Élève d’un lycée à Clichy, Inès a été placée en garde à vue pendant deux jours, en marge des mobilisations lycéennes. Accusée d’avoir aidé à brûler une poubelle, l’adolescente de 15 ans a été menottée à un banc pendant plusieurs heures, menacée par des policiers et plongée dans l’inconnu pendant 48 heures.
le 6 octobre 2026
Inès (le prénom a été modifié) se souvient encore de l’odeur qui l’empêchait de respirer. « La cellule était vraiment sale », résume-t-elle simplement. Du haut de ses 15 ans, l’adolescente a déjà vécu pire que l’enfermement dans une cellule insalubre. Pas plus tard que le 30 septembre, au commissariat de Clichy, où elle a été placée en garde à vue dans le sillon de la répression historique des mobilisations lycéennes.
Inès a été retenue pendant quarante-huit heures, menottée et déplacée à trois reprises entre le commissariat de Clichy, celui de Levallois et le tribunal judiciaire de Nanterre. « Ce sont, de base, des conditions terribles pour n’importe qui, rappelle Me Hermine Frapier, l’avocate d’Inès. Ces conditions le sont encore plus pour des mineurs âgés de 14 ou 15 ans. »
« Les jeunes fuyaient dans tous les sens »
Rien ne laissait présager un tel traitement. Élève au lycée Newton, situé dans le centre de Clichy, Inès a simplement répondu à l’appel de sa cousine, mercredi 30 septembre, afin de participer au blocage de son établissement. Les deux adolescentes tombent finalement sur « des affrontements entre des lycéens et des policiers ».
Ces derniers projettent du gaz lacrymogène, les premiers tentent de répondre avec des jets de projectiles. Après avoir été gazée, Inès décide de tenter d’aller en cours, pour éviter d’être comptée comme absente.
La mobilisation bat alors son plein au lycée Newton. La police se fait pressante et des élèves allument des poubelles en représailles. « J’ai du papier dans mon sac, se souvient-elle. Je le jette dans l’une des poubelles en feu, avant que d’autres adolescents utilisent du déodorant pour que le feu prenne. »
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Le bruit de la détonation attire l’attention des pompiers et de la police. « Ils ont commencé à nous gazer, raconte Inès. Je suis rentrée dans un bâtiment pour me réfugier. Les jeunes fuyaient dans tous les sens. »
L’adolescente profite des mouvements pour emprunter une ruelle et fuir le chaos. « Des policiers en civil m’ont plaquée contre un grillage, enchaîne la lycéenne. Je ne courais même pas, et puis, ils ne se sont pas annoncés jusqu’à ce que nous arrivions devant leur voiture. » Une fois arrivée au commissariat de Clichy, vers midi, Inès est menottée à un banc, faute de cellules libres.
« Tu m’écoutes, cassos ! »
Pendant près de deux heures, l’adolescente doit se contorsionner pour trouver du confort, alors que son bras est attaché au pied du banc. S’enchaînent plusieurs allers-retours entre le banc et des salles où elle rencontre son avocat commis d’office et un médecin. « La police joue beaucoup là-dessus, résume Me Hermine Frapier. Ils ne demandent pas aux parents s’ils ont un avocat pour accélérer le processus. »
S’enchaînent les violences des agents de police : « Je porte le foulard. Mal à l’aise, j’ai décidé de mettre ma capuche par-dessus, mais un policier m’a lancé : « On n’est pas chez ta mère ici. » » Un second agent a par la suite menacé la lycéenne de lui attacher sa seconde main, après qu’elle a remis sa capuche.
Tandis qu’Inès lui expliquait avoir reçu l’autorisation de plusieurs collègues, l’agent a enchaîné les menaces, de « Tu m’écoutes, cassos ! » à « Tu fermes ta gueule ! »
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La situation se poursuit jusqu’à 21 h 30, heure à laquelle l’adolescente est envoyée au commissariat de Levallois. Sa sœur et sa mère, présente depuis 14 heures devant l’hôtel de police de Clichy, n’ont pu qu’observer Inès être « embarquée par quatre policiers » vers une destination inconnue.
À Levallois, la lycéenne est placée dans une cellule « large comme un demi-matelas » avec une autre fille, élève du lycée Léonard-de-Vinci. « Nous ne pouvions pas nous coucher à deux, se rappelle-t-elle. Nous n’avons pas dormi de la nuit. » Inès a rendez-vous le lendemain, jeudi matin, avec la procureure. Cette dernière lui annonce la prolongation de sa garde à vue pour vingt-quatre heures.
Après quelques heures à Levallois, Inès est de nouveau envoyée au commissariat de Clichy. Si les autorités lui ont trouvé une cellule, l’odeur rend l’incarcération invivable. Après une dernière épreuve – près de sept heures au tribunal, pour être présenté à un délégué du procureur qui lui a proposé une alternative aux poursuites – l’adolescente est finalement déférée puis remise en liberté. Inès s’en sort avec des travaux d’intérêts généraux.
« On aurait totalement pu la libérer avec une convocation pour plus tard, fustige son avocate. Les 48 heures traumatisantes qu’elle a vécues n’étaient absolument pas justifiées, ni nécessaires. » Sauf pour la police, qui souhaitait faire un exemple.
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