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Un macroniste rembourse toujours, mais tend la facture aux Français
Mercredi 24 Mars 2021

Au prétexte que la crise sanitaire a creusé les finances publiques, la majorité compte régler la créance grâce à l’austérité. Elle rejette au passage toute annulation de la dette Covid, un tabou chez les libéraux.

 

Ce qui devait arriver arriva. En plaçant, début décembre, l’ancien ministre de l’Économie (1995-1997) Jean Arthuis à la tête d’une commission « pour l’avenir des finances publiques » déjà composée de libéraux pur jus, le gouvernement n’avait aucun doute sur la nature des préconisations qu’il n’allait pas tarder à recevoir. Et l’exécutif ne s’est pas trompé : ô surprise, les dix membres de ladite commission plaident pour davantage de « maîtrise de la dépense publique ». Soit exactement le programme que comptait déjà appliquer Bruno Le Maire pour résorber la dette de l’État qui, selon son ministère, a augmenté de 215 milliards d’euros à cause de la pandémie pour atteindre environ 120 % du PIB.

Une aubaine pour les apôtres de la privatisation

« Je suis favorable à ce que nous réfléchissions à la mise en place d’une règle pluriannuelle pour stabiliser la dépense publique », a expliqué l’actuel locataire de Bercy aux sénateurs, le 2 mars. Concrètement, l’air de rien, Bruno Le Maire annonce le retour de l’austérité. Aux voix qui s’élèvent à gauche pour demander l’annulation de la dette Covid, le ministre de l’Économie oppose aussi une fin de non-recevoir catégorique : « La France remboursera sa dette publique. »

Dans un document rédigé par une « task force » chargée de réfléchir à la question, la République en marche (LaREM) appuie le ministre en rangeant l’annulation de la dette dans la case des « slogans faciles, mais contre-productifs » au motif qu’elle serait « un signal alarmant » envoyé « aux marchés sur l’état de nos finances publiques ». En réalité, une telle mesure n’a jamais été une option tant elle est hors du logiciel LaREM. Car, selon un adage emprunté à la série Game of Thrones et transposé au monde réel, « un macroniste paie toujours ses dettes »… pour mieux imposer ses réformes. En cela, la majorité présidentielle ne diffère en rien du parti « Les Républicains », ni même de Marine Le Pen, qui reprend le projet procapitaliste de son père : « À partir du moment où un État souverain fait appel à une source de financement extérieure, sa parole est d’airain. Il s’organise pour rembourser sa dette contre vents et marées », écrit-elle dans une tribune parue dans l’Opinion.

Qui va alors éponger ? Mi-janvier, le ministre délégué aux Comptes publics, Olivier Dussopt, a répondu : « Ce sont les Français qui vont payer la dette issue de cette crise sanitaire. » Mais pas « par l’impôt », complète Bruno Le Maire. Y compris pour les plus riches et les grandes entreprises (pour rappel, le CAC 40 a déjà retrouvé son niveau d’avant-crise). Si ce n’est pas par une fiscalité plus juste, les Français paieront par la rigueur budgétaire. Le ministre de l’Économie est persuadé de tenir sa recette miracle : « Les trois manières (de rembourser) sont les réformes de structure, la croissance et la responsabilité sur les finances publiques. »

La dette a d’ailleurs bon dos : elle est presque une aubaine pour les apôtres de la privatisation. Un autre chemin est possible (lire ci-contre) mais, appliquant à la lettre leur doxa, les jansénistes budgétaires choisissent délibérément de l’ignorer pour vendre les bijoux de famille (ADP, projet Hercule…) et démanteler le système de protection sociale via les réformes de l’assurance-chômage et des retraites, qui ont in fine toutes deux vocation à entrer prochainement en vigueur. Non pas parce qu’elles seraient « plus justes », comme le promet la Macronie, mais bien pour que la France s’acquitte de sa dette « quoi qu’il en coûte ».

Tag(s) : #Coronavirus
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