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Lu sur Après un été ravagé par les incendies, les pompiers accusent le gouvernement de jouer avec le feu et appellent à la grève - L'Humanité

Après un été ravagé par les incendies, les pompiers accusent le gouvernement de jouer avec le feu et appellent à la grève

 Les organisations syndicales des professionnels du secteur craignent une série de mesures cosmétiques alors que l’exécutif s’apprête à annoncer un plan sans financement précis et sans remise en cause du recours croissant au volontariat. Un préavis de grève a été déposé.

le 7 septembre 2026

Hélène May

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’après un été d’enfer, les pompiers professionnels ne se font guère d’illusions. « Les annonces concernant la loi sur la sécurité civile, telles qu’elles nous ont été présentées, ne remettent pas en cause les dysfonctionnements de fond, alors que ce qu’il faudrait, c’est un vrai débat sur quelle sécurité offrir aux citoyens et quelle organisation pour la garantir sur tous les territoires », résume Sébastien Delavoux, animateur du collectif CGT des services départementaux d’incendie et de secours (Sdis).

Preuve que les attentes sont limitées, après un premier mouvement mi-août, l’intersyndicale, qui regroupe les huit organisations de sapeurs, a déjà déposé un préavis de grève qui court du 8 septembre au 20 octobre, date du premier vote sur la loi de finances. « Comme on n’attend pas grand-chose, on ne risque pas d’être déçus », ironise Manuel Coullet, secrétaire général de SUD Sdis.

Le financement reste le principal point de blocage

Le scepticisme vient de l’absence de clarification sur le financement du secteur. « Dans le projet de loi du gouvernement, il y a les conclusions issues du Beauvau de la sécurité civile qui n’entraînent pas de dépenses. Les autres dépendent du projet de loi de finances (PLF). Cela donne un cadre assez limité », constate le président délégué de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs et techniques spécialisés (FA SPP-Pats), Sébastien Jansem.

Il se dit d’autant plus désabusé « qu’on vient d’apprendre que le projet de loi ne sera pas inscrit dès septembre à l’ordre du jour de l’Assemblée ». La seule mesure financière potentiellement à l’ordre du jour est la hausse de la taxe spéciale sur les conventions d’assurances (TSCA), payée par les assureurs pour financer les Sdis.

Mais cette taxe est imputée aux départements, eux-mêmes financièrement exsangues. « Du coup, le risque c’est que les départements diminuent d’autant leurs propres contributions. Il faudrait que la TSCA soit versée directement aux Sdis », propose Manuel Coullet. En la matière, l’absence de prise de parole publique des échelons territoriaux (départements et communes), qui sont les employeurs directs des pompiers, ne rassure pas les sapeurs professionnels.

 

Un système qui repose toujours plus sur les volontaires

Faute de financements supplémentaires, les dysfonctionnements du système vont perdurer. « Le gouvernement nous explique qu’il n’y aura pas d’embauches et que la place prépondérante donnée aux pompiers volontaires ne sera pas remise en cause », détaille Sébastien Delavoux.

Cette organisation est d’abord motivée par la volonté de faire des économies. Ces volontaires coûtent beaucoup moins cher, leur indemnisation ne comportant pas de cotisations sociales. Mais ils sont aussi moins bien formés, mal ou pas protégés en cas d’accident, et souvent soumis à de fortes amplitudes horaires. « On demande à des gens dont l’apport devrait être ponctuel d’agir comme des professionnels, et on crée une sous-catégorie de travailleurs, s’inquiète Sébastien Jansem. Nous ne sommes pas hostiles aux volontaires, qui sont indispensables, mais nous dénonçons un détournement du système qui génère des abus. »

Le manque de volonté de mettre les moyens nécessaires pour embaucher des professionnels est d’autant plus inquiétant que la mise à mal de nombreux services publics entraîne une surcharge pour les pompiers« On est passé de 1,6 million d’interventions en 1989 à 4,9 millions en 2025, dont plus de 80 % sont des missions de secours et de soins d’urgence aux personnes (SSUAP). En plus, la suppression des hôpitaux de proximité allonge le temps de trajets des pompiers mais aussi leur temps d’attente dans des structures surchargées. En moyenne, c’est 2 h 30 de plus par intervention », calcule Sébastien Delavoux.

Vers une privatisation partielle ?

Dans ces conditions, c’est tout le service aux citoyens qui se trouve fragilisé. Le temps d’intervention, c’est-à-dire celui qui s’écoule entre un appel au 18 et l’arrivée des secours, a augmenté de 2 minutes 30 secondes depuis 2014. Autre risque, celui de la privatisation rampante d’une partie des missions.

« Déjà, on a privatisé les interventions sur les nids de guêpes, on facture celles sur les ascenseurs ou sur les fuites pour ne plus les faire alors que ça coûte plus cher, sans aucune garantie de service », observe Sébastien Delavoux. La signature cet été d’une circulaire donnant un rôle central dans l’organisation des secours en montagne à une association est selon lui un autre signal inquiétant. Il pourrait ouvrir la voie à nouveau type de délégation, cette fois au monde associatif, avec encore la baisse des coûts comme objectif central.

Tag(s) : #Services publics
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