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Lu sur En Allemagne, tout miser sur le budget de l’armée, quitte à entraîner la casse sociale - L'Humanité

En Allemagne, tout miser sur le budget de l’armée, quitte à entraîner la casse sociale

Pour financer la hausse du budget alloué à l’armée, le gouvernement du chancelier Merz a programmé une amputation en règle de son État providence. Au risque d’accroître encore le mécontentement populaire et le vote pour l’AfD, à la veille d’importantes élections régionales

le 15 juillet 2026

Bruno Odent

Les réformes engagées à grand bruit par le gouvernement CDU-CSU/SPD du chancelier Friedrich Merz (lire notre édition du 2 juillet) engagent l’Allemagne dans de terribles coupes dans les budgets sociaux, destinées à dégager un financement sans précédent d’une armée allemande appelée à devenir, d’ici à 2030, la plus puissante du continent.

Aucun terrain social ne doit échapper à ces coups de ciseaux. Qu’il s’agisse de la mise en place d’une flexibilité record comme le réclame la fédération des patrons de l’industrie (BDI), de l’allocation citoyenne (l’équivalent de notre revenu de solidarité active, RSA), les nouvelles normes adoptées, fruit d’un compromis entre les partenaires du gouvernement, doivent se traduire par plus d’heures travaillées, moins bien rétribuées et une restriction d’accès aux aides élémentaires pour les plus démunis.

Dans le même esprit, un doublement, de 3 à 6, des périodes de renouvellement légal des contrats à durée déterminée est programmé, comme la mise en œuvre d’une transformation radicale du système de retraite avec un nouveau report de l’âge légal de départ vers 70 ans, moyennant plus de 45 annuités au travail. Et le recours à une dose supplémentaire de capitalisation qui a toutes les chances d’être fatale aux derniers restes d’un système par répartition déjà exsangue.

Rien ne doit échapper à cette austérité grand format, pas même des allocations familiales revues sensiblement à la baisse, comme les aides au logement. Cette frénésie de réformes antisociales est présentée comme le seul moyen de sauver une compétitivité défaillante des entreprises industrielles exportatrices et de sortir l’économie allemande de la stagnation qui la touche depuis au moins trois ans.

5 % du PIB

Ces choix illustrent l’incroyable priorité stratégique de la coalition au pouvoir réputée « centriste » et donc attachée à « la préservation de l’ordre libéral et démocratique », selon les éléments de langage abondamment fournis par une grande partie de la presse, inquiète de la spectaculaire progression de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), une extrême droite que tous les sondages placent désormais largement en tête des intentions de vote, en cas de nouvelle élection du Bundestag.

 

Berlin veut tendre avant la fin de la décennie vers un budget militaire à hauteur de 5 % de son produit intérieur brut (PIB). En parfaite conformité avec les exigences formulées par Donald Trump à l’égard de ses alliés européens de l’Otan au sein d’un bloc occidental dont le poste de pilotage se trouve forcément à Washington. L’Allemagne entend démontrer qu’elle est l’élève modèle de cette conception d’une Europe de la défense qui mise tout sur le maintien, voire la consolidation de ses attaches atlantistes.

Friedrich Merz s’inscrit dans un euro-atlantisme sans état d’âme, à la différence des très timides allégations, notamment françaises, en faveur de l’émergence d’une « autonomie stratégique » du Vieux Continent. Laquelle fut torpillée, au plus tard, par l’échec du Scaf en juin, un projet de dix ans pour lequel Paris et Berlin devaient s’allier dans la mise au point d’un système paneuropéen de combat aérien du futur.

L’Allemagne doit apporter la preuve concrète qu’elle est « prête à faire la guerre (kriegstüchtig) », plaide en termes choisis le ministre de la Défense, Boris Pistorius (SPD). Selon les projections les plus officielles, Berlin doit consacrer d’ici à la fin de la décennie près d’un tiers de la totalité de son budget à… la guerre. Et peu importe les orientations erratiques de l’oligarque de la Maison-Blanche, Friedrich Merz et son gouvernement ne cessent de démontrer leur attachement au vieil embrigadement européen, par Otan interposée, au service des exigences de l’impérialisme états-unien. Berlin vient d’ouvrir son territoire aux géants de l’armement états-uniens pour qu’ils produisent leurs missiles, drones et autres chasseurs bombardiers directement sur le sol allemand.

Plus de contraintes

Pour mettre en œuvre cette fuite en avant, Berlin a levé les contraintes du frein à l’endettement inscrit dans la Constitution. Problème : les dépenses militaires à guichets ouverts ne compensent pas les forts reculs enregistrés par les champions de l’industrie qui, comme Volkswagen, entendent supprimer jusqu’à 100 000 emplois dont plusieurs sites de production outre-Rhin.

 

 

 

Quant au lancement d’un autre gros budget d’urgence de 500 milliards d’euros sur douze ans, destiné aux infrastructures, et affranchi, lui aussi, des contraintes du frein à l’endettement, il a donné lieu à plusieurs petits arrangements très indigestes. Les études de deux grands instituts de conjoncture ont ainsi dévoilé que plusieurs des dépenses prévues vont en fait se substituer à des dotations gouvernementales courantes. Comme pour le service public des chemins de fer fédéraux (DB). Ce qui a provoqué la colère des syndicats qui relèvent « l’oubli » d’investissements pourtant essentiels pour les personnels.

Au total : l’économie allemande reste en panne et le malaise social déjà immense présente tous les risques de s’aggraver. Pour le plus grand bénéfice d’une AfD en embuscade qui est donnée à plus de 41 % des voix dans l’une des élections prévues début septembre, pour le renouvellement du Parlement du Land de Saxe-Anhalt, au sud de Berlin. Soit un score qui pourrait permettre à l’extrême droite d’obtenir à elle seule une majorité absolue de sièges et de rafler un premier poste de ministre-président.

Il n’est pas sûr que la coalition CDU-CSU/SPD puisse alors se remettre d’un tel séisme politique. À droite, quand Friedrich Merz bat tous les records d’impopularité, des pressions internes peuvent devenir de plus en plus intenses pour une levée du cordon sanitaire contre l’AfD. Quand une banalisation de l’extrême droite, qui est au passage favorable à une dérégulation économique encore plus poussée, est présentée comme l’unique moyen de lui faire perdre du terrain. À gauche, au sein du SPD, où se font déjà entendre les protestations les plus vives contre les réformes gouvernementales, les deux coprésidents du parti, le ministre des Finances Lars Klingbeil et la ministre du Travail Bärbel Bas, pourraient avoir les plus grandes peines à se maintenir à la tête de leur parti en cas de nouvelle déroute électorale

 

 

 

 

 

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