Promis à grand renfort de communication, le legs matériel et immatériel des Jeux censé profiter à toute la nation est loin d’être évident hormis quelques équipements en Seine-Saint-Denis. Les coupes budgétaires du budget des sports ont accéléré ce délitement.
le 23 juillet 2025
C’est un terme que l’on a beaucoup entendu avant, pendant et après les JO de Paris 2024. Mot-valise très pratique dans lequel on peut tout mettre, l’héritage comprend le matériel et l’immatériel. Des voies cyclables en Seine-Saint-Denis à la campagne « Bouge ! 30 minutes chaque jour », en passant par le village olympique transformé en logements : tout a été qualifié d’héritage.
Un legs « utilisé comme un élément de légitimité pour organiser un événement tel que les JO et qui constitue un vrai rempart permettant de justifier tout ce qui est fait », explique Michaël Attali, historien du sport à l’université Rennes II et auteur en 2021 de l’ouvrage Héritage social d’un événement sportif : Enjeux contemporains et analyses scientifiques.
En Seine-Saint-Denis, seuls quelques équipements demeurent
Un an après les Jeux, cet héritage promis, présenté sous son meilleur jour à grand renfort de communication, laisse un goût amer. Au niveau matériel, « il reste des choses essentiellement en Seine-Saint-Denis », observe le chercheur.
Le département le plus pauvre de France a en effet gagné quelques équipements et piscines, à l’image du bassin olympique de Paris la Défense Arena, installé à Sevran, et dont l’inauguration est prévue début 2026, ou le Centre aquatique olympique qui vient d’ouvrir au public à Saint-Denis.
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« Ailleurs, les Jeux n’ont pas eu un effet d’aspiration », alors que des épreuves se sont déroulées à Châteauroux (tir) et Marseille (voile). Dans le budget du comité d’organisation des JOP, l’héritage était doté de 50 millions d’euros sur un total de 4,4 milliards. Heureusement, les collectivités locales et l’État y ont participé.
Ce dernier a beaucoup communiqué sur un plan doté de seulement 200 millions d’euros pour la construction de 5 500 terrains de sport de proximité en France, dont « 68 % en territoire rural carencé » alors que c’est plusieurs milliards d’euros qu’il aurait fallu injecter pour remettre à niveau un parc vieillissant d’équipements sportifs (300 000 infrastructures) dont plus d’un tiers date d’avant 1985 (62 % pour les 4 000 piscines).
« On veut donner aux JO un rôle pour lequel ils ne sont pas faits », pointe Michaël Attali, alors que de nombreux pays ou villes ne veulent plus se porter candidat.
La pratique sportive connaît déjà une baisse
À la rentrée scolaire, plusieurs milliers d’enfants sont restés à la porte des clubs faute de places ou d’équipements. Quant aux trente minutes d’activité physique en primaire, elles sont appliquées par moins de la moitié des écoles, les instituteurs n’étant pas formés pour ça.
Sur la pratique sportive, autre héritage immatériel promis, le nombre global de licences a augmenté de 5 %, mais il est déjà en train de chuter. « Tous les retours d’associations et de clubs montrent qu’on revient à l’état antérieur avant les Jeux », indique le professeur des universités.
La douche froide budgétaire post-JO a vite relégué aux oubliettes l’objectif d’Emmanuel Macron de faire de la France une « nation sportive ». Au final, la « mission sport » du ministère a été dotée pour 2025 d’un budget de 593 millions d’euros, contre 775 millions en 2024. Mais le pire est à venir.
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« Le plafond de crédits envisagés au sein du périmètre des dépenses de l’État prévoit une nouvelle baisse drastique de 17,6 % des crédits alloués au sport, à la jeunesse et à la vie associative », s’étrangle le Comité national olympique et sportif français (Cnosf) à l’approche du premier anniversaire des JO alors que le budget ne représente que 0,10 % du budget de l’État.
Suppression du pass Sport : le coup de grâce
Dans ce contexte, l’exclusion des 6-13 ans du pass Sport (50 euros), dès la rentrée, passe mal (sous conditions de ressources pour les 14-17 ans) alors qu’il constitue une aide pour 1,6 million de personnes. Une suppression qui permet de réaliser 40 millions d’euros d’économie, quand l’État cherche 40 milliards.
« Chez nous, le nombre de bénéficiaires du pass Sport en 2024 était de 119 212, soit environ 20 % de nos licenciés, souligne David Inquel, vice-président de la Fédération française de judo. Comme toutes les grosses fédérations de mineurs pratiquants, notre cœur de cible est touché de plein fouet. »
Gommée par ce dispositif, la discrimination financière va ressurgir et une rupture dans l’accès précoce à la pratique sportive est à craindre. « Avec l’arrêt du pass Sport, il semble assez évident que, dans les quartiers prioritaires, les jeunes ne reviendront plus dans un club alors que l’on connaît toutes les vertus du judo et du sport en général pour des gamins en quête de repères. »
Une décision à rebours des ambitions portées pour la jeunesse en termes de santé publique, d’inclusion et de cohésion nationale. « Toutes les fondations de l’héritage sont ébranlées par un État en retrait, des financements croisés des régions et départements fragilisés, un bloc communal sous tension financière et une conjoncture économique délicate », s’inquiète Catherine Léonidas, vice-présidente de l’Association nationale des élus en charge du sport.
Le Cnosf, lui, fustige un « déclassement » et appelle le monde du sport à s’unir contre ces coupes. « À travers ce projet de loi de finances 2026, c’est toute une génération, tout un modèle, tout un héritage que l’on piétine, déplore l’instance. Les Jeux n’auront duré qu’un été alors que leur promesse, elle, devrait vivre encore longtemps. »
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