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Au Royaume-Uni : trois jours de grève qui sèment un vent de panique

La lutte se préparait depuis des mois : face au gel des salaires et aux menaces sur l’emploi, les cheminots britanniques ouvrent un conflit inédit. À ce stade, le gouvernement Johnson répond par la surenchère antisociale.

Publié le
Mardi 21 Juin 2022
À Londres, le 18 juin, lors de la manifestation organisée par la confédération britannique TUC. hollie adams / getty / Afp
À Londres, le 18 juin, lors de la manifestation organisée par la confédération britannique TUC. hollie adams / getty / Afp
Getty Images via AFP
 

Ce sont trois petites journées de grève qui, outre-Manche, sèment un vent de panique parce qu’elles pourraient annoncer une saison estivale de luttes, largement inédites depuis des décennies au Royaume-Uni. Mardi, jeudi et samedi, des dizaines de milliers de cheminots britanniques vont, à l’appel du syndicat RMT, arrêter le travail.

Sur les grandes lignes et les trains régionaux, presque tous gérés par des opérateurs privés, comme dans le métro de Londres, les effets promettent de se faire sentir : service réduit à la portion congrue, plages horaires de circulation très restreintes… Le mouvement pourrait constituer un pic jamais atteint depuis la grande grève du ferroviaire en 1989, quelques années après que Margaret Thatcher avait, malgré leur héroïsme, écrasé les mineurs !

Les compagnies continuent de faire des profits

Sur fond de gel depuis des années et d’explosion de l’inflation, l’augmentation des salaires s’impose comme la revendication prioritaire pour les cheminots. Ces derniers mois, les fédérations syndicales – RMT, mais aussi TSSA et Aslef, qui organisent notamment les personnels de maintenance et les agents de conduite – ont réclamé, sans succès, l’ouverture de négociations sur le sujet auprès des différentes entreprises d’un secteur complètement éclaté par la privatisation. Beaucoup n’ont même pas répondu aux demandes et les rares qui ont eu cette courtoisie ont tenté de convaincre qu’après la crise du Covid, elles n’avaient pas les moyens de faire quoi que ce soit.

Rien n’est plus faux pour les syndicalistes, qui lorgnent les profits de ces compagnies largement aidées par des fonds publics pendant la pandémie et même avant : l’habitude de socialiser les pertes des entreprises privées du rail britannique est tenace…

 

Autre sujet de colère sociale pour les cheminots : le projet de restructuration des sites de maintenance ferroviaire et de fermeture des guichets, qui occasionnerait la suppression de milliers d’emplois.

« Les cheminots ont été traités d’une manière épouvantable, s’indigne Mick Lynch, le secrétaire général de RMT. Nous sommes en pleine crise du pouvoir d’achat et il est complètement inacceptable de laisser les cheminots courir le risque de perdre leurs emplois ou les voir subir une année supplémentaire de gel salarial, quand l’inflation est à 11,1 % et qu’elle continue de grimper… »

Pour le syndicaliste, qui, jusqu’au bout, a réclamé une rencontre avec les ministres chargés des Finances et des Transports, l’heure est venue de paralyser le trafic au Royaume-Uni. « Les entreprises du secteur réalisent au bas mot 500 millions de livres sterling (581 millions d’euros) de profits par an, et au sommet de ces entreprises, les gros poissons ont reçu des millions en salaires en pleine pandémie de Covid. C’est cette injustice qui nourrit l’exaspération de nos adhérents, et alimente leur détermination à gagner sur leurs revendications. »

Les rengaines sur les « otages de la grève »

La menace n’est pas émise à la légère. Dans la foulée de cette première grève, d’autres pourraient suivre : par exemple, la fédération TSSA est en train d’organiser la consultation de ses membres en vue de nouveaux préavis, en juillet, chez Network Rail, l’entreprise privée chargée de la gestion et de l’entretien du réseau ferroviaire au Royaume-Uni. « Nous pourrions connaître un été de la colère dans les chemins de fer si Network Rail n’a pas la présence d’esprit de venir autour d’une table afin de prendre en compte les revendications de ses personnels, note Manuel Cortes, le secrétaire général du syndicat. Les grands patrons ont jusqu’à présent refusé toutes les demandes pourtant parfaitement raisonnables. Il ne faut pas qu’ils se méprennent : nous sommes prêts pour toutes les options, y compris des actions de grève coordonnées. »

Après un galop d’essai, interprofessionnel, sur le pouvoir d’achat, organisé samedi par la confédération britannique TUC sous la forme d’une manifestation dans le centre de Londres, le gouvernement de Boris Johnson met en avant sa poigne de fer, multipliant les rengaines sur les « otages de la grève ».

Ministre des Transports, Grant Shapps, qui avait, contraint et forcé, condamné le spectaculaire tour de passe-passe antisocial chez P&O – en quelques minutes, en mars, la compagnie de ferries avait remplacé ses équipages par des intérimaires –, ose proposer d’affecter des agents en contrats temporaires sur les postes des cheminots grévistes. De quoi doper la détermination de ces derniers. « Ces menaces contre le droit de grève le plus élémentaire sont honteuses », rétorque Mick Lynch, le dirigeant de RMT, qui observe la solidarité se répandre dans tout le pays. Au Royaume-Uni, le bras de fer commence, il pourrait être dur, long et contagieux. 

Tag(s) : #Luttes sociales
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