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Lu sur Ce qui doit suivre la reconnaissance de l’État de Palestine - La chronique de Francis Wurtz - 6 juin 2025 | L'Humanité : lire, agir

Ce qui doit suivre la reconnaissance de l’État de Palestine

le 6 juin 2025

Par Francis Wurtz, député honoraire du Parlement européen

Le jour de l’ouverture de la conférence des Nations unies sur l’État de Palestine approche. Le fait que le président français copréside l’événement nous réjouit en même temps qu’il nous inquiète. Cela pourrait amorcer le retour tant espéré d’une politique digne et courageuse de la France au Proche-Orient. À l’inverse, rien ne serait pire qu’un « coup » diplomatique sans lendemain. N’insultons pas l’avenir, mais restons lucides et vigilants.

Rappelons que ce projet de rencontre est le fruit d’une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée en décembre 2024, visant à réinscrire à l’agenda international « la mise en œuvre de la solution à deux États ». C’est à l’aune de cette ambition que sera jugée la contribution française à la conférence. Revenir sur l’engagement de la reconnaissance de l’État de Palestine ferait perdre au chef de l’État toute crédibilité internationale : on peut donc espérer ne pas en arriver là. Mais la seule reconnaissance de l’État de Palestine ne fera pas le compte. 149 États l’ont fait avant Paris… Comme l’a fort justement rappelé Avraham Burg, ancien président de la Knesset, courageusement engagé en faveur du plein respect des droits fondamentaux du peuple palestinien : « Reconnaître la Palestine n’est pas l’aboutissement mais le début d’un processus. (1) »

Comment envisager, dès lors, les lendemains de cette (éventuelle) reconnaissance par la France ? C’est d’un changement radical de logiciel concernant la cause palestinienne qu’il s’agit. Jusqu’ici, la plupart des dirigeants européens estimaient leur devoir accompli en publiant, après chaque crime de masse du pouvoir israélien, un communiqué appelant « chaque partie à la modération » (occupants et occupés) et rappelant « la constance de l’Europe en faveur de la solution à deux États » (sur le papier). Et puis, « business as usual », c’est-à-dire rien, si ce n’est la poursuite de l’impunité garantie à Israël, « seul État non européen à participer à tous les programmes de l’UE » (Javier Solana, ex-chef de la diplomatie européenne). Ce que doit signifier la reconnaissance de l’État de Palestine, c’est une claire rupture avec cette stratégie hypocrite qui a contribué au fiasco que l’on sait.

Le pouvoir israélien met en œuvre de longue date, au vu et au su des dirigeants européens, une stratégie visant à empêcher coûte que coûte la création d’un État palestinien viable. Annexion de Jérusalem-Est, colonisation à marche forcée de la Cisjordanie, et maintenant destruction et tentative de « reconquête » de Gaza : Benyamin Netanyahou ne cache pas que son objectif est de créer les conditions d’une seconde « Nakba » et d’une extension du contrôle par Israël à toute la Palestine. Mettre définitivement en échec chaque élément de cette stratégie est une condition sine qua non de la crédibilité du projet de solution à deux États. Tel est le défi à relever. Il est aux antipodes de l’insupportable pratique européenne du deux poids, deux mesures, qui, au nom d’une « solidarité occidentale » non dite, exonère Israël des règles applicables à d’autres États agresseurs, jusqu’à conduire certains pays à livrer des armes à un chef de guerre prêt à pratiquer un génocide pour arriver à ses fins.

 

Il s’agit donc pour la France, sans attendre une impossible unanimité des Vingt-sept sur ces objectifs, de forger un partenariat fort et déterminé avec le plus grand nombre possible de pays pour susciter une puissante mobilisation internationale et offrir enfin une chance à une paix juste et durable au Proche-Orient.

(1) Lire « l’Humanité magazine » du 28 mai 2025.

Tag(s) : #Gaza Palestine
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