selon laquelle nous travaillerions 100 heures de moins par an que nos voisins allemands relève du mensonge. Une étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) comparant le temps de travail des personnes actives sur les deux rives du Rhin en 2023 dénombre 1 335 heures par travailleur outre-Rhin, soit 154 heures de moins que dans l’Hexagone (1 489 heures). L’exécutif oublie aussi de préciser qu’avec 11 jours fériés sur une année civile, la France est sous la moyenne européenne de 11,7 selon l’Eures (Services européens de l’emploi).

Congés payés : la 5e semaine sacrifiée

Aux dires de la ministre chargée du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, sur RTL, il ne s’agit plus que d’« une proposition faite aux partenaires sociaux (…). S’ils veulent l’écarter, ils l’écartent ; s’ils veulent négocier, ils négocient ». Il n’en reste pas moins que son idée de monétiser, c’est-à-dire de pouvoir racheter, la cinquième semaine de congés payés demeure comme une contrepartie à l’année blanche pour les impôts et les prestations sociales qui va affaiblir le budget du quotidien des Français.

Selon elle, ce mécanisme relève d’« un objectif d’incitation à augmenter le temps de travail, dans un contexte où déjà quatre salariés sur dix font des heures supplémentaires ». Il pourrait s’inspirer de la monétisation des jours de RTT instaurée en 2022, qui permet aux salariés de se faire payer chaque jour de repos non pris.

 

 

« Ce n’est pas aux salariés eux-mêmes de se payer un peu plus de marge de manœuvre pour boucler les fins de mois en rognant sur leurs congés », a fustigé sur France Inter Marylise Léon pour la CFDT, dénonçant une « horreur ». Pour Denis Gravouil, de la CGT, c’est comme si « le gouvernement proposait à des mères de familles monoparentales et en temps partiel de renoncer à une semaine de congé avec leurs enfants pour gagner un peu plus d’argent ». Le secrétaire confédéral CGT souligne que la mesure est plébiscitée par un patronat « revanchard et poujadiste qui souhaite faire table rase des avancées sociales permises par le programme commun ».

Santé : l’explosion du reste à charge

« La santé ne peut pas être un marché sur lequel les consommateurs peuvent être sans frein », a lancé François Bayrou le 15 juillet, accusant les malades d’abuser des soins médicaux. Un discours à rebours de la réalité. Depuis des années, leur reste à charge pour se soigner sur prescription a explosé. Si bien que le doublement du plafond de la franchise médicale annoncé par le premier ministre, passant de 50 à 100 euros, s’additionne à une longue liste « d’efforts » imposés par les exécutifs successifs d’Emmanuel Macron.

En 2024, la participation forfaitaire de 1 euro lors d’une consultation, d’un acte réalisé par un médecin ou d’une analyse avait été doublée. Même tarif pour la franchise médicale, passée de 50 centimes à 1 euro sur les médicaments et de 2 à 4 euros pour les transports sanitaires. Les patients en affection de longue durée (ALD), ciblés par François Bayrou et son exclusion du remboursement à 100 % des médicaments sans lien avec l’affection déclarée, avaient déjà été percutés de plein fouet par ces mesures passées.

Mis bout à bout, les différents déremboursements et augmentations font grimper le reste à charge des patients, qui s’élèverait en moyenne à 274 euros annuels par personne avait calculé l’assurance-maladie en 2024. La fédération d’associations France assos santé estime qu’en tenant compte des coûts cachés il serait plutôt de 2 000 euros. Mais la privation des soins constitue la pire conséquence : selon un sondage Ifop réalisé en 2023, 37 % des Français avaient ces dernières années déjà renoncé à un soin ou à un équipement médical, notamment pour des raisons financières.

Services publics : appauvris pour « montrer l’exemple »

En ces temps de rigueur décrétée, les agents de la fonction publique d’État (exceptés ceux de la défense) sont sommés de « montrer l’exemple ». Ils seront donc les premiers à se serrer la ceinture durant les quatre prochaines années que dure ce plan d’austérité. Bayrou appelle ça le « contrôle de la masse salariale de l’État ». Trois mille postes de la fonction publique d’État seront supprimés dès 2026 (les emplois d’élèves professeurs créés dans le cadre de la réforme de la formation des enseignants sont exemptés), auxquels s’ajoutent entre 1 000 et 1 500 emplois détruits parmi les opérateurs et agences de l’État. Et, dès 2027, un agent sur trois partant à la retraite ne sera pas remplacé.

« Si on se base sur le dernier rapport annuel de la direction générale de 2024, il y a eu 70 000 départs à la retraite sur l’année 2022. Donc, si on ne remplace pas un agent sur trois, ce ne seront pas 3 000 emplois en moins, mais 24 000 dès 2027 », chiffre Christian Grolier, de Force ouvrière. Sans compter les coupes dans les effectifs que devront s’imposer les collectivités locales, sommées de participer à hauteur de 5,3 milliards d’économies.

À cela s’ajoutent deux « années blanches ». D’une part, un gel salarial pour la troisième année consécutive ; d’autre part, les fonctionnaires étant des contribuables comme les autres, ils n’échapperont ni à l’année blanche fiscale, synonyme d’augmentation des impôts sur le revenu pour certains, ni à celle pour les prestations sociales, qui ne seront pas revalorisées en fonction de l’inflation.

  

Tag(s) : #Austérité, #Luttes sociales
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