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Militantisme. Les Sleeping Giants font fuir la publicité des médias d’extrême droite
Mardi 15 Juin 2021

Ce collectif prévient les annonceurs de leur présence sur des sites d’info ultradroitiers. L’objectif : assécher les recettes publicitaires de ces derniers. Valeurs actuelles et CNews portent plainte.

 

Pour combattre « la haine et l ’emprise des fake news » dans le champ médiatique français, ils ont choisi d’alerter les annonceurs via les réseaux sociaux. Eux, ce sont les Sleeping Giants (géants endormis), émanation d’un mouvement américain né après l’élection de Donald Trump pour lutter contre « la prolifération d’informations racistes, sexistes, xénophobes, homophobes et antisémites ». Leurs armes ? L’alerte et la persuasion. « Nous informons poliment les annonceurs qui voient leur marque apparaître sur des sites véhiculant la haine et dont nous pensons qu’ils ne correspondent pas à leurs valeurs », explique Rachel, cofondatrice du mouvement français. Car, aujourd’hui, par le biais de la publicité programmatique, une marque n’a que peu de regard sur la mise en ligne de son image. Ainsi, de grandes marques comme Renault ou Decathlon peuvent voir leur nom directement associé à un discours haineux d’Éric Zemmour, polémiste condamné à plusieurs reprises, mais toujours maintenu à l’antenne par CNews et Paris Première, et qu’elles financent à leur insu.

Des résultats étourdissants

L’alerte sur Twitter n’est faite qu’une seule fois pour ne pas verser dans le harcèlement en ligne. Si l’entreprise accepte de faire retirer ses publicités par la régie prestataire, elle est félicitée et voit son image valorisée. Si elle décide de les maintenir, elle n’est pas pointée du doigt, l’affaire est close. « Nous sommes dans le signalement et la bienveillance », insiste Rachel. Et les résultats, vérifiables sur le compte Twitter des Giants, sont étourdissants. À ce jour, des centaines d’annonceurs ont déjà retiré leur empreinte de sites comme ceux du journal conspirationniste France Soir, des chaînes ultradroitières CNews et Paris Première ou encore du blog d’extrême droite Boulevard Voltaire ; Valeurs actuelles ayant vu, de son côté, la régie qui lui rapportait 1 million d’euros par an claquer la porte. « Pour bien me faire comprendre, tout journaliste peut produire une fake news en toute bonne foi, ce n’est pas le problème. Mais un média ne peut pas en faire sa ligne éditoriale et inciter à la haine en permanence », précise Rachel.

Intimidations

Les entreprises, elles, « ont compris qu’elles ne pouvaient plus seulement vendre un produit sans travailler leur image et leur positionnement », pense Rachel. « Après quatre années d’activité, nous sommes toujours émus par les résultats obtenus. » Une démarche tellement productive que certaines enseignes, en messagerie privée, continuent d’échanger et de leur demander des conseils.

Côté médias, deux enseignes pâtissent particulièrement de l’action des Giants : Valeurs actuelles et CNews. Elles viennent d’annoncer qu’elles vont poursuivre le collectif en justice pour entrave à leur activité économique. Effet d’annonce ou réalité, ces plaintes n’auraient, selon Rachel, qu’une visée détournée : « Nous intimider, obtenir nos identités et les jeter en pâture », l’ensemble des militants, pour des raisons de sécurité, étant anonyme.

Dans leur action en justice, les deux médias visés par les Giants pourront compter sur le soutien moral de Marine Le Pen et d’Emmanuelle Ménard, les deux députées RN opposées au collectif. Mais aussi d’un certain Florian Bachelier, député LaREM, qui, avec un discours rappelant la droite de la droite, milite pour que l’action du mouvement Sleeping Giants soit interdite au nom de la protection de l’activité économique et de la sauvegarde de l’emploi. Une position qui semble minoritaire au sein même de son groupe politique, mais que ne souhaitent pas commenter les Giants, rappelant le côté totalement apolitique de leur engagement.

Tag(s) : #luttes citoyennes
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