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Publié le
Lundi 7 Novembre 2022
 

La ministre de la Recherche, Sylvie Retailleau, aurait fait un bide. En Conseil des ministres, elle aurait tenté en quelques phrases d’expliquer la science d’Alain Aspect, Nobel 2022 de physique. Le président aurait avoué ne pas avoir saisi ce « mystère ». Gageons qu’une tout autre réponse aurait été faite si Rima Abdul-Malak, la ministre de la Culture, s’était lancée sur la récipiendaire du Nobel de littérature, Annie Ernaux. Soyons honnêtes, l’intrication quantique, c’est coton. Mais l’anecdote est significative. Autour de la table, personne ne pouvait suivre. Et j’ai connu des ministres de la Recherche qui n’auraient pas osé se lancer, même sur le mode vulgarisé, alors que tout un chacun a carrément une opinion sur notre Nobel de littérature. Est-ce grave ? Considérons deux décisions récentes du pouvoir politique : après avoir fait plancher deux heures la climatologue Valérie Masson-Delmotte devant le gouvernement, former 25 000 cadres de la fonction publique aux enjeux du changement climatique, et celle de Sylvie Retailleau demandant à tous les établissements d’enseignement supérieur de former tous leurs étudiants à ces enjeux. Trente-deux ans après le premier rapport du Giec, il était presque temps, pourrait-on ironiser.

Ces actions visant à mettre de la science dans les têtes chargées des décisions politiques, administratives et de la jeunesse instruite soulignent à quel point celle-ci n’occupe pas dans notre culture commune la place que les défis contemporains exigent. Les physiciens spécialistes de l’énergie ou les géologues des ressources minières ont le sentiment que les responsables politiques ignorent les ordres de grandeur en jeu dans ces domaines, comme nombre de journalistes et de citoyens. Tout est donc en place pour des choix néfastes fondés sur la méconnaissance des réalités naturelles ou des possibilités et limites des technologies. Ainsi que pour la manipulation des esprits par des forces politiques mues par leurs idéologies ou des intérêts économiques et financiers.

Parer ce danger ne s’obtiendra pas sans une mobilisation d’ampleur inédite au service de la mise en culture commune des sciences et techniques. Le pouvoir politique actuel a-t-il vraiment cet objectif émancipateur ? Sa politique culturelle booste la télévision de caniveau, l’école et les universités sont sous-financées, la science n’y est guère soutenue – Alain Aspect n’a pas manqué de le souligner – et on manque de profs de maths et de physique. La réponse est non, manifestement.

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