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 Par Pierre Jacquemain | 16 janvier 2018

Premier JT de Le Média : on regardera à nouveau ce soir...

Chaque jour, un membre de la rédaction de Regards prend la plume pour livrer son humeur. Mardi, c’est au tour de Pierre Jacquemain... qui nous décortique le premier 20h de Le Média.

C’était un 20h attendu. Un 20h alternatif. L’autre 20h. Celui qui en casserait les codes, les us et les coutumes des médias mainstream – et même si ces derniers jours, reconnaissons-le, c’est grâce à ces derniers qu’on en a surtout entendu parler. On était donc au rendez-vous. Connecté sur le smartphone. Haut débit. Tablettes et autres ordinateurs pour assister au lancement de Le Média. 20h donc. La rédactrice en cheffe et présentatrice du journal, Aude Rossigneux, lance d’un ton assuré : « Le 20h s’est échappé de la télé, vous regardez le tout premier journal du média, bonsoir à tous ». On est excité. Vraiment !

Entourée de deux femmes, journalistes elles-aussi, on aperçoit quelques silhouettes figées en arrière-plan, dont celui de la journaliste et essayiste Aude Lancelin – qui animera dans les jours prochains un rendez-vous consacré aux débats intellectuels. On a hâte. L’univers est feutré, sobre, mais chaleureux. L’habillage sonore reste discret. L’ensemble manque un peu de rythme. Et si, malgré un casting et un décor rafraichissants, on peut regretter que le plateau soit aussi peu coloré que le monde médiatique en général – mais ce n’était que le premier grand soir –, la promesse d’un traitement différencié de l’actualité tient largement en haleine.

Aude Rossigneux se lance dans un premier tour d’actualité, face caméra enchainant les sujets : il est question de « sélection à l’université », du séminaire des députés de la majorité sur le projet de loi « Asile et immigration », de la condamnation pour favoritisme de Mathieu Gallet, actuel président de Radio France, du déplacement de Macron à Calais, de son plan pénitencier et des candidats au PS. Voilà pour l’actualité nationale. À l’international, il est question des frondeurs socio-démocrates en Allemagne, de Carillion, géant du BTP anglais qui négocie sa survie et des emplois menacés, des attentats suicides à Bagdad (via images AFP), du procès d’Ahed Tamimi en Israël, des commémorations de la révolution de Jasmin en Tunisie, de la mort de Jean Salem et enfin de Martin Luther King qui aurait fêté hier ses 89 ans.

Pas de traitement de l’actualité sociale

Et l’on cherche les informations que l’on n’aurait pas lues, vues ou entendues ailleurs… en vain. Rien sur le procès de Philippe Poutou et des ouvriers de Ford pour les dégradations du Salon de l’Automobile qui s’ouvrait lundi. Rien non plus sur le 91ème jour de grève des salariés du Holiday Inn de Clichy ou du 144ème jour de grève des salariés de McDonald de Villefranche-de-Rouergue. Rien non plus sur la mobilisation des personnels hospitaliers, dont les effectifs et les moyens sont rabotés, contre la visite hier de la ministre de la Santé à Poissy. Un agenda social absent de ce premier JT. Dommage.

La première surprise intervient sans doute lors du lancement du premier sujet du premier JT qui est consacré à l’égalité salariale femmes/hommes. Pas banal. Et c’est tant mieux. Quelques rappels précieux y sont présentés. Comme celui de dire que la loi sur l’égalité salariale existe depuis longtemps et « qu’elle n’est tout simplement pas appliquée », comme le rappelle la jeune journaliste Virginie Cresci. Utile. Ce long premier sujet est suivi d’un décryptage de la situation en Iran, dans lequel le correspondant à Beyrouth interroge l’après-Khamenei, images à l’appui.

Puis vient le tour de Catherine Kirpach, troisième journaliste sur le plateau, qui est invitée à présenter un sujet sur la situation des réfugiés et des migrants à la frontière franco-italienne. Une carte animée et légendée vient compléter le propos de la journaliste qui est allée recueillir le témoignage du président de la Ligue des Droits de l’Homme de la région PACA. La séquence, pédagogique, est réussie. Sans doute est-ce la séquence la plus « professionnelle » de ce premier JT. Enfin pour conclure, Aude Rossigneux, offre aux internautes un entretien avec l’un des « patrons » de Le Media, le « socio » Bruno Gaccio. L’ex-auteur des Guignols de Canal + (chaîne privée dont il faut rappeler les débuts difficiles) ramène un peu de spontanéité à ce programme d’un nouveau genre et fait apparaitre, un peu tardivement, une Aude Rossigneux souriante et plutôt à l’aise avec l’exercice. Ouf ! Ça peut prendre. Ça va prendre.

Tout vient à point à qui sait attendre ?

Sans transition, c’est la fin du JT. On reste tout de même sur sa faim. Il a manqué un peu de rythme. D’un invité inattendu – fut-il politique, intellectuel, artistique, syndicaliste ou d’une association pour lequel Le Media aurait donné de la voix et de la visibilité. Du genre de ceux – et celles – que l’on n’entend pas ou peu, ailleurs – sur les médias mainstream. Une parole de réfugiés. De femmes employées à temps partiel imposé. D’un étudiant ou d’un lycéen – au vu de l’actualité. Ou que sais-je encore. Mais ça va venir, nous promet-on à la rédaction de Le Média.

Et de se dire qu’honnêtement, le rendez-vous n’a suscité ni enthousiasme, ni déception, ni rejet. Mais au contraire qu’il a réveillé toute notre curiosité. Parce que leurs initiateurs et concepteurs – et les « socios » qui les accompagnent – ont raison sur l’objectif : inventer, innover, essayer. Faire et dire différemment. Du pluralisme, de l’originalité, de l’humour, de la créativité. Il faut à présent oser. Se lâcher. Avec sérieux. Nul doute qu’ils y parviendront. Le public est là. Il est nombreux et il attend.

Le Média existe et c’est une bonne nouvelle. Le premier JT se termine. Peut-être ai-je été dur sur ce premier constat. On souhaite toujours le meilleur à ceux et celles dont on se sent proche. D’où notre exigence. Peut-être démesurée – notre exigence. Comme beaucoup, nous en attendions sans doute un peu trop – peut-être comme la promesse (certains ont parlé d’arrogance) qui plaçait la barre trop haute pour démarrer. Mais on n’a pas construit Rome en une journée alors on regardera ce soir… et les autres jours aussi ! Longue vie à Le Media.

Tag(s) : #luttes citoyennes
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