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Un échec envisageable

Pour toutes les raisons exposées (échecs des prédécesseurs, démarche chaotique, rapport médiocre, contexte dégradé), un échec du Président de la République est aujourd’hui possible sinon prévisible. La réforme dite de l’État, de la fonction publique et du statut général des fonctionnaires qui devait être bouclée au Parlement avant la fin 2018, a été reportée à la fin du premier semestre 2019, au moment des élections européennes et à un an des élections municipales alors que les associations d’élus locaux manifestent une opposition résolue au président. Dans l’immédiat, on notera la faiblesse relative des décisions prises en application des engagements présidentiels : réduction seulement de 6 000 emplois de fonctionnaires de l’État sur deux ans (sur un engagement de 50 000 pour le quinquennat), réduction des 3 points du taux de la dépense publique par rapport au produit intérieur brut PIB, actuellement 57%) et de 1 point du taux des prélèvements obligatoires (actuellement 45% du PIB). Les enquêtes montrent que le Français conservent majoritairement une bonne opinion des services publics et des fonctionnaires. Et on ne saurait exclure un développement du mouvement revendicatif.

Ainsi, les évolutions récentes ne contredisent pas les tendances lourdes de l’expansion pluriséculaire de l’administration. Celle-ci tient tout d’abord à la sécularisation du pouvoir politique depuis la fin du Moyen Âge conduisant à une autonomisation de l’appareil d’État. C’est ensuite une socialisation des financements des besoins fondamentaux et de la cohésion sociale entrainant une croissance du nombre des agents publics., la France n’étant pas à cet égard en position atypique Enfin, c’est une maturation et une théorisation de concepts et de principes : intérêt général, service public, fonction publique[5]. Ce constat des tendances lourdes qu’aucun gouvernement n’est parvenu à renverser entraine l’obligation d’en assurer la perpétuation en mettant en place les chantiers de la modernisation du service public et de la fonction publique : la gestion prévisionnelle des effectifs et des compétences, l’organisation de multi-carrières, la circonscription du recours aux contractuels, l’égalité femmes-hommes, le développement d’un dialogue social authentique, la gestion du numérique, l’essor de relations internationales entre services publiques, etc. Ces chantiers sont étroitement liés à deux autres actions publiques majeures : la restauration de la propriété publique et la définition d’un statut législatif .des travailleurs salariés du secteur privé[6].

Cette problématique doit être placée dans le contexte actuel d’une décomposition sociale profonde, au sein d’une « métamorphose » selon l’expression d’Edgard Morin. Il s’agit d’une transition entre un XXe siècle « prométhéen » et un XXIe _ siècle largement indéterminé. Pour certain le capitalisme l’aurait définitivement emporté, le néolibéralisme serait un horizon indépassable, ce serai la « fin de l’histoire » selon l’auteur américain Francis Fukuyama. L’affaissement idéologique de ces tenants du vieux monde prend, en France, la forme d’une interrogation récurrente : qu’est-ce que le macronisme ? Or, la nouvelle civilisation apparaît déjà comme celle des interdépendances, des interconnections, des coopérations, des solidarités qui se traduisent en France par la notion de service public. Il y a là, la perspective d’un « âge d’or »’ du service public[7]. Il faut donc tourner e dos à la fatalité et réfléchir à la stratégie des temps nouveaux.

[1] 1Anicet Le Pors, « Une machine de guerre contre le service public », l’Humanité, 3-4-6 novembre 2017.

[2] Le POINT, 31 août 2017.

[3] CAP 22 ? Service public, se réinventer pour mieux servir, juin 2018

[4] Anicet Le Pors, « Emmanuel Macron : cet homme est dangereux », Mediapart, 5 mai 2017.

[5] Anicet Le Pors, « Les fonctionnaire, voilà l’ennemi » Le Monde diplomatique, avril 2018 (cf. blog).

[6] Voir le détail des propositions faites à l’occasion de mon audition au CESE (cf. blog).

[7] Anicet Le Pors et Gérard Aschieri, La fonction publique du XXIe siècle, Éditions de l’Atelier, 2015.

Lu sur http://anicetlepors.blog.lemonde.fr/

Tag(s) : #Service public

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